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ET LES INGÉNIEURS DE L'ANNÉE SONT...

Franck Barnu

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La deuxième édition d'une manifestation est la plus difficile, dit-on. Si c'est le cas, le Prix des Ingénieurs de l'année a franchi cette étape avec sérénité. Les ingénieurs récompensés sont tout aussi brillants que leurs prédécesseurs. Leurs réalisations tout aussi impressionnantes.

À noter cette année un Prix spécial dans la catégorie "Projet industriel". Il a été attribué aux ingénieurs qui ont assuré, l'un la direction technique du projet A 380, l'autre sa logistique. C'est bien le moins que mérite cette réalisation hors normes.

Industrie et Technologies, L'Usine Nouvelle et le CNISF (Conseil national des ingénieurs et des scientifiques de France), les organisateurs de ce Prix, vous donnent rendez-vous en décembre prochain pour l'édition 2006. Peut-être serez-vous alors sur le podium...

Pour son oeuvreDes écrans plats aux biopuces

Sans lui, les écrans plats à cristaux liquides ne seraient pas tout à fait ce qu'ils sont. Pas plus que les microsystèmes ou encore les très prometteuses biopuces. Matériaux, électronique, biotechnologie, Jean-Frédéric Clerc, ingénieur Supélec, a apporté son savoir-faire visionnaire dans tous ces domaines d'une brûlante actualité. À peine entré comme chercheur au Léti de Grenoble, Jean-Frédéric Clerc se passionne pour les cristaux liquides. Son intérêt pour le sujet le conduira... au Japon, chez Stanley Electric où, suite à une infructueuse tentative d'industrialisation avec les industriels européens, il sera responsable de l'industrialisation des écrans plats à cristaux liquides. Après cette expérience japonaise - de 1988 à 1992 -, retour en Europe, chez Tecdis, joint-venture Olivetti-Seiko, qui a l'ambition de créer une alternative européenne pour les écrans plats. On retrouve Jean-Frédéric Clerc en 1995 chez Pixtech pour lancer la technologie des écrans à micropointes. Puis c'est le retour au Léti. Cette fois pour explorer un autre aspect de la microélectronique, les biopuces. Jean-Frédéric Clerc participera ainsi au projet Amigo, notamment avec les équipes de Biomérieux. Aujourd'hui, le signataire de quelque 98 brevets, poursuit son aventure technologique au département de prospective, stratégie et évaluation scientifique à la direction de la recherche technologique du CEA-Léti avec, entre autres, le formidable projet de pôle Minatec voué aux micro- et nanotechnologies. - F. B.

Pour l'innovationNitruration d'alliages d'aluminium

Chez Quertech Ingénierie (Caen, Calvados), Denis Busardo et ses collègues Frédéric Guernalec et Guillaume Planchenault ont développé un procédé de nitruration qui augmente fortement les caractéristiques mécaniques en surface d'alliages d'aluminium. Ingénieur de l'Ismra - Ensi Caen et titulaire d'un doctorat de physique, Denis Busardo a notamment travaillé chez Dassault Systèmes, où il a participé au développement de la solution CFAO Catia. Chez Quertech Ingénierie, il conçoit ce procédé et la machine permettant d'implanter des ions d'azote multiénergies issus d'une source ECR (Electron cyclotron resonance) sur une pièce en aluminium. Cette technique permet d'augmenter sa dureté superficielle de 400 %, tandis que ses propriétés mécaniques dans la masse sont conservées. Autre atout, la température du traitement est inférieure à 120 °C. Le procédé de nitruration d'alliages d'aluminium de Quertech Ingénierie vise en premier lieu le marché des moules de plasturgie, où il permettrait de réaliser des économies importantes. D'autres secteurs sont aussi concernés, partout où l'on cherche à améliorer la résistance des pièces à la corrosion, la lubrification dans des conditions extrêmes... Créé en 2004, Quertech Ingénierie n'en est pas à sa première distinction. En 2004 et 2005, la start-up a été lauréate du concours "Création d'entreprise de technologie innovante" du ministère de la Recherche. En 2005, elle remportait également le concours "Tremplin Entreprises" organisé par le Sénat. l M. L. T.

Pour le développement durableDes vélos en libre-service à Lyon

Depuis mai 2005, moyennant un abonnement, les Lyonnais ont accès, 24 heures/24 et 7 jours/7, aux quelque 2 000 vélos répartis dans la ville. Avec ce service, JCDecaux propose une sérieuse alternative à la voiture en ville tout en favorisant l'intermodalité des transports en commun. Ses ingénieurs ont, pour cela, conçu un vélo répondant aux exigences du libre-service et du milieu urbain. Un ensemble de dispositifs (bornettes, antivols, garde-boue autofreinants, carte électronique intégrée...) permet ainsi de superviser les organes vitaux du vélo (test automatique à chaque remisage), de piloter les lumières et l'alarme afin de garantir la sécurité du cycliste et de lutter contre le vandalisme. « La principale difficulté a été l'intégration, dans des délais très tendus, de nombreuses innovations [huit brevets déposés] dans tous les métiers, microélectronique, mécanique, informatique, logistique », souligne Xavier Hubert, directeur industriel du spécialiste du mobilier urbain et chef d'orchestre de ce projet qui a impliqué pas moins d'une cinquantaine de personnes de la direction industrielle pendant trois ans. Le succès à Lyon est total. Après seulement trois mois de service, 1,2 million de kilomètres ont été enregistrés avec jusqu'à 12 000 locations par jour. Le dispositif devrait donc rapidement faire des émules en France et à l'étranger, d'autant plus qu'il ne coûte rien à la collectivité puisque le service est offert à la ville en contrepartie d'une concession d'affichage. - N. A.

Pour un projet industriel - lauréatIl a fait naître la Logan

«Un très bon projet, bien ciblé et très attractif pour le client. » Le récent hommage appuyé de Carlos Ghosn, l'emblématique patron de Renault et Nissan, à la Logan, la voiture à 5 000 euros si chère à son prédécesseur, ne peut que satisfaire l'équipe de Jean-Marie Hurtiger. Il a été le directeur du projet X90, le nom de code de cette voiture qui bouscule les habitudes de l'industrie automobile. Ingénieur civil, diplômé de l'École nationale des ponts et chaussées en 1973, titulaire d'un MBA de l'Insead, il est né le 4 janvier 1951. « Je suis entré chez Renault en octobre 1988 comme chef du service de planification industrielle à la direction des fabrications et, deux ans plus tard, j'ai rejoint la direction du plan au sein du groupe Delta », précise ce passionné d'aventures industrielles créatives. Avec un objectif ambitieux : réduire le délai de développement de nouveaux véhicules. En 1999 Jean-Marie Hurtiger est choisi pour mener tambour battant le programme X90. « C'était un défi passionnant, se rappelle le responsable. Nous devions partir d'une feuille blanche sur un programme résolument piloté par l'équation économique. » Six ans après, le pari a été gagné au-delà de toute espérance. En plein essor actuellement sur tous les marchés sur lesquels il est vendu, ce modèle contribuera positivement, dès 2006, à la marge de Renault. Une histoire à happy end qui ne fait que commencer... - M. S.

Pour un projet industriel - prix spécial

On imagine bien que la construction d'un avion à deux ponts d'une charge marchande de 150 tonnes susceptible de parcourir une distance de 10 400 km a exigé quelques prouesses technologiques. Mais la gestion d'un projet de cette ampleur et la production de cet aéronef géant sont d'autant plus remarquables qu'il a fallu mettre en oeuvre des solutions à l'échelle européenne. Il faut être un sacré chef d'orchestre pour que 10 000 personnes établies dans cinq pays travaillent à l'unisson. C'est à Robert Lafontan qu'a été confiée cette tâche. En tant que directeur technique, il a supervisé la mise en place des divers partenariats industriels et participé à la sélection des fournisseurs. Il a travaillé sur le projet A3XX dès son origine en 1996.

Il a piloté les choix de configuration de l'avion et les technologies nécessaires pour atteindre les objectifs de performance et de coût d'exploitation. Mais derrière le premier vol de ce très gros porteur, le 27 avril 2005, se cache une formidable logistique. Il a fallu quatre ans à l'équipe européenne d'une cinquantaine de personnes, animée par Jesus Morales, pour mettre au point le processus logistique et concevoir les équipements de transport appropriés. Le défi était de taille : acheminer par divers modes de transport (fluvial, maritime et routier) des éléments de très grandes dimensions depuis le Pays-de-Loire, l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Espagne vers le site d'assemblage final à Toulouse. Les terminaux maritimes et fluviaux ont été créés ou adaptés et le gabarit de la route entre Langon et Toulouse augmenté. - Y. B.

Pour un entrepreneurMoteur de recherche d'information

En septembre 2000, François Bourdoncle et Patrice Bertin, deux ingénieurs X-Mines, créent la société Exalead après deux ans de R&D sur une nouvelle génération de moteurs de recherche. Mission : améliorer la recherche d'information sur le poste de travail, l'intranet des entreprises, les portails Internet ou le Web. Cinq ans plus tard, Exalead s'impose comme le troisième moteur de recherche sur Internet, derrière Google et Yahoo. Architecture ouverte, indexation en temps réel, traitement linguistique avancé... Par certains aspects, il est même considéré comme plus performant que ses concurrents américains. Grâce à son moteur sémantique, il pardonne les imprécisions phonétiques, les fautes de frappe et les erreurs d'orthographe. Avec son interface de navigation guidée, il aide l'utilisateur à affiner la recherche en un clic. Alors que les moteurs traditionnels se spécialisent dans un univers particulier (Web, intranet, poste personnel...), il couvre, lui, toutes les applications à la fois avec cinq versions basées sur le même coeur technologique. L'offre vient d'être complétée avec un moteur de recherche unifiée sur le poste de travail, l'intranet de l'entreprise et le Web. Une solution unique à ce jour sur le marché. La société, qui a démarré avec six personnes, en emploie aujourd'hui quarante et dispose de filiales aux États-Unis et en Italie. Elle prévoit de doubler son chiffre d'affaires en 2005 à 4 millions d'euros. - R. L.

Pour la scienceImagerie 3D de cellules vivantes non adhérentes

Spencer Shorte, directeur de l'Imagopole et de la plate-forme d'imagerie dynamique de l'Institut Pasteur, et Bernard Chalmond, professeur au Centre de mathématiques et de leurs applications à l'ENS-Cachan, ont conçu et breveté une méthode d'imagerie 3D de cellules vivantes non adhérentes. Il s'agit d'une technique permettant d'observer des cellules non visualisables en microscopie confocale et qui assure une acquisition d'images à très haute vitesse (quelques millisecondes). Cette méthode est dès lors compatible avec les besoins d'analyse à haut débit de cellules vivantes. Les chercheurs ont travaillé sur une technologie permettant la manipulation de cellules uniques par la combinaison de champs diélectrophorétiques et de systèmes microfluidiques. Il devient ainsi possible d'immobiliser en suspension des cellules individuelles et de les faire pivoter autour d'un plan focal donné. Cette technique d'imagerie 3D permet d'observer des cellules souches, des cellules sanguines (ou autres) pour des besoins de diagnostic mais aussi pour la recherche de nouveaux médicaments. Un brevet a été déposé par l'Institut Pasteur et la société Evotech. Actuellement, les chercheurs développent une version automatisée de cette technique dans le cadre du 6e PCRD. Elle réalisera des criblages à haut débit et l'analyse de structures biologiques dans des cellules non adhérentes. - M. L. T.

Pour un début prometteurLa suspension "à façon"

Ce n'est pas tous les jours qu'on réinvente la suspension automobile ! Cet exploit est pourtant à l'actif de Benjamin Talon, ancien élève de l'Isat, et de trois amis ingénieurs, tous fondateurs de la société Soben, en avril 2005. Comme dans toute bonne start-up, le cinquième est financier. Notre ingénieur débute sa carrière comme responsable des calculs chez Renault Sport. « C'est là que j'ai pris conscience de l'immense pouvoir de la modélisation, à l'aide d'outils mathématiques. » Une approche qui fait merveille pour piloter la "liaison au sol" extrêmement sollicitée en compétition. Il était tentant de faire migrer ce savoir sur des véhicules de loisirs. Dont acte. Le produit phare de Soben est un amortisseur (toute une famille, en fait) semi-actif. Car la loi d'amortissement s'adapte en temps réel à l'état de la route et au type de conduite souhaité. En pratique, "le découplage des paramètres", c'est-à-dire l'adaptabilité des lois de comportement de l'amortisseur s'effectue grâce à des restrictions de passage d'huile, réalisées par des assemblages de valves spécifiques à chaque phase de fonctionnement de l'amortisseur. L'amortisseur de Soben couvre un spectre très large, qui va de la moto au véhicule tout-terrain. Et le positionnement de la start-up est une niche judicieuse entre l'offre artisanale propre à la compétition et la production industrielle en volume. - T. M.

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