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Gaz de schiste : l’Académie des sciences rend sa copie

Gaz de schiste : l’Académie des sciences rend sa copie

L'Académie des science rend son Avis sur les gaz de schiste

© Industrie & Technologies

L’Académie des sciences a délivré son avis sur les gaz de schiste le 15 novembre 2013. Préparé par le Comité de prospective en énergie de l’Académie, le rapport expose l’état des connaissances actuelles sur les risques principaux liés à l’exploration et l’extraction des gaz de roche-mère, dits « gaz de schiste ». Neuf recommandations sont délivrées pour la France.

 

L'Académie des sciences s'est notamment appuyée sur les réflexions déjà menées au Royaume-Uni et aux Etats-Unis ou par l'Agence internationale de l'énegie (IAE) ou  l'alliance Ancre (Alliance nationale de coordination de la recherche pour l'énergie). Elle tire de son analyse un  bilan actualisé des risques induits par leur extraction et une évaluation raisonnée des incertitudes. Devant les multiples avantages induits par l'exploitation des gaz de schiste, elle se positionne pour qu'un effort de recherche et d'exploration des potentialités de la ressources soit fait. C'est l'objet de ses quatres premières recommandations :

  • Lancer un effort de recherche, impliquant aussi bien les laboratoires universitaires que ceux des grands organismes ;
  • Préparer l’exploration en utilisant les connaissances actuelles et solliciter les géologues pour évaluer les réserves ;
  • Réaliser des études et des expériences visant à évaluer et réduire l’impact environnemental d’une éventuelle exploitation ;
  • Mettre en place une autorité scientifique, indépendante et pluridisciplinaire de suivi des actions.

Les cinq recommandations suivantes visent l’éventuelle exploitation qui pourrait être engagée si des conditions favorables étaient réunies :

  • Traiter des problèmes de gestion des eaux ;
  • Prévoir un suivi environnemental des pratiques ;
  • Travailler sur des méthodes alternatives à la fracturation hydraulique ;
  • Traiter des problèmes d’étanchéité à long terme des forages d’exploitation;
  • Procéder à des tests en vraie grandeur dans des conditions respectant la décision en vigueur, dans des zones déjà fracturées  de vieux bassins charbonniers.

Concrètement, le Comité propose comme première voie d’action de procéder à des tests en vraie grandeur dans des conditions respectant la réglementation en vigueur. Pour cela, les zones déjà fracturées des vieux bassins charbonniers semblent tout indiquées : on peut y faire des tests par puits verticaux sans fracturation hydraulique et la matière organique y est abondante et propre à générer d’importantes quantités de gaz. Si la loi interdit la fracturation hydraulique, elle n’interdit en effet ni les forages verticaux, ni les forages horizontaux réalisés à partir de ces derniers.

Minimiser l'impact environnemental

La question des impacts liés à la fracturation hydraulique est au cœur des débats sur les gaz de schiste. Le Comité mentionne des méthodes alternatives utilisant l’électro-fissuration, la fracturation thermique ou l’injection de propane ou de CO2 supercritique mais conclu qu’elles ne constituent pas à l’heure actuelle des alternatives à la fracturation hydraulique. Il faut donc s’atteler à l’amélioration des procédés de fracturation hydraulique, laquelle, interdite aujourd’hui en France, pose principalement question sur ses effets environnementaux, à savoir la pollution des aquifères (l'eau potable) par le méthane, l’intégrité du tubage, la gestion des fluides de fracturation, les fuites de méthanes dans l’air et sa consommation importante en eau.

Sur la pollution des aquifères, le Comité de prospective estime que le risque de contamination directe est peu probable et peut être maîtrisé si une distance verticale de sécurité avec les aquifères est respectée. Dans la majorité des exploitations actuelles, la distance est supérieure à plusieurs centaines de mètres ou au kilomètre, des distances suffisantes pour éviter ce type de risque. Sur les additifs ajoutés à l’eau utilisée pour la fracturation hydraulique, le Comité insiste sur un réel besoin de transparence et la nécessité de remplacer les produits dangereux par des équivalents moins nocifs, en accord avec le règlement Reach (2006). Le risque de pollution de l’air par le méthane, bien identifié par l’industrie du gaz et du pétrole nécessite un contrôle des émissions sur les équipements de puit. Dans tous les cas, il s’agit de capter le méthane pour le torcher plutôt que de le libérer, puis de développer des alternatives au torchage. Sur la gestion des ressources en eau enfin, le Comité rappelle qu’il faut environ 15 000 m3 pour la réalisation d’un forage et pour la fracturation hydraulique correspondante, une consommation qui diminue nettement après la fin du forage, le sable maintenant les fractures ouvertes.

 « La question des gaz de schiste mérite d’être examinée »

L’Académie profite de l’avis pour rappeller que l’exploitation des gaz de schiste est une trop belle opportunité, dans le contexte de crise économique que traverse la France et d’un avenir énergétique incertain, pour ne pas au moins évaluer les potentialités d’une exploitation. Les gaz de schiste pourraient être un atout de taille pour la sécurité des approvisionnements en énergies fossiles et la réduction des factures qui l’accompagne (plus de 60 milliards d’euros par an). Aux Etats-Unis, le prix du gaz, essentiels à l’industrie chimique, est de trois à quatre fois inférieur à celui payé en Europe, principalement grâce à l’exploitation des gaz de schiste.

Dans le contexte de transition énergétique également, l’accompagnement des énergies renouvelables et d’une réduction de la part du nucléaire doit s’appuyer sur des sources d’énergie concentrée rapidement mobilisables, les centrales à flammes. Parmi celles-ci, mieux vaut une énergie fondée sur le gaz que sur le charbon. Pour la même quantité d’énergie, il y a un facteur 2 en termes d’émissions de CO2 (pour 50 MJ, 2,75 kg de CO2 après combustion du méthane résultant des gaz de schiste, contre 5,58 kg pour le charbon) et un rendement presque double de transformation de l’énergie en électricité.

« Les conséquences positives pour l’économie qui pourraient résulter, pour la France, d’un développement des gaz et des huiles de roche-mère sont trop importantes dans la situation de crise actuelle pour qu’on puisse rejeter a priori, sans un examen attentif, cette ressource potentielle », conclut le rapport.

Retrouvez l'intégralité du rapport ici.

 

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