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Et si la science était à bout

CHARLES FOUCAULT cfoucault@industrie-technologies.com
Homme de peu de foi ? Un éminent physicien a sorti un livre visant à démontrer que la science atteint ses limites. Dévorons-le... la dernière page tournée, nous voilà rassurés : Russel Stannard n'est pas convaincant sur la fin des découvertes, mais il mérite les prix qu'il a obtenus pour sa capacité à expliquer les complexités de la science.

C'est une balle dans le pied que ce livre de Russel Stannard. Pas dans son propre pied : à 80 ans, sa carrière de chercheur est plutôt derrière lui. Mais dans le pied des générations de scientifiques passionnés à venir. Dans son ouvrage Vers la fin des découvertes, il affirme que « la poursuite des connaissances se trouvera devant un mur infranchissable. » Pas les applications. Selon lui, les découvertes réalisées continueront à être source de nouvelles technologies à jamais. Mais la science fondamentale, elle, n'avancera plus d'ici quelques dizaines... ou centaines d'années. Une théorie difficilement réfutable, qui appartient donc plus à la métaphysique qu'à la science, aurait souligné le philosophe des sciences Karl Popper.

Un état de l'art sur les limites actuelles de la science

Pour nous convaincre que nous sommes en passe de connaître « tout ce qui est accessible à nos facultés de compréhension », l'auteur a répertorié, en douze chapitres, les questions auxquelles la science fondamentale se heurte. Le physicien retourne ces problèmes dans tous les sens pour nous montrer que non, décidément, nous ne pourrons pas les résoudre. Il nous entraîne d'abord aux limites de nos connaissances sur le cerveau et la conscience pour se heurter à l'éternel problème du déterminisme ou « comment concilier la prévisibilité grinçante du cerveau purement physique avec la perception mentale d'un futur ouvert à propos duquel il nous appartient de décider ce qu'il sera ? » Il nous fait ensuite remonter au plus près du Big Bang, mais jamais suffisamment près pour qu'enfin nous sachions « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? ». Il interroge les lois de la nature et le principe anthropique sur leurs raisons d'être, avant de nous emmener flirter avec les limites de l'univers : Quelle est la taille du Cosmos ? Et la nature de l'espace ? Celle du temps ? Saurons-nous les diviser encore et encore jusqu'à une unité fondamentale indivisible alors que « les caractéristiques véritablement critiques de l'univers pourraient impliquer des échelles qui n'ont absolument pas d'équivalent dans ce que nous, êtres humains, pouvons sonder expérimentalement » ? Le physicien glose ensuite sur la relation entre espace et temps, via un rappel très efficace des théories de la relativité (restreinte et générale) d'Einstein. L'ancien chercheur fini par s'amuser avec les fragilités de sa spécialité : la physique des hautes énergies. Il fustige un modèle standard qui « implique l'intervention de 19 paramètres inconnus [...]. Ceux-ci doivent être introduits au jugé afin que ledit modèle s'accorde aux faits observés. » Le monde quantique, la gravité qui le régit et la théorie des cordes sont les dernières notions passées aux cribles du doute systématique. Si Russell Stannard ne convainc pas sur la fin des avancées scientifiques, son titre vendeur nous aura permis de lire un bel état de l'art sur leurs limites actuelles.

LE LIVRE

VERS LA FIN DES DÉCOUVERTESApprochons-nous des limites de la science ? Russel Stannard Éditions De Boeck 168 pages, 19 euros

ET AUSSI

Jean-Marc Levy-Leblond disserte ici sur la crise du projet des Lumières. Le physicien, épistémologue et professeur de philosophie cherche à mieux comprendre l'activité scientifique et à en explorer les limites, à travers treize questions : « D'où vient le mythe des sept couleurs de l'arc-en-ciel ? » ou « La science a-t-elle une universalité transculturelle ? ». Il souligne les paradoxes, comme celui qui permet d'assigner à l'ombre une vitesse supérieure à celle de la lumière. LA VITESSE DE L'OMBREAux limites de la science Jean-Marc Levy-LeblondÉ ditions Seuil 22 euros

RUSSEL STANNARD PROFESSEUR ÉMÉRITE DE PHYSIQUE À L'OPEN UNIVERSITY, EN GRANDE-BRETAGNE

Né à Londres en 1931, Russel Stannard a obtenu sa thèse en physique du rayon cosmique à l'University College de Londres en 1956. Tout au long de sa carrière, ses recherches, dans cet établissement puis à l'Open University, ont porté sur la physique des hautes énergies. Mais c'est surtout par l'enseignement qu'il a fait parler de lui. Ses capacités de vulgarisation scientifique lui ont valu d'être décoré de l'Ordre de l'Empire britannique et de la médaille Bragg et d'un prix de l'Institut de physique pour sa « contribution de qualité à l'enseignement des sciences ».

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