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Freyssinet fait glisser les ponts

Philppe Donnaes

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- La technique d'Autoripage de JMB Méthodes a permis de mettre en place, en quelques heures, un pont rail de 12 500 tonnes. Un record.

Pour Jean-Marie Beauthier, le fondateur de la société JMB Méthodes - intégrée au groupe Freyssinet depuis 2005 - « l'opération que nous avons réalisée l'an passé, à quelques pas de la station RER de Boissy-Saint-Léger (Val-de-Marne), ne constitue absolument pas une limite supérieure pour notre méthode d'Autoripage ». Et pourtant le bébé affichait des mensurations impressionnantes. Il s'agissait, en l'occurrence, d'un pont-rail de 12 500 tonnes (poids supérieur à celui de la tour Eiffel) permettant au 2 x 2 voies express de la RN 19 de franchir les voies ferrées.

Cette intervention, nouveau record mondial en la matière, « constitue un peu l'apothéose de ma carrière », avoue l'ingénieur, eu égard aux dimensions exceptionnelles de cet ouvrage : 60 mètres de longueur et 10 de hauteur, soit l'équivalent d'un immeuble de cinq étages. Dans la pratique, le pont a été construit à proximité des voies, à une quarantaine de mètres (43,20 m) de son emplacement définitif, l'opération étant sous-traitée à JMB Méthodes pour la partie ingénierie et à la cellule SCCM (service centralisé câbles et manutention) de Freyssinet (Vinci) pour la mise en place.

Des vérins hydrauliques assurent le poussage

Principal avantage de la technique : la possibilité d'intervenir dans un laps de temps limité, après consignation des caténaires (coupure de l'alimentation électrique). À l'heure H, les équipes de terrassement déblaient les derniers centimètres de terre afin de laisser une piste parfaitement plane pour garantir le glissement du colosse. Parallèlement, les équipes SNCF tronçonnent et retirent les rails, puis évacuent le ballast sur la portion de voie dans laquelle viendra s'imbriquer l'ouvrage, les engins ouvrant dans le même temps la brèche correspondante.

La mise en place de l'ouvrage s'effectue ensuite par ripage à même le sol sur un lit de coulis lubrifiant à base de bentonite, injecté au fur à mesure de l'avancement, l'avant du radier étant taillé en forme de spatule de ski. « Le réglage précis en altimétrie s'effectue par le biais d'une pelle, équipée d'un godet de curage, qui terrasse finement à l'avancement » précise Jean-Luc Bringer, le responsable de la cellule SCCM. Les informations en Z lui sont communiquées, via une visée laser en temps réel, par la centrale de pilotage informatisée (lire ci-contre) qui assure également un guidage latéral au centimètre près.

Côté poussage, le mouvement est assuré par un système de vérins hydrauliques, les câbles, ancrés dans les piles de l'ouvrage, étant reliés en partie arrière à un radier de guidage. « Nous disposions en l'occurrence d'une installation de poussage de 9 000 tonnes, que nous n'avons utilisée qu'aux deux tiers », indique Jean-Luc Bringer, l'opération complète de ripage n'excédant pas 17 heures. Les délais de coupure sont donc réduits au minimum, d'autant plus que l'ouvrage est équipé de deux bracons en béton qui lui confèrent, outre une plus grande finesse, une géométrie particulière épousant parfaitement la forme talutée de la brèche. À la clé : une diminution des volumes de remblais, l'espace libre entre les bracons et le talus étant comblé en coulant du béton autoplaçant.

Mais l'avantage principal de la technique réside, encore une fois, dans sa quasi absence de limite supérieure comme l'explique Jean-Marie Beauthier : « Le radier intégré à l'ouvrage permet de répartir la charge sur une grande surface, la pression résultante au sol n'excédant pas 0,3 à 0,4 bar/cm2, soit une valeur inférieure à celle exercée par la semelle de nos chaussures ! » Des efforts que peuvent dès lors reprendre, sans aucune préparation spécifique, la plupart des terrains. Le poids n'est donc absolument pas un obstacle sous réserve, bien entendu, de disposer d'une installation de poussage adaptée.

MIS EN PLACE AU CENTIMÈTRE PRÈS

- Toute l'opération est pilotée depuis le poste de contrôle, via un ordinateur central qui collecte et analyse l'ensemble des informations fournies par les systèmes de visée laser : pression sur les vérins, avancée et écarts latéraux, trajectoire en hauteur. Grâce à ce système de monitoring en temps réel, conçu par Advitam (groupe Freyssinet), l'opérateur est ainsi capable de surveiller, au centimètre près, l'avancée du colosse d'acier et de béton. Autre point fort : le développement par Hebetec, autre société du groupe, d'une gamme de vérins de 1 000 tonnes (débit hydraulique 90 l/min), permettant de garantir une vitesse d'avancement maximum de 12 m/h.

EN BREF

Le problème - Réduire au minimum les délais liés à l'aménagement d'un ouvrage souterrain sous une infrastructure routière, ferroviaire ou autoroutière. La solution - Construire l'ouvrage à proximité de son emplacement définitif puis le riper en le faisant glisser par l'intermédiaire de vérins hydrauliques.

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