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Geneviève Dauvergne, DIRECTRICE DU CENTRE DE PRODUIT NEUF D'OTIS, À GIEN

JEAN-FRANÇOIS PREVÉRAUD jfpreveraud@industrie-technologies.com

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Avide de connaissance et fervente militante du multiculturalisme, Geneviève Dauvergne est passée en moins de vingt ans du statut de simple ingénieur R et D pour Otis à celui de membre du comité exécutif européen de ce géant de l'ascenseur. Son parcours atypique lui a permis d'accrocher à son arc les cordes opérationnelles qui font de sa carrière un exemple de réussite.

Quel bagage, alors qu'elle n'a que 40 ans ! Geneviève Dauvergne le doit à son insatiable volonté d'apprendre, dans tous les domaines. Fraîchement diplômée de l'École nationale supérieure de techniques avancées (Ensta), elle part pour le Massachusetts Institute of Technology (MIT) poursuivre sa formation aux États-Unis avant de se faire embaucher par le centre de R et D du groupe United Technologies. Elle y développe de nouveaux outils et produits pour Otis. Le management lui plaît. Elle se lance dans un MBA puis, toujours pour Otis, travaille avec le monde entier dans les acquisitions et le marketing. Son retour vers l'opérationnel signera aussi son retour en France : elle assure d'abord le lien entre le centre industriel de Gien (Loiret) et les entités de vente et d'installation, avant de prendre la direction de l'usine. Un sans-faute qui devrait l'emmener beaucoup plus loin.

LA FEMME

Entre sciences et cultures

Geneviève Dauvergne est tout aussi fière de ses origines chinoises que de sa culture et de sa formation françaises. Après une éducation stricte et des études secondaires brillantes, elle se lance dans un cursus scientifique à l'université Joseph-Fourrier de Grenoble (Isère). « J'ai beaucoup hésité. J'étais passionnée par les langues et les cultures associées, se souvient-elle. Mais il m'a semblé plus facile de continuer à apprendre des langues en étant scientifique que l'inverse. » Elle se passionne pour la mécanique des fluides et la modélisation numérique : « Expliquer un coup de bélier par une équation est fascinant », s'enthousiasme-t-elle. Maîtrise de mécanique en poche, elle intègre l'Ensta sur dossier. Elle y obtient un diplôme d'ingénieur et un DEA en mécanique des fluides. À la sortie, toujours pas rassasiée, elle cherche une université pour y préparer un PhD. Une bourse l'aidera à intégrer le célèbre MIT.

Elle découvre avec bonheur le caractère cosmopolite de l'établissement et de Boston. Faute d'équivalence de ses diplômes français, son PhD se transforme en Master of Science. Elle travaille sur des projets de recherche pour des entreprises. « Je m'arrête là et part explorer la vie active », décide-t-elle alors. Juste avant de revenir en France, l'étudiante impécunieuse est attirée par le buffet d'une soirée de recrutement d'United Technologies. Elle y reçoit une proposition d'embauche du centre de recherche du groupe (UTRC). Elle retraverse quand même l'Atlantique et passe plusieurs entretiens d'embauche avec de grands groupes européens. Grosse déception : « Vous savez... une femme dans la mécanique » ; « Vous allez vous arrêter bientôt, un CDD vous intéresserait ? » ; « Vous êtes sûre de ne pas vous tromper de voie ? »... et diverses inepties d'un autre âge la désolent. Elle fait demi-tour et accepte le poste proposé à l'UTRC. C'est ainsi que Geneviève Dauvergne se retrouve à East Hartford, en rase campagne, entre New York et Boston. « Il m'a fallu me créer une autonomie et une indépendance, loin de mes attaches. Ça a été très formateur et m'a permis de bâtir des fondations très solides en tant qu'individu », analyse-t-elle aujourd'hui.

L'INGÉNIEUR

De la R & D au management

Rapidement, elle devient chef de projet et prend en charge le développement et la validation d'un logiciel de modélisation et de prédiction du comportement au feu des portes d'ascenseurs. Elle collabore avec le centre de développement d'Otis, filiale du groupe, basé en France à Gien. Son but : développer et optimiser virtuellement ces équipements avant de lancer des essais physiques de validation et de qualification toujours onéreux. « J'ai eu la charge de composer mon équipe d'ingénieurs : définir les compétences nécessaires et dénicher les bonnes personnes, puis de mener tout le développement », se remémore-t-elle. Mission accomplie. Geneviève Dauvergne se voit confier un autre projet : développer et qualifier une courroie plate armée, destinée à remplacer les traditionnels câbles en acier assurant le mouvement des cabines, pour une nouvelle génération d'ascenseurs. Une innovation majeure qui réduit la taille de la machinerie, afin de l'intégrer en haut de la gaine d'ascenseur. Un projet de dix-huit mois très innovant qui a nécessité l'obtention d'une dérogation pour faire accepter ce système en remplacement des câbles traditionnels, démarche faite en collaboration avec le service juridique et le Lloyd's.

Ces projets ont révélé la fibre managériale de Geneviève Dauvergne. Pour la faire fructifier, elle se lance dans un MBA à temps partiel, en deux ans, à la Carnegie Mellon University. « Cela m'a ouvert des horizons infinis où tout m'intéressait, se remémore-t-elle. Ce MBA m'a fait découvrir la finance, les aspects juridiques, l'économie, le marketing, la vente, la production. J'ai alors vraiment voulu faire la rupture avec ce que je faisais à UTRC. » Elle passe des entretiens dans des grands cabinets d'audit, mais décide finalement de rester dans le groupe United Technologies. Otis lui propose un poste au siège, dans son département acquisitions et marketing. « Je restais autour d'un produit que je connaissais bien et pouvais m'ouvrir davantage aux aspects commerce et business, poursuit-elle. C'était une opportunité, une marque de confiance et un beau challenge. » Cette fonction l'occupe trois années, pendant lesquelles elle côtoie tous les membres du comité exécutif de l'entreprise.

LA DIRIGEANTE

Dialogue et compétitivité

Une période qui lui permet aussi de travailler avec le monde entier. « Je ne m'identifie plus à une culture unique, c'est une de mes fondations, affirme-t-elle. Je suis citoyenne du monde. » C'est pourtant lors d'un retour en France qu'on lui propose alors : à la direction du Contract Logistic Center (CLC), à Gien. Il assure l'interface entre l'environnement industriel autour du produit (conception et fabrication) et le reste du monde Otis (vente, chantier et maintenance). Le CLC expédie les produits de Gien vers deux cents pays. Un aspect international qui a attiré Geneviève Dauvergne, tout en ajoutant une corde opérationnelle à son arc. « C'est fondamental dans une carrière chez Otis, explique-t-elle. Je me suis donnée 18 à 24 mois pour voir si cela me plaisait, mais au bout de 12 mois j'étais déjà complètement séduite par le monde industriel. » À tel point que son assistante nous confie : « Je vérifie qu'elle a bien son Blackberry sur elle lorsqu'elle descend à l'atelier, sinon elle ne remonte pas ! » Une passion est née. Geneviève Dauvergne est même devenue directrice de l'usine : une unité de 600 personnes d'où sont sortis 10 500 appareils complets et 125 000 jeux de portes en 2011, le tout exporté à hauteur de 70 %. Très proche des personnels de l'atelier, la patronne leur parle beaucoup, s'enquiert de leurs problèmes techniques ou de leurs soucis de santé. « C'est un vrai ingénieur ! Avec elle, il n'y a pas de problème, mais que des solutions », nous dira un ouvrier lors de la visite du site.

« Nous sommes ici dans un centre industriel où le savoir-faire et l'expertise font référence au niveau mondial, décrit-elle. Mon objectif est de le garder compétitif et d'y développer toujours plus de valeur ajoutée, ce qui implique les hommes et les femmes qui y travaillent. » Elle apprécie également l'autonomie dont jouit son usine : « J'ai ma petite boîte dépendante d'Otis France, où j'ai mes RH, ma finance, ma qualité, ma R et D, ma production, mes objectifs. C'est ma maison ! J'ai une liberté de décision, qui va avec des responsabilités, ce qui est très motivant. On voit l'utilité de ce que l'on fait, cela donne de la puissance au sens de la vie professionnelle ». Bardée de ces expériences multiples, comment Geneviève Dauvergne envisage-t-elle son avenir ? « J'aimerais rester quelques années car je me sens bien et j'ai encore à participer au développement du site. Après, le train m'emmènera où il m'emmènera. Tout poste qui me permettra de m'enrichir plus, intellectuellement s'entend, j'irai. »

SES 3 DATES

1995 Diplômée de l'Ensta, elle part pour les États-Unis, étudier au MIT 2003 Elle passe de l'ingénierie au business chez Otis Monde en intégrant le département acquisitions et marketing 2009 Elle revient en France pour prendre la direction d'un centre logistique, puis d'un site de production

SES 3 OBJETS FÉTICHES

UN CD DE BOSSA NOVA Une réminiscence de la période où elle était chanteuse dans le groupe de Jazz de l'Ensta, avec une préférence pour la bossa nova. UN PETIT DESSIN DE DYLAN Une oeuvre de son petit garçonde 5 ans, l'être qui lui est « le plus cher au monde », habille le mur de son bureau. UN CADRE CHALLENGES Cadeau de son mari posé sur son bureau, ce cadre symbolise la difficulté d'une vie professionnelle et la satisfaction d'atteindre son but.

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