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Galloo Plastics maîtrise le tri

Sonia Pignet

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Galloo Plastics maîtrise le tri

60 % des plastiques recyclés sont utilisés par des équipementiers automobiles.

© D.R.

- Cette PME du nord de la France a développé un savoir-faire unique pour trier des plastiques. Riche d'un portefeuille d'une dizaine de brevets sur des solutions technologiques, elle recycle de nombreux thermoplastiques.

Quand Hugues de Féraudy s'est lancé dans le recyclage des plastiques en mélange, en 1997, il s'attaquait à des déchets de déchets. Son gisement : les restes de broyage d'objets divers, une fois les éléments intéressants récupérés, à savoir les métaux. C'était la seule partie rentable. Les plastiques partaient à l'incinérateur. C'était également une époque à laquelle les DEEE ne parlaient pas à grand monde et où les véhicules contenaient moins de plastiques qu'aujourd'hui. Pari osé !

Dix ans plus tard, la société que dirige Hugues de Féraudy, Galloo Plastics, affiche un effectif de 47 personnes et un chiffre d'affaires d'environ 25 millions d'euros. Implantée à Halluin, dans le Nord, elle travaille sur trois sources de gisements : déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE), véhicules hors d'usage (VHU) et déchets ménagers (essentiellement des bouchons et flacons). Surtout, elle dispose d'un portefeuille d'une dizaine de brevets sur des solutions technologiques, qui lui confère un savoir-faire précieux. Hugues de Féraudy est donc satisfait. « Nous avons industrialisé un artisanat avancé », se félicite-t-il.

Un savoir-faire jalousement gardé

Galloo Plastics s'approvisionne auprès de broyeurs, qui lui livrent des préconcentrés. Il s'agit de fractions de thermoplastiques non triés, comprenant des polyoléfines (PP pour polypropylènes et PE pour polyéthylènes), des polystyréniques (PS pour polystyrène et ABS pour acrylonitrile butadiène styrène) et du PP talc. Une première sélection par flottaison conduit à des préconcentrés qui ne contiennent que des plastiques dont la densité est inférieure à 1,1 g/cm3. Exit donc les polycarbonates, polyamides et autres PVC (polychlorures de vinyle) ainsi que tous les produits pouvant être souillés par des retardateurs de flamme. Ces préconcentrés sont obtenus par une technologie protégée par un brevet de Galloo Plastics, et contiennent environ 90 % de produits vendables. Ils sont réalisés chez le broyeur, pour éviter d'avoir à transporter des matières non valorisables. La société est également alimentée par des résidus de broyage, réalisés à deux pas de là par l'entreprise Galloo France.

Une fois récupérés, les préconcentrés sont colorés en noir. Cela facilite les traitements à suivre et apporte aux plastiques une protection UV. S'ensuit alors une étape dite de surtriage pour séparer les polyoléfines des polystyréniques. Mais... impossible d'en savoir plus sur le procédé. Galloo préserve jalousement son savoir-faire. Avec celles déployées pour obtenir les préconcentrés, ces technologies sont en effet essentielles pour que la PME se distingue de ces concurrents.

La suite du processus est moins secrète. Les fractions de polyoléfines et de polystyréniques subissent une étape de tri, réalisé là aussi par flottaison, pour séparer, selon leur densité, le PP du PE et le PS de l'ABS du PP talc. Les plastiques obtenus, s'ils ne sont évidemment pas purs, affichent tout de même de belles performances. « La fraction de PP, par exemple, peut contenir entre 96 et 98 % de PP, encore un peu de PE et juste quelques traces de matériaux autres », indique le directeur général de Galloo Plastics.

4 % du chiffre d'affaires consacrés à la R & D

Ce tri effectué, l'entreprise ne s'arrête pas là. En fonction de la destination du plastique recyclé, elle incorpore des additifs pour conférer à son produit les qualités requises par l'utilisation qu'en fera son client. Amélioration de la fluidité, de la tenue aux chocs, etc. Galloo Plastics livre un produit, sous forme de granulés, dont les propriétés mécaniques répondent à un cahier des charges. Le PP et le PP talc sont principalement vendus à l'industrie automobile. Les autres sont utilisés pour fabriquer des objets variés : conteneurs, poubelles pour le milieu hospitalier en PE, cintres ou boîtiers de CD en PS, etc.

Bien qu'une récente réglementation autorise l'incor-poration de plastiques recyclés dans l'emballage ali- mentaire, Galloo préfère ne pas le faire. « Nous appliquons le principe de précaution et ne le fournissons pas pour des applications alimentaires », souligne Hugues de Férandy. Étant donnée la provenance variée de ces plastiques, il est impossible de garantir l'absence de traces de produits incompatibles avec cette utilisation.

Les équipementiers automobiles sont ses principaux clients : 60 % des plastiques recyclés par Galloo Plastics y trouvent leur destination finale. Malgré la mauvaise santé de ce secteur, Hugues de Féraudy rsete confiant. « Les plastiques recyclés représentent un marché émergent, avec beaucoup d'avenir. » D'autant qu'à qualité équivalente, le recyclé est pour l'instant vendu moins cher que le plastique vierge. « À terme, il est possible que le différentiel de prix se réduise », estime-t-il toutefois.

Cette année, la "ch'tite" PME a produit 24 000 tonnes de plastiques recyclés, pour 28 000 tonnes de préconcentrés traités. Et ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Elle a déposé auprès de la Drire une demande d'autorisa- tion pour pouvoir produire 45 000 tonnes de granulés sur son site d'Halluin et trier jusqu'à 90 000 tonnes. Elle entend aussi conserver son avance technologique. « La R & D est notre fer de lance. Nous y consacrons 4 % du chiffre d'affaires », explique Hugues de Féraudy. L'objectif est de trier encore plus de plastiques, donc d'aller vers des densités plus élevées. Aujourd'hui, les thermoplastiques dont la densité est comprise entre 1,1 et 1,30 g/cm3 sont incinérés. Les fractions plus lourdes, qui contiennent du PVC, peuvent subir un traitement chimique. Mais ce dernier coûte actuellement plus cher qu'il ne rapporte.

Tous les plastiques ne sont pas recyclables

Pour rester dans la course, Galloo Plastics, comme tous les autres acteurs du recyclage des plastiques, devra s'adapter aux évolutions de ces matériaux. Car depuis dix ans, les gisements évoluent. Certes, ils ne cessent de croître, mais le nombre de matériaux impossibles à traiter progresse également. Par exemple : tous les thermoplastiques contenant des fibres de verre, des fibres de lin, des thermodurs, etc. Bref, tout ce qui n'est pas filtrable n'est pas recyclable. Or, si l'écoconception impose aux producteurs de limiter l'utilisation de tels matériaux, elle a commencé trop tard pour que les déchets qui arrivent aujourd'hui sur le marché aient pu en bénéficier.

24 000 t

de granulés

C'est la masse de plastiques recyclés produite en un an par Galloo Plastics.

LE GISEMENT

- Des plastiques issus des déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE), des véhicules hors d'usage (VHU) et des déchets ménagers (bouchons et flacons).

l'Enjeu

- La séparation des espèces valorisables est le point clé dans le recyclage des plastiques. Cette PME a choisi un tri en plusieurs étapes, et s'appuie notamment sur la différence de densité de chaque thermoplastique.

LES DÉBOUCHÉS

- Galloo Plastics vend ses plastiques sous forme de granulés, dont les propriétés mécaniques sont adaptées à l'usage du client. Elle réalise 60 % de ses ventes à l'industrie automobile.

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