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Formule 1 : Renault Sport F1 apprend que la simulation ne fait pas tout

Jean-François Preveraud

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Formule 1 : Renault Sport F1 apprend que la simulation ne fait pas tout

Sebastian Vettel et Daniel Ricciardo sont réduits au chomage technique

© DR

Lors des premiers essais officiels de la saison 2014, les groupes de motorisation de Renault Sport F1 ont rencontré de gros problèmes, clouant les voitures au garage. Un échec que Rob White, directeur général adjoint de Renault Sport F1, en charge de la technique, estime inadmissible en constatant l’écart entre les simulations faites en usine et ce qui s’est passé en piste.

Renault Sport F1 a-t-il été trop confiant dans la simulation pour le développement de son nouveau groupe de propulsion destiné aux Formules 1 pour la saison 2014 ? C’est ce que semble démontrer les biens piètres performances constatées lors de la première séance d’essais officielle de la saison, qui s’est déroulée à Jerez dans le sud de l’Espagne.

En effet, alors que Mercedes a aligné 309 tours, la Red Bull n’en a fait que 21, tandis que deux autres écuries, elles aussi motorisées par Renault Sport F1, en alignaient respectivement 54 pour Toro Rosso et 76 pour Caterham. Une déroute telle que Rob White, directeur général adjoint de Renault Sport F1 en charge de la technique, a été obligé de donner quelques explications.

« L’origine des problèmes n’est pas simple à identifier. Il ne s’agit pas d’un composant ou d’un système en particulier, mais d’un ensemble de facteurs. Plusieurs éléments ne fonctionnent pas comme prévu, notamment au niveau du contrôle et de l’utilisation des différents sous-systèmes du propulseur installé dans la voiture », explique-t-il.

Ainsi le premier jour des essais, Renault Sport F1 a connu des soucis avec un sous-système électronique situé dans l’environnement de la réserve d’énergie, qui ne concernait ni la batterie ni son utilisation. Le motoriste a ensuite rencontré des problèmes avec les systèmes de contrôle de pression (boost) dans l’environnement du turbo. Ces soucis ont eu des répercussions sur les systèmes de gestion associés au moteur, qui ont ensuite provoqué des pannes mécaniques.

Entre les deux premières journées d’essais, Renault Sport F1 a, avec l’aide de Red Bull, installé de nouvelles pièces pour résoudre le problème au niveau de la réserve d’énergie. Un système qui a été utilisé pendant les trois jours suivants.

Retour aux bancs d’essais

En parallèle des essais physiques à Jerez, l’équipe de développement de Viry-Châtillon a effectué des simulations sur des moteurs au banc d’essais, afin d’enquêter sur les problèmes rencontrés en piste et de trouver les solutions adéquates. Il semble que centre Renault Sport F1 ait alors identifié la cause probable des principaux avatars ayant affecté le turbo. Il a alors mis en place un système pour les paliers et l’a conservé sur les trois voitures en piste lors de la dernière journée d’essais.

Mais alors pourquoi ces problèmes n’avaient-ils pas été identifiés lors des simulations faites tout au long du développement sur les bancs d’essais de Viry-Châtillon ? « Nous pensions que notre configuration initiale offrait une base de travail solide à partir de laquelle nous pourrions élaborer en piste. Visiblement, ce n’était pas le cas. Nous avions mené de nombreux tests sur nos plates-formes d’essais et avions rencontré très peu de problèmes. Nous savons désormais qu’il existe un écart certain entre nos prévisions et la réalité en piste. Par conséquent, nos premières impressions étaient incomplètes et erronées. Cette série de problèmes nous frustre beaucoup car elle nous prive d’une séance d’essais précieuse. Nous aurions dû les identifier et les corriger en partie à l’usine ».

Course contre la montre

Une situation inquiétante quand on sait que la Fédération internationale automobile  (FIA) impose de geler les développements des moteurs une fois la saison lancée. « Le délai d’homologation est fixé à la fin du mois de février et il est impératif que nous le respections. Au-delà, des modifications seront tolérées, mais elles devront recevoir l’aval de la FIA. Les changements ne seront donc pas interdits. Nous ne devons pas être obnubilés par cette date », tempère Rob White.

N’empêche que le temps est compté, car la seconde séance d’essais aura lieu à partir du 19 février à Bahreïn. Le nouveau règlement moteur, imposant la récupération d’énergie représente un défi immense, mais aussi une formidable opportunité pour les motoristes qui vont être ainsi obligé de développer des produits à la pointe de la technologie.

« Afin d’atteindre le niveau de performances attendu, nous devons franchir une étape plus importante que prévu. Il est tout simplement intolérable de n’être pas parvenus à atténuer suffisamment nos problèmes, pour que nos partenaires puissent suivre leur programme d’essais. Nous travaillons d’arrache-pied pour rectifier cette situation avant Bahreïn et rattraper le temps perdu à Jerez », s’excuse Rob White.

Il va donc falloir identifier rapidement les racines des problèmes rencontrés et développer des solutions, le tout en renforçant les procédures de validation pour arriver à coup sûr aux résultats escomptés. Fort du peu d’enseignements tirés de la séance d’essais de Jerez - lorsque les voitures ont roulé, elles n’ont pas évolué avec le niveau de performances attendu - Renault Sport F1 a pris beaucoup de retard dans le développement de son groupe de motorisation, mais il reste optimiste. « Ces essais nous ont malgré tout permis de beaucoup mieux comprendre les défis que nous devons relever. Nous sommes certains d’avoir trouvé une solution d’ici Bahreïn », conclu Rob White.

D’ailleurs Renault Sport F1 est en piste dès ce week-end avec Lotus pour profiter de ses deux séances de déverminage de 100 km attribuées à toutes les écuries par la FIA. Cela sera-t-il suffisant pour rattraper le retard ? Rien n’est moins sûr.

Le principal enseignement que l’on peut tirer de ces mésaventures, c’est que la simulation, qu’elle soit numérique ou physique, est un bon moyen pour réduire le développement de produit innovants, encore faut-il avoir les bons modèles et les bonnes conditions d’utilisation. Autrement on risque la sortie de piste !

Jean-François Prevéraud

Pour en savoir plus : http://www.renaultsportf1.com

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