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Exclusif : la stratégie PLM de Siemens qui a séduit Daimler

Jean-François Preveraud
Exclusif : la stratégie PLM de Siemens qui a séduit Daimler

Siegfried Russwurm, membre du directoire de Siemens AG et CEO Industry Sector

© Jean-François Prevéraud

Nous avons rencontré vendredi Siegfried Russwurm, membre du directoire de Siemens AG et CEO Industry Sector. Il nous a dévoilé la nouvelle stratégie du groupe dans le domaine de l’informatique industrielle, mêlant intimement PLM et automatisation, qui a convaincu Daimler d’abandonner les solutions de Dassault Systèmes.

C’est à l’occasion d’une visite destinée à montrer comment Siemens a aidé l’écurie de Formule 1 Red Bull Racing à devenir Championne du Monde en 2010, que Siegfried Russwurm, membre du directoire de Siemens AG et CEO Industry Sector, a dévoilé la stratégie du groupe vis-à-vis de l’informatique industrielle.

« Les industriels ont besoin de franchir une nouvelle étape dans leur course à la productivité. C’est ce que nous leur proposons en combinant PLM et automatisation. Faire une seconde révolution de leur informatique industrielle ».

Le constat est simple. On retrouve le PLM dans toutes les phases amont des process industriels pour le développement des produits, ainsi que dans les phases aval pour leur maintenance, réparation et recyclage en fin de vie. Toute la partie centrale de ces processus industriels – fabrication, assemblage, qualité, emballage, etc. – fait quant à elle très largement appel à l’automatisation. Il est donc logique que les deux mondes convergent.

Une chaîne unifiée autour d’un modèle de données unique

« En effet, force est de constater que les gains de productivité liés à l’utilisation de l’informatique industrielle, telle qu’elle est vue maintenant, plafonnent. C’est pourquoi, afin d’offrir une solution globale beaucoup plus efficace à nos clients, nous avons depuis 2007 mis en place une stratégie à long terme et complété notre propre portefeuille d’applications avec un certain nombre d’acquisitions. Tout d’abord Unigraphics Solutions et son approche PLM avec NX pour la CFAO, Teamcenter pour la gestion collaborative des données produits et Tecnomatix pour les aspects usine numérique. Mais aussi Innotec en 2008 dans le domaine du contrôle des process industriels, afin de compléter notre offre Simatic PCS 7. Ou encore la firme française Elan Software en 2009, qui est spécialisée dans les outils de Manufacturing Execution Systems (MES) pour compléter notre offre Simatic IT dans les domaines de la pharmacie et des biotechnologies ». Et d’affirmer que cette politique d’acquisitions se poursuivra, essentiellement pour compléter le portefeuille applicatif, mais pas pour accroitre artificiellement la base installée.

« Nous avons travaillé pour intégrer tout cela, ce qui nous permet de proposer maintenant à nos clients une offre intégrée capable de les aider dans le développement de produits novateurs, dans la validation de leurs process de production, grâce à l’approche usine numérique, ainsi que dans la mise en place d’équipements pour l’usine beaucoup plus efficaces et moins énergivores. Nous pensons effectivement qu’il est temps maintenant d’intégrer très intimement ‘‘Product Engineering’’ et ‘‘Production Engineering’’ autour d’un modèle de données unifié. C’est indispensable pour les industriels qui veulent continuer à gagner en productivité et en compétitivité ».
 
                     
                


Siegfried Russwurm prend ainsi l’exemple de la simulation d’usinage où le logiciel validant de manière virtuelle un usinage utilise directement le code qui sera installé sur le directeur de commande numérique de la machine-outil, ainsi qu’un modèle comportemental exact de la machine-outil issu du système de surveillance de la machine réelle. « Avec un tel système intégré, vous validez non seulement la faisabilité des usinages sans collisions et leur rapidité, mais aussi la consommation énergétique de la machine, la qualité des surfaces usinées, l’absence de vibrations, etc. ».

Mieux vaut intégrer qu’interfacer

Bien que convaincu que cette intégration de l’ensemble de la chaîne est la meilleure voie, Siemens reste toutefois ouvert aux applications externes, notamment très spécialisées. « Afin de garantir à nos clients l’accès aux applications les plus en pointe, nous maintiendrons une approche d’interfaces ouvertes, notamment à travers Teamcenter, permettant l’importation et l’exportation des données vers des applications tierces. Mais les industriels doivent être convaincus que dans ce cas, ils risquent de perdre à la fois en performance, en qualité et en richesse d’information ».

Et Siemens d’affirmer qu’il sait de quoi il parle. « Nous sommes des industriels depuis plus de 160 ans et nous disposons de plus de 300 usines dans le monde. Nous nous appliquons en interne ce que nous préconisons à nos clients. C’est ce qui nous permet de savoir comment mettre en place cette véritable révolution de leur informatique industrielle, sans mettre en péril leur société ». A titre d’exemple, 35 000 ingénieurs de Siemens sur plus de 50 sites dans le monde, utilisent quotidiennement Teamcenter pour gérer leurs projets.

Une approche qui a convaincu Daimler

Une approche industrielle globale et pragmatique qui commence à faire mouche. Dernier exemple en date celui du Daimler A.G. qui vient d’indiquer qu’il allait déployer NX pour remplacer Catia de Dassault Systèmes dans ses 20 centres de développement de voitures et de poids lourds à partir de 2012 (voir notre article).

« Nous avons mené pendant 15 mois des benchmarks avec ce client sur l’ensemble de nos produits. Il vient d’annoncer son choix pour notre approche intégrée. Un choix qui s’étendra à ses principaux équipementiers partenaires. Il porte à la fois sur les aspects PLM – CFAO avec NX, mais aussi GDT car leur système propriétaire Smaragd est basé sur Teamcenter, ainsi qu’usine numérique car ils sont déjà utilisateurs de Tecnomatix – mais aussi sur les aspects automation, car nous sommes fortement présents dans ses usines. Et nous allons l’aider à déployer rapidement cette approche intégrée. Les aspects PLM devraient ainsi être unifiés dès 2016 ».

Concernant, la surprise affichée par Dassault Systèmes à propos de ce revirement chez l’un de ses plus grands clients, la réponse est cinglante : « si une telle mésaventure nous arrivait chez l’un de nos grands clients sans ne nous n’ayons rien vu venir, je changerai mes équipes marketing… ». Et histoire de faire monter la pression, d’ajouter malicieusement : « Nous sommes en phase de benchmark avec 7 des 10 plus grands constructeurs et équipementiers automobiles. Cette fois, ils ne pourront pas dire qu’ils n’étaient pas prévenus ».

Jean-François Prevéraud
 

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