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Géomatique, les applications se diversifient

Sonia Pignet
Géomatique, les applications se diversifient

© S. Ortola/Réa ; Réa ; D.R.

Collecter, traiter et diffuser des données géographiques sont les activités de la géomatique. Les logiciels spécialisés séduisent peu à peu les industriels.

Après s'être fait dérober un troisième camion malgré la présence de divers dispositifs antivol, Jean-Louis Jay, gérant de la société Microsol, spécialisée dans la location de matériel de forage, s'est décidé à investir dans un système GPS pour équiper ses véhicules. Une installation dont il a pu rapidement tester l'efficacité puisqu'à la quatrième tentative de vol, camion et voleurs ont été récupérés par la police 40 minutes seulement après la disparition du véhicule. 38 000 euros le camion et autant en chargement ont ainsi été économisés grâce à ce système de géolocalisation, commercialisé par la société Masternaut.

Composé d'un boîtier avec batterie intégrée qui se cache dans le tableau de bord, le dispositif repère le véhicule par satellite puis envoie les données par GSM-GPRS sur un serveur de Masternaut, qui les transmet ensuite au client. Position du véhicule, date, heure, itinéraire précis, ou encore nombre de kilomètres parcourus sont autant d'informations qui deviennent accessibles rapidement. Un excellent moyen de suivre à la trace le véhicule... et son conducteur !

Car, en plus de la fonction antivol, Jean-Louis Jay avoue trouver un autre intérêt à la géolocalisation : le contrôle des horaires de travail des employés. Dès l'insertion de la clé de contact dans le véhicule, le système se met en marche et enregistre chaque déplacement. Conséquences pour le conducteur : son patron peut savoir précisément à quelle heure il commence et termine son travail, ou bien dans quel restaurant il prend sa pause de midi.

Optimiser la prospection clients

Outre cette application de gestion des flottes de véhicules, les SIG (systèmes d'information géographique) sont aussi utilisés en géomarketing. Gaëlle Bou, responsable marketing des produits chez Geoconcept, premier éditeur européen de solutions de géoptimisation, résume ainsi cette pratique : « Le géomarketing est un outil de reporting pour représenter les données sous forme de carte et avoir ainsi une image claire de la situation. » Concrètement, cela consiste à étudier un marché puis à le représenter géographiquement pour optimiser la prospection clients (découpe d'un secteur par exemple) et les actions telles que le ciblage des zones les plus appropriées pour le mailing.

C'est dans cette optique que JCDecaux, le spécialiste du mobilier urbain, a adopté le logiciel GeoConcept Expert afin d'optimiser les campagnes publicitaires de ses clients. L'objectif est de montrer que les réseaux de panneaux sont situés dans des lieux stratégiques et que la campagne d'affichage sera donc efficace. Le résultat est une carte sur laquelle apparaissent des données du type taux de fréquentation ou habitudes de consommation des personnes à proximité des panneaux. « La visualisation est fondamentale pour l'annonceur, explique Michel Van der Veken, directeur du marketing et des études au sein de JCDecaux. La représentation cartographique n'a rien à voir avec une base de données froide. »

Un avis que partage Bernard Bour, chargé du développement foncier au service immobilier de Placoplatre, filiale de Saint-Gobain, qui fabrique des produits à base de plâtre. Cette société a acquis en 2005 le logiciel ArcView d'ESRI, le leader mondial du marché des SIG, pour rationaliser la gestion de ses carrières de gypse. ArcView leur permet de superposer, sur une carte ou une photographie aérienne, des informations juridiques, géologiques ou foncières. Auparavant, il fallait composer avec les cartes d'un côté, et des tableaux de données alphanumériques de l'autre ; avec cet outil, très visuel, l'accès à une information globale est plus rapide. « C'est aussi une aide à la décision, estime Bernard Bour. Par exemple, pour déterminer si nous pouvons ouvrir une carrière dans un secteur donné, nous pouvons nous appuyer sur une carte présentant les réserves foncières dont nous disposons. »

Des applications qui se démocratisent

La décision de faire appel aux SIG pour gérer de manière efficace les carrières a été prise à la suite d'une étude réalisée par un ingénieur stagiaire en 2004. Celui-ci a dressé un bilan d'opportunité concluant à la nécessité d'investir dans ce domaine. Il faut dire que Placoplatre doit gérer un nombre de données très important puisque 11 000 hectares de carrières doivent être caractérisés.

Les SIG permettent de regrouper deux sortes de données : graphiques et alphanumériques. Chez Placoplatre, les premières sont des photographies aériennes de l'IGN, des données topographiques et des cadastres parcellaires numérisés par un cabinet de géomètres. Les secondes sont des actes notariés, des informations du type législation d'urbanisme (schémas de cohérence) et des données concernant les sous-sols, fournies notamment par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Quatre personnes du service immobilier travaillent sur ArcView en tant qu'utilisateurs et fournisseurs d'informations pour créer des visuels clairs. ESRI leur a également vendu un intranet pour rendre ces cartes consultables à partir d'autres postes informatiques, comme ceux des directeurs de carrières ou d'usines.

Si le logiciel est assez cher (environ 27 000 euros pour ArcView et le site intranet ArcIMS), ce sont les données cartographiques les plus onéreuses, car elles nécessitent d'être remises à jour très régulièrement. À titre d'exemple, Placoplatre a dépensé environ 43 000 euros pour les plans cadastraux depuis 2005. À ce jour, 80 % des carrières sont déjà intégrées dans le SIG.

Chez JCDecaux aussi, ce sont les données qui coûtent le plus cher. La société travaille avec des cartes Navteq, qui évoluent tous les deux à trois ans. Sur ces fonds de cartes déjà très précis des agglomérations, « nous intégrons dans GéoConcept Expert des données du type "quelles sont les rues les plus pratiquées par les catégories socioprofessionnelles supérieures" », explique Michel Van der Veken. Les cartographies ainsi réalisées sont utilisées tout d'abord comme base d'argumentation pour démontrer la bonne adéquation entre la position du panneau publicitaire et les flux de consommateurs potentiels devant ledit panneau. Mais elles servent aussi pour décider de l'organisation d'une campagne publicitaire, lorsqu'un annonceur souhaite s'adresser à deux cibles différentes. « L'outil nous permet de choisir les lieux d'affichage, en déterminant, par exemple, que tel ou tel panneau sera plus vu par les 12-25 ans. »

Là aussi, quatre personnes travaillent sur cet outil, adopté dès les débuts du géomarketing en 1992, et complété en 2003 par GeoConcept Multiviewer, une solution embarquée permettant de présenter aux clients des démonstrations dynamiques. Cette dernière équipe aujourd'hui 170 commerciaux.

Depuis les débuts des SIG, les applications se sont démocratisées et diversifiées. Benoît Vaille, directeur marketing Europe pour la Business Unit Entreprises de Navteq, y voit plusieurs raisons : « Auparavant, les SIG étaient réservés à des spécialistes car ils étaient difficiles à utiliser, coûteux, et ne pouvaient gérer que peu de données. Aujourd'hui les technologies sont plus abordables et les logiciels peuvent tourner sur les PC. » Il n'est d'ailleurs plus nécessaire d'être un spécialiste de la géomatique pour utiliser ces logiciels. « Les personnes viennent trois jours en formation et elles sont prêtes pour utiliser nos logiciels », confie Gaëlle Bou de Geoconcept.

De véritables outils d'aide à la décision

Grâce à ces évolutions, les collectivités ne sont plus les seules à utiliser les SIG. Les entreprises avec des réseaux importants (eau, télécoms, etc.), celles de la distribution et, désormais, même de petites entreprises se sont mises à ces logiciels. « Grâce à la possibilité qu'ils offrent de gérer les forces mobiles, les SIG s'ouvrent à de plus en plus de gens, par exemple comme outil de sécurité pour les techniciens de maintenance qui opèrent de nuit », constate Benoît Vaille. Il faut dire que les systèmes de géolocalisation des véhicules sont proposés à un tarif très abordable et en fonction de l'importance de la flotte mobile. Ainsi, Microsol paye environ 40 euros par mois et par véhicule et a déjà équipé une trentaine de camions et foreuses du boîtier GPS caché dans le tableau de bord.

Dans cette société, le dépouillage des données ne se fait qu'une fois par mois, uniquement pour contrôler la présence éventuelle d'anomalies. Le résultat est présenté sous forme de document écrit où figurent essentiellement les horaires d'utilisation des véhicules et leurs itinéraires. « On n'utilise qu'une partie des données », confie Jean-Louis Jay. En effet, le logiciel offre bien d'autres possibilités comme archiver les passages en révision, mémoriser les terrains où le forage a déjà été effectué, etc.

Pour Bernard Lipidi, directeur marketing de Masternaut, « les SIG sont une solution pour la régulation des métiers de l'itinérance ». Certains logiciels sont, en effet, capables de gérer l'organisation des déplacements des personnels itinérants et aident à planifier les prises de rendez-vous en tenant compte des contraintes du coût, de l'éloignement, et des délais.

Grâce à ses fonctionnalités de plus en perfectionnées, les SIG deviennent de véritables outils d'aide à la décision. « Une fois par an, on fait le process plan marketing de l'année suivante. On va faire des études de faisabilité (par exemple mise en place d'un réseau de grande distribution), et on se sert aussi de l'outil comme d'une aide à la création », confie Michel Van der Veken. Même approche chez Placoplatre, qui se sert des requêtes sous ArcView pour analyser certaines données paramétrables et présenter des résultats clairs à des questions précises.

« En géomarketing, l'offre devrait évoluer de la représentation vers la simulation », estime Gaëlle Bou. Le spectre des applications est donc bien parti pour s'étendre encore un peu plus. Les utilisateurs de ces solutions pourront, peut-être, bientôt évaluer les conséquences de l'implantation d'un magasin ou d'un cinéma dans une zone donnée.

11 % C'est l'augmentation du marché mondial des SIG en 2006 d'après l'institut d'études Daratech.

En 2005, la croissance était de 17 %. Pour Benoît Vaille, directeur marketing Europe de la Business Unit Entreprises chez Navteq, « la démocratisation de l'usage de la carte grâce à des offres gratuites comme Google Map a contribué à cette croissance ». À cela s'ajoutent une diversification de l'offre donc des produits d'entrée de gamme, une technologie plus abordable et un contenu de plus en plus étendu. « Depuis trois à quatre ans, il y a une volonté des secteurs industriels de faire du géomarketing », se réjouit Gaëlle Bou, responsable marketing des produits chez Geoconcept.

PROTECTION DE LA VIE PRIVÉE

- « La géolocalisation peut alerter sur d'éventuels problèmes ou, par exemple, repérer les bons éléments d'une entreprise », souligne Bernard Lipidi, directeur du marketing et de la communication chez Masternaut. Une utilisation un peu éloignée de l'objectif initial de suivi des véhicules... Pour éviter les dérives, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) a donc adopté, au premier semestre 2006, une recommandation visant à encadrer le développement de ces dispositifs. Elle stipule notamment qu'il est obligatoire d'informer les salariés sur la mise en place d'un tel système et de leur laisser la possibilité de l'éteindre en dehors de leurs horaires de travail. Elle précise également que « le recours à un tel dispositif ne doit pas conduire à un contrôle permanent de l'employé concerné ». Il est aussi interdit de collecter des données relatives aux éventuels dépassements de vitesse, de même qu'il est exclu de conserver les données recueillies trop longtemps. « Pas plus de deux mois », estime la Cnil.

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