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ET LES INGÉNIEURS DE L'ANNÉE SONT...

C. D. , R. L. , T. M. , Y. B. , M. L. T. , J.-F. P.

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Il y aura désormais le Jour des ingénieurs. Cette année, il tombait le 15 décembre. À 20 heures, à Paris, Paul Wagner, directeur des rédactions d'Industrie et Technologies et de L'Usine Nouvelle, accompagné du fameux Jérôme Bonaldi, remettait pour la première fois les Prix des ingénieurs de l'année. Une distinction destinée à récompenser des ingénieurs hors pair pour leur talent. Osera-t-on dire que cette première édition fut un succès ? Toujours est-il que ce prix, organisé par Industrie & Technologies avec L'Usine Nouvelle et le Conseil national des ingénieurs et des scientifiques de France (CNISF), sera reconduit l'année prochaine. Alors, en attendant de figurer au palmarès, découvrez les heureux récipiendaires...

Pour son oeuvre

Une cinquantaine de ponts à son actif

Michel Virlogeux

Consultant

«Ne fera jamais rien en mathématiques » avait jugé son professeur de seconde. C'est pourtant à Michel Virlogeux que l'on doit la conception de très nombreux ouvrages d'art français - et les calculs complexes qui en découlent ! Père virtuel d'une cinquantaine de ponts (et génial inspirateur de plus de deux cents autres), cet ancien fonctionnaire travaille aujourd'hui à son compte. Le viaduc du TGV à Avignon, les ponts du Grand-Tressan, de Cheviré, de l'île de Ré, c'est lui. Sans oublier le viaduc de Millau qui vient d'être inauguré.

À 58 ans, cet X-Ponts est considéré comme l'un des piliers du développement des ponts à haubans. L'ingénieur a d'abord su vaincre les peurs des experts en concevant, en 1994, le pont de Normandie. Puis il adapte ses travaux à des ponts multihaubanés à travées multiples, tel le pont de Rion-Antirion (Grèce). Et aujourd'hui, il s'attaque à des projets de ponts à haubans courbes, comme le futur pont de Térénez (Finistère).

Bien que reconnu dans le monde entier, Michel Virlogeux était, jusqu'à présent, peu connu du grand public français. Espérons que ce prix de l'ingénieur pour sa carrière contribuera à lui donner la notoriété qui lui est due.

Pour l'innovation

La lentille liquide

Jérôme Peseux et Bruno Berge

Varioptic

En fondant Varioptic en 2002, Bruno Berge, alors directeur de recherche au CNRS, concrétise plus de dix ans de R&D sur la lentille liquide, menée à l'université Joseph-Fourier de Grenoble puis à l'École normale supérieure de Lyon. Ce docteur en physique conduit une révolution technologique mettant l'objectif optique à la portée des téléphones portables.

Le principe de l'électromouillage, à la base de cette technologie, est connu depuis longtemps. Pour rendre sa mise en oeuvre possible, il embauche dans son laboratoire du CNRS, en 1997, Jérôme Peseux, jeune ingénieur de l'Insa de Lyon. Ils parviennent ensemble à l'idée d'associer à la goutte d'eau, qui fait office de lentille variable, un liquide complémentaire, de l'huile. La voie est alors ouverte à l'industrialisation. Le premier brevet est déposé en 1997 au nom de Jérôme Peseux. Trois autres le seront plus tard.

Après quatre années chez Pixtech, symbole du rêve français dans les écrans plats à micropointes, cet ingénieur est rappelé en 2002 par Bruno Berge pour faire partie de l'équipe de départ de Varioptic (cinq personnes). « Pour attirer les investisseurs, il fallait disposer rapidement de prototypes qui fonctionnent », se rappelle-t-il. En mars 2004, l'annonce par Philips de la même technologie crée le doute. Mais ils reprennent confiance avec une commande du géant coréen de l'électronique Samsung.

À 45 ans, Bruno Berge laisse la direction de la société à Étienne Paillard, ancien PDG de Temex, se consacrant lui à la R&D. Jérôme Peseux, 31 ans, s'occupe du développement et de la technologie.

Pour le développement durable

Le système "Stop & Start"

Guillaume Engel et Vincent Basso

Valeo et PSA-Peugeot-Citroën

Au-delà de l'exploit technique, clou du Mondial de l'automobile, le "Stop & Start" est le fruit d'une rencontre. D'un côté Vincent Basso, responsable "synthèse énergétique véhicule" à la direction de l'innovation chez PSA. De l'autre Guillaume Engel, chef de projet des applications de l'alterno-démarreur chez Valeo.

Le "Stop & Start" réconcilie deux mondes antagonistes : le transport individuel et l'environnement. De fait, les deux ingénieurs clament bien volontiers leur engagement environnemental. « C'est une chance de travailler sur un concept qui préserve la Planète », revendique Vincent Basso. Ce Vosgien de 35 ans est d'ailleurs un "pratiquant" de l'écologie, grand amateur de VTT.

Dès 1997, une équipe de R&D de Valeo travaille sur un alternateur réversible qui fait office de démarreur. « Dès que les ingénieurs de Valeo nous ont présenté leur concept, nous avons su qu'ils tenaient un filon », se souvient Vincent Basso. Reste à savoir l'exploiter. Le projet représente un défi technique mais aussi humain, par l'éventail des métiers qu'il englobe. « Il était primordial que chaque métier soit impliqué dans les prises de décision, précise modestement Vincent Basso. Nous avons compris, de part et d'autre, que nous devions jouer cartes sur table et travailler main dans la main. » « PSA nous a fait progresser, comme nous les avons fait progresser, confirme Guillaume Engel. La transparence a été l'un des piliers de notre réussite. »

Pour un projet industriel

Le chronotachygraphe numérique

Laurent Malberti et Éric Romon

Actia

Le chronotachygraphe numérique d'Actia est, pour Éric Romon et Laurent Malberti, l'aboutissement d'un long projet. C'est en 1998 que les deux hommes s'y sont attelés. Avec chacun sa mission. Éric Romon est envoyé par Thomson-CSF à Bruxelles pour diriger les travaux d'un groupe d'industriels oeuvrant à l'écriture des spécifications techniques réglementaires du chronotachygraphe numérique qui remplacera le système d'enregistrement sur disque papier embarqué dans les camions.

Sa fonction n'a pas été de tout repos. L'enregistrement sur carte à puce en lieu et place du disque papier ne faisait pas l'unanimité. Cet ancien officier de marine a dû faire des choix stratégiques et trouver des compromis.

Parallèlement, Laurent Malberti travaille chez Actia, partenaire de Thomson-CSF, aux études de faisabilité technique. Mais en 2000, lorsque la première version des spécifications du chronotachygraphe numérique est adoptée, Thomson-CSF se désengage du projet. Éric Romon rejoint la société toulousaine.

En 2002, lorsque la réglementation impose le chronotachygraphe numérique sur tous les véhicules neufs à partir de 2004 (application repoussée à 2005), tout s'accélère. Le développement du SmarTach entre dans sa phase industrielle. Avec le concours d'Éric Romon, qui s'attache surtout aux aspects de sécurisation des données, Laurent Malberti passe de la phase de réalisation de maquettes à celle de conception d'une solution industrielle qui a été la première à être homologuée au niveau européen.

Pour un entrepreneur

Des ciseaux moléculaires pour couper l'ADN

André Choulika

Cellectis

Ce scientifique fait partie de la toute première génération de chercheurs à avoir bénéficié du concours Allègre visant à soutenir la création d'entreprises dans les biotechnologies. Aujourd'hui, la société d'André Choulika, dénommée Cellectis (créée en 1999), compte 35 employés et a signé des contrats avec des géants comme Merck, DuPont, Limagrain ou BASF. Environ 80 % de son chiffre d'affaires est d'ailleurs réalisé à l'export.

Ces industriels ont été séduits par la spécialité de l'entreprise : la "chirurgie des génomes" grâce à des méganucléases. Ces enzymes à fonction de ciseaux moléculaires sont en effet capables de corriger physiquement des séquences d'ADN indésirables.

Formé à l'Institut Pasteur, où les méganucléases ont été mises en évidence dans les années 1980 par Bernard Dujon, André Choulika aurait très bien pu créer son entreprise aux États-Unis. L'idée avait d'ailleurs germé dans son esprit au cours de son postdoctorat à la Harvard Medical School à Boston (Massachusetts), au cours duquel il dépose deux brevets. Mais c'est alors que lui est parvenu l'appel d'offres du concours Allègre...

Pour la science

Miroirs interférentiels à très faibles pertes optiques du projet Virgo

Jean-Marie Mackowski

Laboratoire des matériaux avancés IN2P3 du CNRS

Jean-Marie Mackowski, 61 ans, est un physicien atypique doté d'un fort esprit d'entrepreneur. Formé à l'École nationale de chimie, physique et biologie de Paris, il est aussi ingénieur du Cnam et a soutenu une thèse sur les verres semi-conducteurs.

Il est entré à l'Institut de physique nucléaire de Lyon en 1964, pour y développer un détecteur de particules solides. C'était le début d'une longue et brillante carrière consacrée au génie des matériaux, qui lui a permis de participer avec ses équipes à la saga française des semi-conducteurs et de l'optronique, tant militaire que spatiale. Il a ainsi développé des traitements antireflets très résistants pour les hublots, protégeant les caméras thermiques du char Leclerc et les miroirs des gyrolasers embarqués sur Ariane.

Ce chercheur est avant tout un industriel qui gère son laboratoire comme une PME. Il faut trouver les contrats, inventer les bons processus, développer et mettre au point des moyens de production novateurs, produire des pièces de très haute qualité, tenir les budgets et les délais.

Véritable touche-à-tout de génie, Jean-Marie Mackowski prospecte maintenant le marché émergent des optiques à très faibles pertes pour les grands télescopes.

Pour un début prometteur

Le premier labo-sur-puce du monde

Gabriel Festoc

Genesystems

Rapidité. Tel pourrait être le credo de Gabriel Festoc, fondateur de la société Genesystems (près de Rennes). Son entreprise a en effet été la plus rapide à lancer ce qu'on appelle un "labo-sur-puce". Son système d'analyse biologique GeneDisc, au format d'un CD, mis en oeuvre par un automate dénommé GeneDisc Cycler, est le tout premier dispositif d'analyse biologique de cette génération.

Cet équipement d'analyse est lui-même le plus rapide actuellement sur le marché pour la détection de bactéries pathogènes présentes dans l'eau ou dans les aliments. Trois heures suffisent, par exemple, pour détecter la légionelle.

Enfin, Gabriel Festoc a également fait preuve d'une rapidité certaine pour monter son projet d'entreprise. Quelques mois seulement après sa soutenance de thèse de doctorat et après... une journée de sensibilisation à la création d'entreprises à la chambre de commerce et d'industrie de Rennes, il fonde Genesystems en juillet 2000.

La société emploie aujourd'hui 32 personnes et le marché de la détection rapide des pathogènes est, lui, en pleine expansion.

Remerciements à nos partenaires Alcatel, Alten, Andra, Arcelor, Assystem Brime et Lafarge

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