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Gestion industrielle : l'industrie électronique montre la voie

Les industries high-tech ont abandonné leur fabrication à des sous-traitants. En s'appuyant sur Internet, elles sont devenues les pionnières du "collaborative manufacturing", le nec plus ultra en matière d'e-business.

"Notre valeur ajoutée ne se trouve pas dans l'outil industriel. " C'est clair, net et sans ambiguïté. Vous l'aurez deviné, celui qui parle ainsi, Claude Vandelle en l'occurrence, travaille dans l'industrie électronique. Il est senior project manager chez Philips, dans la division de la filiale Digital Networks qui fabrique les décodeurs numériques pour téléviseurs (les "set top boxes") et autres appareils numériques comme les Web TV.

L'industrie high-tech (électronique, informatique, télécoms) est, de loin, la plus avancée dans le processus de désinvestissement - intellectuel et financier - de l'outil de production industriel. Son objectif : se polariser sur la conception, le marketing et la vente. Qu'on ne lui parle plus de fabrication. Elle est désormais systématiquement confiée à des entreprises dont c'est l'unique objet : les contract manufacturers selon le jargon en vigueur, encore dénommés EMS pour Electronic Manufacturing Services. Bref, des sous-traitants.

Une externalisation bâtie sur le Web

Ceux là, les Solectron, Flextronics, SCI, Celestica, Jabil Circuits et consorts, croissent et prospèrent à toute allure. Le leader, Solectron, est à la tête de... 57 sites de production dans le monde ! En avril dernier, il a repris, pour 900 millions de dollars, une grande partie de l'activité de fabrication de Nortel Networks et passé avec l'équipementier télécoms canadien le plus gros contrat d'approvisionnement jamais signé : 10 milliards de dollars sur quatre ans ! Il a réalisé un chiffre d'affaires de 14,1 milliards de dollars en 2000 et un bénéfice net après impôts de 497,2 millions de dollars (+ 42 % !). Il connaît un taux de croissance annuel moyen de 43 % depuis cinq ans. Cela n'est pas prêt de s'arrêter.

Le cabinet Technology Forecasters indique que le marché de ces services de production électronique pesait 89,6 milliards de dollars en 1998. Progression prévue : + 25,9 % par an. Il atteindrait ainsi 282,9 milliards de dollars en 2003. Selon les spécialistes, ce phénomène de "désindustrialisation", ou plus exactement d'externalisation de la fabrication, sensible également dans l'industrie automobile, a vocation à faire tache d'huile au cours des années à venir.

L'externalisation ne se fera peut-être pas avec la même intensité que celle que vit l'industrie high-tech soumise à des contraintes de délais et de prix sans égales. Il n'est en tout cas pas inintéressant de regarder d'un peu plus près comment ce processus se met en place dans ce secteur qui, d'une certaine façon, préfigure l'industrie de demain.

Dans le futur, Internet occupe une grande place. Le contract manufacturing n'a pas attendu le Net pour démarrer. Mais le Web devient un ingrédient qui prend de plus en plus d'importance à mesure que se développe la sous-traitance de la fabrication des cartes électroniques.

Internet, on le sait, facilite la communication. Il permet de resserrer plus étroitement les liens entre le donneur d'ordres (OEM est le terme consacré, on ne peut plus, en effet, parler de "fabricant" !) et ses sous-traitants. Il accélère notablement tous les processus. C'est primordial. Le temps est l'ennemi n° 1 de l'industrie high-tech. La durée de vie de ses produits ne dépasse souvent pas les six mois.

 Les high-tech, se trouvent actuellement à la pointe de la pointe de l'e-business. Elles se lancent en particulier dans le collaborative manufacturing, une des facettes de ce que l'on nomme "Collaborative Product Commerce", ce que d'autres désignent par cPDM (collaborative Product Definition Management), ce que certains, enfin, baptisent "c-commerce". La phase la plus avancée de l'utilisation d'Internet dans le domaine du B2B. Claude Vandelle, de Philips, explique : " Nous produisons quelque 4 millions de set top boxes par an. Pour dialoguer avec nos EMS, il devenait impossible de poursuivre avec les moyens classiques d'échange de données. Le processus était trop long, trop lourd et source d'erreurs. "

La division Digital Networks de Philips a donc décidé de s'équiper du logiciel d'Agile Software (l'installation sera entièrement opérationnelle en janvier sur 400 postes). Il va lui permettre de pratiquer via Internet le fameux collaborative manufacturing avec ses EMS, à savoir SCI et Flextronics. Ils produisent pour Philips des décodeurs sur six sites à travers le monde (il s'en ajoute un septième, l'usine belge de Philips où sont lancées les productions pilotes et encore fabriqués une partie de ces produits).

Collaborative manufacturing ? Comme toujours, le principe n'est pas bien sorcier. Il s'agit tout simplement de partager les données produites entre l'OEM et l'EMS afin d'améliorer l'efficacité de leur relation. Internet y pourvoit. Relié à la CAO (Mentor) et aux bases de données composants de Philips, le logiciel d'Agile Software (lire encadré), contient les nomenclatures complètes des produits et la liste des fournisseurs de composants autorisés. Les sous-traitants ont un accès transparent à ces données. Elles viennent enrichir leur ERP, soit directement, soit via leur propre système Agile, placé en frontal de l'ERP.

Avoir le bon produit au bon moment

Le réel intérêt du système se situe au niveau de la gestion des - nombreuses et fréquentes - modifications de conception. Dès qu'un changement intervient chez Philips il est, via Agile, répercuté dans le système de l'EMS. Toutes les parties prenantes sont informées par le Net et un processus de validation se met en route. Vérification ultime, le système ERP du sous-traitant informe ensuite le logiciel Agile de Philips que les modifications ont bien été effectuées sur les produits en production.

Grâce à cette synchronisation, Claude Vandelle prévoit à la fois d'augmenter la réactivité de la fabrication, d'accélérer la sortie des produits et de lutter contre l'obsolescence des stocks. " Je pense, dit-il, que cet investissement [1 million d'euros pour une installation mondiale] sera remboursé en six à neuf mois. Et, précise-t-il, cette hypothèse est faite sans se placer dans le pire cas de figure, celui où, faute de la prise en compte en temps et en heure d'un changement de composant clé, un produit sort trop tard pour toucher son marché. Dans une telle situation, les pertes peuvent être abyssales. "

Difficile à mettre en place le collaborative manufacturing ? Techniquement, non. Pratiquement : " le plus difficile a été de définir précisément les responsabilités des uns et des autres ", confie Claude Vandelle. Et, aussi, en interne, de se mettre au diapason sur l'ensemble des procédures et des méthodes. " Nous n'avons qu'un seul serveur mondial, explique-t-il. Tout le monde, en France et aux États-Unis, doit donc se plier exactement aux mêmes règles. Ce n'est pas si simple. Même si, globalement, on travaille partout de façon similaire, il existe toujours des petites différences d'appréciation qui doivent être gommées. "

Voilà donc, par souci d'efficacité, des OEM autorisant les EMS à mettre leur nez, par Internet interposé, dans leurs données. Ces derniers ne sont pas en reste. Cette situation inédite où un "fabricant" est totalement dépendant d'un tiers pour l'intégralité de la réalisation de ses produits les amène eux aussi à jouer la transparence. Solectron ou Flextronics, par exemple, mettent ainsi actuellement en place des logiciels permettant à l'OEM de suivre depuis chez lui, et en temps réel, la progression de la fabrication de ses cartes électroniques. Et comment cela ? Via Internet, naturellement.

Des pratiques fondées sur la confiance

Là encore c'est très simple. Par exemple, le logiciel de Datasweep, qu'utilise Flextronics, est un classique logiciel de suivi de fabrication. Un MES (manufacturing execution system). Pas si classique que cela toutefois puisqu'il fonctionne en temps réel, est conçu pour Internet, donc accessible via un browser, et permet de filtrer les données à diffuser.

Grâce à cela, tranquillement installé devant son PC, le donneur d'ordre peut jeter un oeil, quand bon lui semble, sur la progression de sa production, vérifier les rendements, l'état de ses stocks et de ses en-cours, quel que soit l'endroit dans le monde où est réalisée la fabrication de ses chers produits. Quelle révolution !

Vous laisseriez votre donneur d'ordre surveiller ainsi ce qui se passe dans vos ateliers vous ? Jean-Pierre Mollet, président de Solectron France n'y voit pas d'inconvénient. " Les relations avec les OEM doivent être basées sur la confiance, dit-il. Il faut jouer la transparence ; être adulte. C'est très sain. " Il reconnaît toutefois qu'il faut vaincre certaines réticences. En outre, il va de soi que, dans ce contexte, les donneurs d'ordres doivent, eux aussi, se montrer adulte et ne pas faire donner la garde à la moindre dérive.

Cela dit, Solectron semble avoir pris la mesure des transformations engendrées par de telles pratiques. Ken Ouchi, le vice-président du groupe porte en effet également le titre significatif de strategic transformation manager. Tout un programme...

Ces deux exemples de collaborative manufacturing - qui sont loin d'épuiser l'usage que les high-tech font de l'Internet - montrent bien l'innovation dans les pratiques que peut générer l'e-business. On est très loin de l'EDI (échange de données informatisé) qui, comme le souligne Bill Belt, n'a jamais été que " l'informatisation des procédures papier. "

Les high-tech automatisent leur supply chain
L'avance de l'industrie high-tech en matière d'e-business est également très sensible sur le versant de ses relations avec ses partenaires commerciaux. Le 10 octobre dernier - c'était la date butoir fixée par l'organisation RosettaNet - des majors de cette industrie annonçaient en rafale la mise en place de PIP RosettaNet.

De quoi s'agit-t-il ? Les PIP (procédures d'interface partenaires) sont des procédures automatisées, basées sur le langage XML, définies par le consortium RosettaNet. Elles permettent de faire dialoguer de façon transparente les ordinateurs des fabricants avec ceux de leurs partenaires. Le but : automatiser complètement la supply chain, autrement dit les relations entre partenaires commerciaux. National Semiconductor fait partie du premier contingent d'industriels a avoir "implémenté" des PIP, avec deux de ses distributeurs, Arrows Electronics et Pioneer en l'occurrence.

 Ils représentent à eux deux " quelque 35 % de ses ventes de semiconducteurs ", indique Thierry Lenormand, responsable de la filiale française de National Semiconductor. Dans le cas des relations avec les distributeurs, " le but est d'optimiser la gestion des stocks en automatisant toutes les phases du partenariat commercial, depuis la commande jusqu'aux révisions de prix ", explique Thierry Lenormand. National Semiconductor est en bonne compagnie puisque parmi les quelque 60 entreprises à avoir mis en oeuvre leurs premières PIP figurent également Cisco, Dell, Intel, Lucent et, côté européen, STMicroelectronics, Framatome Connectors International et Philips. (Pour plus d'informations : voir www.rosettanet.com).

AGILE SOFTWARE
Une (petite) longueur d'avance

Côté donneurs d'ordres (OEM), il aligne, entre autres, Dell, Hewlett Packard et Philips. Côté sous-traitants (EMS), Solectron, SCI, Flextronics, Jabil Circuit... Le logiciel de "collaborative manufacturing commerce" d'Agile Software fait un malheur dans l'industrie high-tech.

Dans ce secteur, son concurrent, Matrix One, ne peut revendiquer que Celestica chez les EMS même si... Philips (la division Consumer Electronics cette fois) est aussi de ses clients OEM. Son secret : initialement conçu en tant que logiciel de SGDT, il a, le premier, évolué vers le "collaborative manufacturing", ne se contentant plus d'être un logiciel de gestion de données pour le BE, mais un outil de partage des informations produites.

Surtout conçu pour l'industrie électronique, il est d'une mise en oeuvre extrêmement simple (voir aussi page 72). Solectron est le plus important des sous-traitants de l'industrie électronique. Il commence actuellement à mettre en place dans son usine de Bordeaux un système permettant aux donneurs d'ordre de suivre, via le Net, la production en temps réel. " Les relations avec les donneurs d'ordres doivent être basées sur la confiance. Il faut jouer la transparence ; être adulte. C'est très sain ", affirme le président de Solectron France.

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