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ERP : tout converge vers les PME

Mirel Scherer
- Les grands éditeurs de progiciels de gestion intégrés visent les entreprises de taille moyenne avec des solutions simplifiées. Les "petits" éditeurs font de même en musclant leurs produits.

Plus de dix ans après leur apparition dans le monde industriel, le bilan des applications de gestion intégrées - les fameux ERP (enterprise resources planning ou progiciel de gestion intégré en français) est mitigé. Selon Jean-Marc Huygevelde, directeur associé au Gartner Group, « la moitié des projets de mise en place d'ERP est un échec ». Cette constatation sévère résulte d'une étude menée par le cabinet américain sur deux ans. Cela dit, le taux de réussite des projets ERP est... plus élevé que celui des autres projets informatiques !

Les raisons de ce piètre succès ? Parfois c'est le progiciel de gestion intégré qui ne correspond pas aux attentes des utilisateurs devenus de plus en plus exigeants. Il faut dire que les entreprises ne sont plus novices. Ainsi Soitec, par exemple, une PME spécialisée dans la microélectronique, a remplacé un ERP décevant par la suite d'applications de gestion d'Oracle. Mise en place avec l'aide de la société de services informatiques Sopra, la nouvelle solution a apporté, entre autres, une fiabilisation des flux financiers, des gains de productivité administrative de 5 à 15 %, une réduction des ressaisies de données, la dématérialisation des demandes d'achats, ainsi que l'augmentation de 10 à 20 % de la productivité logistique.

Accompagner le changement dû à l'ERP

Le plus souvent, cependant, ce n'est pas l'outil informatique qui est en cause mais l'organisation de l'entreprise. « La taille et la complexité des projets, le manque d'expérience des consultants et des prestataires sur les versions les plus récentes de progiciels, la maîtrise insuffisante des entreprises à cause de la fréquence trop rapide des projets... expliquent ce mauvais score », confirme l'expert de Gartner.

Il constate en fait que « que 60 % des échecs sont dus à des carences dans la conduite du changement qu'un ERP implique dans les entreprises, voire dans le pilotage du projet lui-même ».

Que faire pour réduire les coûts et les délais de mise en oeuvre souvent pénalisants pour les entreprises ? La modélisation est une solution appropriée pour les structures importantes ou moyennes. Une approche que prône avec succès, depuis 1984, IDS Scheer, le pionnier du management de l'entreprise par les processus dont la solution Aris est utilisée par quatre mille sociétés dans cinquante pays.

« Il faut relier la description du fonctionnement de la solution informatique à celle du fonctionnement de l'entreprise », suggère également François Tabourot, directeur général de Mega International. Adopté par des sociétés comme Areva T&D ou Mondi Packaging, le logiciel de modélisation Mega Process décrit les processus de l'entreprise, ses acteurs, ses procédures et les opérations réalisées par chacun.

Optimiser l'application

Cela dit, « les grandes entreprises qui ont adopté les grands progiciels comme SAP, Peoplesoft ou Oracle sont maintenant dans la période post-ERP », souligne Joël Templier, vice-président de la société de conseils CSC. La quête incessante de la réduction des coûts, qu'ils mènent depuis deux ans, les oblige à travailler sur l'optimisation de l'application ERP et sur l'intégration d'autres aspects comme la logistique.

C'est ainsi que CSC a assuré la mise en place du projet logistique du système de pièces de rechange chez PSA, et la gestion des fournisseurs chez Airbus. Ce dernier a même demandé à l'entreprise de reprendre la maintenance des applicatifs SAP afin de réduire les coûts.

Cette évolution des grandes entreprises conduit ainsi les grands éditeurs à trouver d'autres cibles. Dans le collimateur : les PME. Les SAP, Oracle et autres Peoplesoft les attaquent avec des versions mieux adaptées aux caractéristiques de ces entreprises. Peoplesoft annonce ainsi Rapid Start, qui accélère la mise en oeuvre d'EntrepriseOne (le progiciel de JD Edwards repris par cet éditeur), suite modulaire, 100 % Internet, d'applications pré-intégrées.

L'effervescence du marché des PME est aussi confirmée par l'arrivée de Microsoft sur ce créneau, avec un programme d'investissement extrêmement ambitieux.

Adopter les standards

Les autres éditeurs suivent le même chemin, que ce soit Intentia, SSA, QAD, IFS ou encore Scala. Leurs outils apportent une couverture fonctionnelle complète des cycles métiers à travers l'intégralité de la chaîne de valeur de l'entreprise, avec des portails utilisateurs et collaboratifs, des modules de Customer Relationship Management et de Supply Chain Management, de gestion globale du cycle de vie...

Tous ces éditeurs adoptent les standards de fait du marché, à savoir les plates-formes concurrentes J2EE de Sun et .Net de Microsoft, ainsi que les langages XML et les Web services... Une démarche indispensable pour améliorer l'intéropérabilité et la capacité d'adaptation des logiciels aux besoins des utilisateurs.

Suivant le mouvement inverse de celui des grands éditeurs, les spécialistes de la PME montent eux en puissance avec des solutions qui allient adaptation rapide, puissance d'intégration et réduction des coûts. Exemples : Cegid, Interlogiciel, Silverprod ou Qualiac.

Établir sa "tour de contrôle" sur mesure

Baptisé le "SAP de la PME", Interlogiciel n'usurpe pas son nom : ses solutions Divalto sont très riches et il propose même un atelier logiciel intégré pour assurer les développements spécifiques inévitables. C'est avec cet outil que le Centre technique du décolletage a conçu son progiciel Stradivalto destiné à cette industrie.

Eurêka Solutions, éditeur du progiciel Eurêka ERP, propose, pour 1 500 à 4 500 euros, un portail ERP, un outil qui permet à chaque responsable, chef de service, dirigeant, d'établir sa "tour de contrôle" sur mesure.

Sescoi, le spécialiste de la PME mécanique, est doté d'un sens aigu du marketing, car il passe de la GPAO à l'ERP avec la mise prochaine sur le marché de... myWorkPlan.

L'innovation vient souvent de ces petites structures comme le démontre Prodaxis, un éditeur-intégrateur lyonnais (voir encadré). L'entreprise de vingt-cinq personnes a mis cinq ans, et investit 2,5 millions d'euros, pour développer une solution originale qui cumule polyvalence avec facilités d'installation, d'adaptation et ouverture.

UN NOUVEAU VENU : PRODAXIS

Avant-hier, Prodaxis distribuait l'ERP de Minx Software. Minx ayant disparu, la PME lyonnaise est devenue intégrateur. Saisie par le virus du développement, elle a eu, en 1999, l'idée un peu folle de développer son propre ERP. Aujourd'hui, son produit Parteor vient d'être lancé. Il utilise bien sûr toutes les technologies de pointe : J2EE, composants métiers, XML, Web services... Mais surtout « notre plate-forme répond aux différents soucis des utilisateurs que nous avons décelés en tant qu'intégrateur », souligne Philippe Levra, PDG de la société. Parteor offre des composants plug & play réutilisables et un catalogue de composants par domaine (commerce, production, etc.). Suite intégrée temps réel, elle mise sur l'unicité de données, comporte des applications métiers, synchronise les flux physiques et financiers. Un système interactif d'aide à la décision complète la solution qui s'adresse aux entreprises manufacturières petites ou moyennes.

RENCONTRE AVEC Rémy Welsch PDG de Welsch« LE COÛT N'EST PAS LE CRITÈRE DÉTERMINANT. »

Les très petites sociétés sont souvent obnubilées par le seul prix du progiciel. L'expérience de Welsch, une société familiale spécialisée dans l'injection plastique en petite, moyenne ou grande série, qui emploie une quinzaine de personnes, montre à l'évidence que les économies de bouts de chandelles sont souvent synonymes d'échec. « Nous avons décidé d'adopter, il y a quatre ans, un progiciel de gestion de la production, Silog pour ne pas le nommer, explique Rémy Welsch, PDG de la société. Malheureusement, l'application n'a jamais fonctionné correctement. Entre l'éditeur qui n'a pas assuré un service adapté à nos besoins et nous qui n'avons pas mis en place les moyens indispensables, les causes de cet échec sont partagées. » Très vite la société reprend les choses à zéro. Le progiciel intégré de PMI Soft est installé en décembre 2003, un investissement initial d'environ 7 500 euros. « Le service a joué un rôle prépondérant dans le choix de ce logiciel sous Windows et nous avons décidé de mettre une personne à temps plein sur ce projet, un spécialiste de la comptabilité qui allie rigueur et apporte un oeil neuf sur le fonctionnement de l'entreprise », souligne le responsable. Gestion des stocks plus fine et contrôle des coûts sont déjà au rendez-vous et ce n'est pas fini car 2005 verra l'arrivée dans l'atelier d'un système de gestion par codes-barres... - M. S.

3 milliards d'euros.

C'est le chiffre que devrait atteindre, en 2006, le marché des logiciels et services autour des ERP en France, selon le cabinet Pierre Audoin Conseil. En 2003, il représentait près de 2,3 milliards d'euros.

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