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« GAIA-X va mettre en lumière l'offre cloud européenne et ses immenses qualités », se félicite Servane Augier (3DS Outscale)

« GAIA-X va mettre en lumière l'offre cloud européenne et ses immenses qualités », se félicite Servane Augier (3DS Outscale)

© Dassault Systèmes

Alors que son groupe, Dassault Systèmes, avait abandonné, il y a quelques années, le projet de cloud souverain français avant qu’il ne périclite, la directrice du fournisseur de services cloud aux plus de 1 000 clients nourrit beaucoup d’espoir envers GAIA-X, le projet franco-allemand de plate-forme multi-cloud européenne. Notamment parce que, cette fois-ci, les industriels ont été invités à la fête.

I&T : 3DS Outscale est l’un des 22 membres fondateurs franco-allemands du projet GAIA-X. Pourquoi avoir dit oui ?

Servane Augier : Le principe de GAIA-X étant de fédérer une offre avec l'ensemble des acteurs du cloud, essentiellement européens, il était logique pour Dassault Systèmes et 3DS Outscale de participer à ce projet en tant qu'opérateur de cloud en France axé sur les sujets de confiance. C'est la continuité de ce pourquoi on existe depuis 10 ans. D'autant plus que Bruno Le Maire comptait beaucoup sur nous.

En tant que membre fondateur, nous entendons participer à la définition des règles. En effet, cette fédération se crée autour de sociétés qui acceptent de jouer avec les règles que l'Europe définit, articulées autour de la transparence, l'interopérabilité, la réversibilité et la confiance. Nous avons déjà participé à des groupes de travail en amont et nous continuerons à aider à définir le cadre, la direction, la gouvernance et les ambitions de GAIA-X.

Ensuite, nous voudrions profiter de la caisse de résonance qu'offre GAIA-X. Des offres cloud en Europe, il y en a plein et elles sont très morcelées et moins visibles que celles des Gafam. L'objectif de GAIA-X est aussi de mettre en lumière l'existence de cette offre qui a d'immenses qualités de technicité, de sécurité, de qualification, d'expertise industrielle mais à qui il manque encore de la visibilité.

En 2012, Dassault Systèmes avait claqué la porte d’Andromède, le projet de cloud souverain porté par le gouvernement français. Pourquoi GAIA-X a-t-il plus de chances d'aboutir ?

A son lancement en 2011, Dassault Systèmes était très intéressé par le sujet d'un cloud souverain. Le groupe a ensuite claqué la porte du projet Andromède car il était en désaccord avec la manière dont celui-ci devait être opéré : le fait qu'il y ait deux entités au lieu d'une seule [Cloudwatt, fondée par Orange et Thales, a cessé ses activités en février 2020 et Numergy, par SFR et Bull, a été entièrement rachetée par le premier en 2016, ndlr].

Le projet Andromède a d'ailleurs pâti de ce choix, mais aussi du fait qu'il n'y avait pas les commandes, en face de l'offre. A force de subventions, on a essayé de faire émerger des solutions technologiques - alors que d'autres avaient déjà la technologie - sans la faire correspondre à une demande claire.

Le projet GAIA-X, lui, est déjà à une plus grande échelle, l'Europe. Il ne vise pas à subventionner la création d'une offre - elle existe déjà. Et, surtout, la demande arrive avec le projet. Il n'y pas de subvention mais des potentiels de commandes, et c'est beaucoup plus prometteur.

La future plate-forme de GAIA-X ne risque-t-elle pas pour 3DS Outscale de mettre en avant des concurrents directs auprès de clients, actuels ou potentiels ?

Il faut voir le problème plus globalement, il me semble. Je vous donne trois chiffres : 65% des données européennes sont chez les Gafam, 95% des entreprises européennes sont en train de mettre en place des projets de migration dans le cloud et, comme le PDG d'Amazon Jeff Bezos lui-même le disait, seulement 5% des budgets IT mondiaux sont consacrés au cloud - ce qui n'est rien du tout. Ainsi, on voit bien que le potentiel est devant nous. Il faut donner aux Européens la vision de l'offre domestique dont ils peuvent bénéficier et dont aujourd’hui ils ne se servent pas assez.

Depuis la création d'Outscale en 2010, nous avons prouvé notre savoir-faire. Notre cloud est aujourd’hui capable de servir les plus grands clients de Dassault Systèmes et de nombreuses administrations. Nous sommes les premiers à recevoir, en novembre 2019, le label SecNumCloud, délivré par l'Agence de sécurité des systèmes d’information (Anssi). Un véritable accélérateur de contacts commerciaux et la garantie ultime pour choisir en toute confiance une offre de cloud plutôt qu'un projet fait maison. Nous n’avons plus à démontrer que notre offre est attractive, et c’est le cas pour bon nombre de nos confrères.

Il faut voir GAIA-X comme un équivalent aux sites de comparateurs d'assurances. Aujourd’hui, si vous cherchez à souscrire à une assurance, vous pouvez regarder toutes les offres de celles que vous connaissez déjà mais vous pourriez passer à côté d'une offre qui vous correspond simplement parce que vous n'en aviez pas la connaissance, alors que vous pouvez trouver l'ensemble des offres sur un comparateur. Avec GAIA-X, l'ensemble des offres cloud apparaîtront, d’abord, mais, en plus, vous aurez la certitude qu'elles respectent un ensemble de règles de base.

C’est un projet à la fois ambitieux et complexe. Comment cette infrastructure rivalisera-t-elle avec des offres comme Amazon Web Services ou Microsoft Azure, qui brillent par leur simplicité ?

Oui, indéniablement, l’architecture technique peut paraître très complexe. Néanmoins, nous sommes sereins sur la capacité de GAIA-X à rivaliser avec d'autres offres.

D'abord, car la dynamique d'interopérabilité est déjà en train de se mettre en place, concrètement. Les travaux avancent déjà : nous avons dévoilé un démonstrateur le 4 juin, lors de l'annonce officielle. Ce n'est peut-être pas impressionnant de prime abord mais cela signifie réunir tout un groupe de fournisseurs de cloud pour déterminer le choix d'un standard et accepter de faire quelques modifications dans nos systèmes pour faire en sorte d'être capables de remonter une typologie d'informations.

Ensuite, car l'industrie est là ! Les clients sont parties prenantes du projet. Les membres fondateurs ne sont pas 22 fournisseurs de services cloud mais quelques fournisseurs et beaucoup d'industriels et d'associations d'industriels. Sans compter que plus de 300 sociétés sont impliquées dans les groupes de travail. Ainsi, nous sommes certains, dès la genèse du projet GAIA-X, qu'il répond à des besoins, à des attentes, ce qui promet de générer des contrats par la suite.

Les clients ont-ils pris des engagements spécifiques ?

Pas vraiment, non. L'objectif n'est pas de faire signer de son sang des accords mais d'être en phase sur la direction à prendre. A n'en pas douter, la plupart des membres fondateurs de GAIA-X sont clients de Gafam. Mais ils s'inquiètent tous pour la souveraineté et la sécurité de leurs données et ont émis le souhait de voir émerger une offre européenne.

Les membres fondateurs investissent financièrement pour créer l'entité GAIA-X, ce qui nous prend, à tous, beaucoup de temps ; personne ne fait cela pour ne rien en faire. Ils viennent avec leurs besoins et ont d’ores et déjà commencé à développer des cas d’usages.

D’ailleurs, les Américains pourront être membres de GAIA-X, s'ils jouent avec les règles édictées. Certains participent déjà à certains groupes de travail à l'heure actuelle.

Quels bénéfices tireront les industriels d'une telle plate-forme ?

Ils seront certains que les opérateurs avec lesquels ils travailleront ne seront pas soumis à des réglementations extra-européennes, comme le Cloud Act américain ou tout autre extraterritorialité du droit américain, sur les transactions en dollars, notamment. Aujourd’hui, en France, nous avons tendance à peu croire au risque d'espionnage industriel et de guerre économique. Ce sont pourtant des réalités, mises en exergue par le rapport du député Raphaël Gauvain.

Il est important d'avoir une offre européenne qui permette à des entreprises européennes de travailler dans le contexte économique que l'Europe autorise et non celui que les Etats-Unis imposent.

La concurrence est aussi quelque chose de précieux. Le Club informatique des grandes entreprises françaises (Cigref) a insisté sur le fait que certains grands éditeurs ou fournisseurs de cloud américains abusaient de leur position sur l'opacité et l'augmentation des facturations. L'enjeu pour le Cigref et les sociétés françaises est d'avoir une offre en concurrence des offres américaines qui permette de garder une relation plus équilibrée avec son fournisseur. Bien sûr, il sera inscrit dans les règles de GAIA-X l'interdiction de l'enfermement propriétaire : demain, si votre fournisseur décide d'augmenter ses prix, vous pourrez passer d'un fournisseur à un autre facilement.

 

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