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Ferrari simule jusqu'à sa salle informatique

Industrie et  Technologies
Petit détour en Italie cette semaine, par Modena pour visiter la Scuderia Ferrari et rencontrer les responsables de la simulation aérodynamique ... de la salle informatique.


Au loin les moteurs des F1 miaulent déjà sous les sollicitations des pilotes. Dans le car tout le monde est debout pour essayer de voir, par-dessus le mur d'enceinte, passer les bolides rouges. Ca y est, les vigiles aux faux airs de carabiniers lèvent la barrière, nous pénétrons dans l'enceinte du circuit privé de Fiorano qui jouxte les usines de Ferrari où sont fabriquées les F1 et les voitures de grand tourisme.

Nous voici dans l'un des lieux les plus mythiques du sport automobile. Le car nous dépose juste devant la maison d'Enzo Ferrari sise au beau milieu du circuit. Mais si je suis là c'est avant tout pour le travail, alors direction la salle de réunion pour parler de simulation numérique. Antonio Calabrese, responsable informatique de la gestion sportive, nous explique que : « la technologie et les chiffres ne sont pas une fin en soit, ils permettent juste de nous concentrer et d'atteindre notre objectif, gagner des courses et le championnat. Ne compter donc pas sur moi pour vous donner des chiffres précis, la victoire se joue souvent à si peu que nous ne pouvons pas nous permettre de donner des renseignements trop précis que la concurrence pourrait exploiter contre nous ». Nous voilà donc prévenus et il faut l'avouer un peu déçus.


Une chose est certaine, une F1 sur la piste, c'est un avion que l'on essaye de maintenir au sol. L'aérodynamique est donc une composante primordiale dans la définition et l'évolution d'une voiture de course tout au long de la saison. « C'est pourquoi nous utilisons beaucoup les logiciels de simulation aérodynamique de Fluent. Ils nous servent pour l'aérodynamique externe (forme de la coque, ailerons d'appuis...), mais aussi pour l'aérodynamique interne (flux d'air de refroidissement des freins, des radiateurs d'eau et d'huile, carburation...). En permanence, nous évaluons des modifications d'éléments existants et de nouveaux concepts. La simulation nous permet de mieux analyser les phénomènes en jeu et de trouver plus vite les grandes voies de progrès, sans passer trop de temps en essais réels sur la piste ». Voilà nous n'en saurons pas plus sur l'utilisation de Fluent pour la définition et l'évolution des voitures de la Scuderia, car c'est un sujet trop sensible.

Par contre, les logiciels de Fluent ont aussi été utilisés lors de la création de la nouvelle salle informatique de l'écurie de F1. Et là, Massimo Martelli, responsable calcul va se montrer un peu plus disert. La Scuderia a décidé début 2004 de renouveler complètement sa salle informatique dédiée à la simulation numérique. « Ce projet a été une gageure puisque nous avons décidé de marier la très haute technologie avec l'histoire même de notre entreprise. Ainsi nous avons décidé de construire cette nouvelle salle informatique dans le bâtiment qui abritait la fonderie et l'atelier de mécanique des débuts de la société. Celui-ci, historique, est classé, ce qui nous a empêchés de faire la moindre modification extérieure (ouvertures, extensions, pose d'aérothermes...). Par contre, nous avons dû renforcer son isolation et sa résistance au feu ce qui a pris du volume intérieur ».

De même, Ferrari voulait disposer d'une salle informatique capable de s'adapter très rapidement à des besoins évolutifs en termes de configuration et de capacité informatique. « C'est pourquoi nous avons décidé de faire appel à APC, qui est un intégrateur global, spécialisé dans la conception et la réalisation des salles informatiques. Globalement nous voulions pouvoir disposer d'environ 1 500 CPU Opteron 64 bits d'AMD et de 40 à 50 To de mémoire en ligne. Une puissance informatique qui est essentiellement utilisée pour des simulations numériques faites par une cinquantaine d'ingénieurs à l'aide des logiciels de Fluent avec un taux d'utilisation frisant les 97 %. L'une de nos contraintes était de pouvoir disposer d'un système facilement reconfigurable où l'on peut déplacer les tiroirs contenant les CPU, afin de dédier des racks complets à des services ou des simulations précises qui tournent en permanence, tout en optimisant les longueurs des câblages ».


C'est pourquoi Ferrari a retenu l'InfraStrucXure d'APC qui permet de créer une véritable salle informatique évolutive où les chemins de câbles situés, non pas dans le faux planché, mais au-dessus des racks, permettent de modifier très rapidement les câblages. De plus, les racks utilisés disposent d'un système de refroidissement, pouvant disiper jusqu'à 20 kW, faisant passer l'air de l'arrière à l'avant du rack avec un différentiel de température inférieur à 5°C.

« Pour l'implantation des différents racks et des équipements de climatisation, nous avons décidé d'utiliser les logiciels de Fluent, afin de simuler l'évolution thermique de l'ensemble. Ainsi nous avons par exemple décidé de placer les racks produisant le plus de chaleur de part et d'autre d'un couloir technique couvert alimenté en air frais. Ils sont ainsi mieux refroidis et perturbent moins l'atmosphère générale de la salle. Grâce à la simulation nous avons ainsi pu optimiser la puissance frigorifique globale de notre système de refroidissement, basé un climatiseur NetworkAir In-Row d'APC et l'implantation des bouches d'air frais », conclu Massimo Martelli.

Une utilisation originale de la simulation aérodynamique à laquelle on ne pense pas lorsque l'on évoque Ferrari. Bon, je vous quitte pour aller faire un petit tour sur le circuit et visiter le musée Ferrari avant de rentrer.

A la semaine prochaine.

Pour en savoir plus : http://wwwferrariworld.com & http://www.apc.com & http://www.fluent.com

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle, suit depuis plus de 25 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM...). Il a été à l'origine de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.



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