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Gérez mieux votre parc de métrologie

Mathilde Fontez

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Une bonne gestion du parc de métrologie peut faire gagner beaucoup d'argent à l'entreprise. Encore faut-il se pencher sur la question !

Dans les entreprises, les experts en métrologie se font rares. On peine à gérer les instruments de mesure. « L'intérêt des décideurs n'y est pas ; on ne comptabilise pas le coût de la métrologie et encore moins les économies que l'on pourrait réaliser en l'optimisant... », déplore Antonio Mazzei, métrologue au Centre technologique IMQ à Toulon (Var). Suivant la rengaine classique, les industriels se recentrent sur leur coeur de métier. Ils n'ont pas de temps à perdre avec la mesure qui est considérée dans la majorité des cas comme une contrainte. « C'est l'empêcheur de tourner en rond ! », résume Philippe Dutot, gestionnaire du laboratoire central de métrologie chez Total. N'empêche, si on la maîtrise mal, on ne peut garantir la qualité du produit. Et le domaine couvert dans l'entreprise par cette science est vaste. Il englobe l'achat des instruments, leur stockage, la formation du personnel, les contrats de maintenance, la gestion du laboratoire et enfin la mesure elle-même.

Le plus souvent, la question de l'optimisation du parc d'instruments de mesure se pose dans le cas d'une accréditation ou d'une certification. Comme chez Total en 1996. « La mise en place de la certification ISO 9 001 et de l'accréditation ISO 17 025 pour les laboratoires impose une identification unique des équipements, un plan de maintenance, la traçabilité du suivi, la traçabilité des étalonnages et le calcul des incertitudes », témoigne Philippe Dutot, chez Total.

D'un point de vue financier, le point critique est lié à la fréquence de l'étalonnage des appareils. Les industriels l'effectuent avec les moyens du bord et, bien souvent, les fréquences ne sont pas adaptées.

Optimiser la périodicité de l'étalonnage

« Les gains peuvent pourtant se compter en millions d'euros ! », assure Antonio Mazzei.

Comment procéder pour exploiter ce gisement d'économie ? « La première étape consiste tout simplement à prendre conscience qu'il y a quelque chose à faire », relate Jean-Luc Chartier. Il est responsable de la métrologie chez Innovac, filiale du groupe Legrand qui fabrique du matériel de cheminement de câbles.

« Nous devions nous organiser avec les ressources humaines existantes et faire en sorte d'assurer une bonne métrologie. Cela nous a conduit à valoriser nos ressources en métrologie », dit Jean-Luc Chartier. La solution s'est rapidement imposée : l'optimisation de la périodicité de l'étalonnage grâce à un logiciel. « Une fois les données recueillies, nous avons pu abaisser la fréquence. Certaines fois, on est passé d'une périodicité moyenne d'étalonnage de 18 à 42 mois ! Nous avons commencé en 2004. À peine un an plus tard, nous en avions déjà touché les dividendes : entre 20 et 30 % de gains en coût de prestation. Aujourd'hui, notre parc de près de 3 000 instruments est presque totalement géré par une seule personne. »

Pour évaluer les fréquences d'étalonnage, il faut commencer par disposer d'un historique des mesures et des performances des instruments. Pour cela, tout dépend de la taille de l'entreprise et de ses capacités. Dans une très petite entreprise (TPE), on trouve souvent à peine quelques dizaines d'instruments. Ils sont gérés avec les moyens du bord, au mieux, un tableau Excel, quand ce ne sont pas de simples fiches de suivi cartonnées ! Le tout pour payer le minimum. « Mais, au final, c'est dans ces TPE que la métrologie coûte le plus cher, car du coup, on surveille mal et on étalonne à tort... », estime Antonio Mazzei.

Les grosses structures, quant à elles, sont souvent équipées de dizaines de milliers d'appareils de mesure, ce qui donne un vaste ensemble de paramètres à vérifier. Sans logiciel de traitement, c'est tout simplement impossible. Les entreprises se dotent donc volontiers de l'un des nombreux logiciels qui existent sur le marché pour organiser leurs données. Le laboratoire de métrologie de Total a fait cette constatation : « Avec 9 225 équipements, 3 500 interventions et 1 500 étalonnages annuels, une gestion à partir de Word et Excel est impossible techniquement et économiquement. Nous nous sommes mis à la recherche d'un logiciel, relate Philippe Dutot. Nous allons enfin pouvoir commencer à récolter les fruits de nos efforts. La base de données est renseignée, nous disposons d'un historique des pannes, des étalonnages... Reste à définir de nouvelles périodicités. Et comme nous disposons d'une base solide, nous allons pouvoir justifier nos choix. »

Plus technique, l'amélioration du calcul des tolérances d'erreurs vient dans un second temps. « On est encore loin du compte », regrette Philippe Dutot. Pourtant, là aussi, il y a beaucoup à gagner en termes financiers mais également, de maîtrise de la production. Souvent les cotations des pièces sont utopistes, les tolérances calculées à l'aveuglette. L'idéal est donc de se préoccuper de la métrologie dès le bureau d'études et la conception des plans pour proposer un véritable process de mesure en parallèle de la fabrication. Et éviter ainsi les aberrations comme les cotations... non mesurables.

Mutualiser son parc de métrologie

Pour pallier le manque de compétence en métrologie, il n'y a pas trente-six solutions : la formation du personnel ou le recours aux prestataires. Avant l'étalonnage, certains d'entre eux proposent des diagnostics, car tous les instruments de mesure n'influencent pas obligatoirement la qualité du produit. « Pour la dimension, la température doit être maîtrisée. Mais pour les mesures de masse, ou électriques, elle ne sera qu'un indicateur, détaille Antonio Mazzei. Des discussions systématiques avec les utilisateurs sont nécessaires : que faut-il mesurer, à quelle fréquence et avec quelle précision ? »

Pour les instruments très coûteux, la question de la location commence à se poser. Pour l'instant, elle n'est pas une pratique courante, mais elle pourrait le devenir. Car plutôt que d'acheter un instrument et d'immobiliser des dizaines de milliers d'euros, on peut le louer, ou faire appel à un centre technique qui le met à disposition. « Je viens de me doter d'un laser de poursuite pour la mesure des pièces en 3D. Il coûte 80 000 euros. Hier, je l'aurais acheté. Aujourd'hui, je le loue. Cela me coûte 1 500 euros par mois durant cinq ans. Et dans cinq ans, j'aurai un appareil neuf ! », raconte Antonio Mazzei.

De plus en plus d'offres de location, de location achat, ou de mise en commun du matériel fleurissent ainsi chez les constructeurs. Thales, qui dispose de plus de 70 000 instruments de mesure en France, a fait ce choix. Depuis 2000, le groupe a progressivement confié près de 15 % de son matériel à Trescal, un prestataire en métrologie qui propose un nouveau concept : la mutualisation du parc métrologique. Le principe repose sur deux options : après une analyse des besoins du client, Trescal propose soit de racheter certains équipements, qui pourront être loués ensuite par l'industriel. Soit l'instrument reste la propriété de l'industriel mais sera géré, étalonné, réparé par le laboratoire. Les industriels bénéficient alors d'une base d'équipements disponibles, dont ils n'ont pas à assumer la charge, qu'elle soit fiscale ou matérielle. « Et ils ont de moins en moins de services de métrologie internes, nous nous y substituons », souligne Francis Richard, directeur industriel et méthodes chez Trescal. Pour l'instant, cinq clients significatifs, dont Thales, ont souscrit à ce programme. « Les économies réalisées peuvent êtres énormes », affirme Francis Richard. Encore faut-il que les entreprises acceptent un changement de culture, car l'utilisateur est habitué à posséder ses instruments.

EN À PEINE UN AN, NOUS AVONS TIRÉ LES BÉNÉFICES FINANCIERS DE L'OPTIMISATION DE NOTRE PARC D'INSTRUMENTS. "

JEAN-LUC CHARTIER,

RESPONSABLE LABORATOIRE ET MÉTROLOGIE CHEZ INNOVAC

DANS LES TRÈS PETITES ENTREPRISES, LA MÉTROLOGIE COÛTE CHER, CAR ON SURVEILLE MAL ET, DU COUP, ON ÉTALONNE À TORT. "

ANTONIO MAZZEI,

MÉTROLOGUE AU CENTRE TECHNOLOGIQUE IMQ

PRATIQUELA BONNE DÉMARCHE

- S'équiper d'un logiciel de traitement des données métrologiques. C'est la première étape, presque un minimum. Il recensera les instruments de mesure, les opérations de maintenance, les données d'étalonnage et servira de base à l'optimisation du parc. - Former le personnel, qui pourra alors choisir judicieusement les instruments, orienter vers le bon contrat avec le fournisseur (achat, location, location avec option d'achat...) et évaluer les tolérances. - Recourir aux prestataires, suivant les besoins. Les fournisseurs d'appareils et les prestataires en métrologie proposent souvent le diagnostic des besoins.

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