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Faites le plein d'heures creuses

HUGO LEROUX hleroux@industrie-technologies.com

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Un site industriel peut fabriquer ses produits intermédiaires en périodes creuses, pour les utiliser en période de pointe. Décaler sa consommation d'électricité constitue une stratégie payante pour soulager les opérateurs d'électricité face aux pics de demande. Ou quand optimisation de procédé et trading énergétique font bon ménage... Mode d'emploi.

Production de chaleur, de froid, broyage de matière première, galvanisation de métaux... le point commun entre tous ces procédés ? Ce sont des opérations intermédiaires énergivores. Et elles peuvent être opportunément déplacées, pour alléger la facture d'électricité. Tenus d'assurer l'équilibre entre la demande et l'offre d'énergie sur un réseau de plus en plus complexe, gestionnaires de réseaux et producteurs d'électricité vont déployer de plus en plus d'incitations pour utiliser les procédés industriels comme un stock d'énergie. À la seule condition pour ces procédés d'améliorer leur flexibilité !

La première carte à jouer est celle de l'optimisation tarifaire. « C'est le principe du ballon d'eau chaude : vous reportez une opération énergivore au moment où les tarifs sont incitatifs, moyennant des stockages intermédiaires. Bien sûr, la stratégie est plus complexe sur un procédé industriel mettant en jeu des dizaines de machines et optimisé depuis 30 ans », explique Louis Jacquelin du cabinet de conseil en énergie Enea.

À ce niveau, le stockage thermique a déjà prouvé sa viabilité. La société Cristopia installe chez des industriels des cuves de stockage permettant de décorréler une production de froid de son utilisation. « Cet investissement peut générer des économies significatives chez les gros consommateurs de froid en agroalimentaire, chimie ou pharmacie », souligne Fabien Balzana, directeur marketing de Cristopia. Grâce à un tel dispositif de stockage, la brasserie Harp, à Dublin, a ainsi réduit sa demande électrique en période de pointe de 45 %, reportant 10 000 kWh journaliers en tarifs nocturnes.

Jouez sur les tarifs de l'électricité

À l'image du froid, toute fabrication de produit intermédiaire s'effectuant de manière intermittente et intense en énergie peut être mise à profit. Le cas du papetier Nippon Paper de Port Angeles, aux États-Unis, fait école. Cet énorme consommateur d'électricité a déplacé le gros du broyage de copeaux vers une période de creux sur le réseau électrique. Stockant la pulpe de papier pour son utilisation ultérieure, il soulage ainsi l'opérateur de réseau de quelque 25 MW de consommation en période de pic.

Reste qu'en dehors des « Pantagruel de l'énergie » qui jouent sur des économies d'échelle, miser sur le tarif nocturne ne compense pas toujours l'investissement pour chambouler un procédé. D'autres stratégies rémunératrices peuvent alors être envisagées.

Monnayez votre souplesse aux fournisseurs d'énergie

Via le système d'effacement jours de pointe (EJP), EDF rémunère les industriels capables d'« effacer » leur consommation sur demande. Longtemps resté lettre morte car des sites industriels seuls peinaient à se mettre à la diète avec un seul jour de préavis, ce mécanisme connaît un essor nouveau grâce à l'apparition d'un acteur intermédiaire : l'agrégateur de capacités.

La start-up française Energy Pool agrège les créneaux d'effacement de gros consommateurs. Elle vend ainsi des « lots » d'effacement uniformes et rémunère chaque client en retour. « En relation avec les clients industriels, nous regardons comment piloter le procédé et moduler sa demande énergétique sur commande », précise Olivier Baud, PDG d'Energy Pool. Mariant l'optimisation de procédés et le trading énergétique, les agrégateurs aident ainsi leurs clients à valoriser les reports judicieux qu'ils opèrent dans leurs procédés.

Si Energy Pool s'intéresse uniquement pour le moment aux « grands comptes », les incitations à l'effacement devraient toucher de plus en plus d'industries grâce à la loi adoptée en 2010, dite Nouvelle organisation des marchés de l'électricité (Nome). « Elle prévoit l'instauration à moyen terme d'un marché de capacité qui poussera les fournisseurs à rémunérer plus largement l'effacement », explique Bernard Declercq, chef du département éco efficacité des procédés industriels chez EDF R&D.

La branche prospective d'EDF évalue déjà la faisabilité technique d'instrumenter et de piloter à distance plusieurs dizaines d'opérations industrielles indépendantes. « Broyage de cailloux en cimenterie, gestion des fours à arc en aciérie, froid agroalimentaire... chaque opération, même de consommation moyenne, est potentiellement valorisable si elle est agrégée dans un tout. À condition d'opérer l'effacement en bonne intelligence avec l'industriel », estime Bernard Declerck.

En attendant l'avènement des mécanismes financiers adéquats, rien n'empêche d'évaluer d'ores et déjà la flexibilité de son procédé et sa capacité à absorber l'énergie.

Cinq questions à se poser

1. Quelles sont les étapes intermittentes de mon procédé ? Ce sont les plus faciles à déplacer ou flexibiliser. 2. Quels éléments interviennent ?Repérer les plus faciles à stocker. 3. Quels niveaux d'énergie sont mis en jeu ?Privilégier les plus intensifs en énergie. 4. Quelles sont les contreparties du stockage ? Évaluer les pertes de souplesse opérationnelle et l'investissement ? 1. Quelles sont les voies de valorisation de cet investissement ? On peut jouer sur les tarifs variables de l'électricité ou sur la rémunération de services auprès du fournisseur d'électricité en termes de modulation de la demande.

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