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Eric Besson : « il faut consolider l’ingénierie française »

Jean-François Preveraud
Eric Besson : « il faut consolider l’ingénierie française »

"Créer un numéro Un européen de l'ingénierie, capable d'entrer dans le Top 10 mondial".

© © Martial Soula

Le Ministre chargé de l’Industrie a eu l’occasion de s’exprimer cette semaine sur sa vision de l’ingénierie française. Il considère que ce secteur est capital pour aider l’industrie à innover rapidement dans les secteurs porteurs, mais il souhaite aussi que se constitue des groupes de taille européenne capables de se positionner dans le Top 10 mondial de la profession. Il veut aussi améliorer les relations entre ingénieristes et donneurs d’ordres en faisant notamment disparaitre les enchères inversées, quitte à légiférer. Enfin, il veut assouplir le Code du Travail sur le prêt de main d’œuvre.

A l’occasion de la cérémonie pour la création officielle de la filiale commune entre Assystem et l’ingénieriste britannique Atkins dans le domaine du nucléaire (voir notre article), qui a aussi été marquée par la remise du rapport du Conseil général de l'Industrie, de l'Energie et des Technologies (CGIET), présenté par l’ingénieur général des Mines Emmanuel Sartorius sur ‘‘les sociétés françaises d’ingénierie et de conseil en technologies’’, Eric Besson, Ministre chargé de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie numérique, a précisé la position du Gouvernement vis-à-vis de l’ingénierie.

Le Ministre s’est tout d’abord félicité du rapprochement entre Assystem et l’ingénieriste britannique Atkins dans le domaine du nucléaire, qui se traduit par la mise en place d’une filiale commune The Nuclear Atkins Assystem Alliance (n.triple.a). « Certains pourraient en effet s’inquiéter du partage de savoir-faire entre deux entreprises qui ne sont pas de la même nationalité dans un secteur aussi stratégique. D’autres pourraient prendre ombrage du développement d’une offre d’ingénierie puissante et indépendante des grands industriels. Or, je crois que c’est tout le contraire, et que l’intérêt de cette opération dépasse le seul avantage compétitif qu’elle donne aux deux partenaires ».

« Dans le domaine du nucléaire, la coopération internationale est en effet fondamentale. Faut-il rappeler que si la France a réussi à déployer le premier parc nucléaire au monde, c’est notamment grâce à une technologie américaine ? Cet apport étranger a contribué au succès de la filière française, permettant de maîtriser les coûts de l’électricité, de réduire notre dépendance économique au pétrole et de développer une compétence désormais reconnue au plan international dans ce domaine ».

« La Grande-Bretagne est d’ailleurs un de nos meilleurs alliés dans le nucléaire. Ce pays dispose, comme le notre, d’une expérience importante, et se trouve confronté au même défi du vieillissement de son parc et du traitement des déchets. De telles alliances stratégiques sont également nécessaires pour développer une capacité d’intervention à l’international, comparable à celles des grands concurrents étrangers, notamment américains ».

« Les pays sans expérience de l’atome qui réfléchissent au nucléaire ont en effet besoin de s’entourer des meilleurs spécialistes mondiaux pour les conseiller et les assister dans le suivi de leur projet. Je me réjouis donc de la création de cette société commune, qui non seulement renforce notre filière de l’ingénierie, mais bien plus, participe au développement de notre expertise en matière d’ingénierie nucléaire ».

« Le rapprochement entre Assystem et Atkins et la création de cette filiale commune dans le domaine du nucléaire me semble parfaitement correspondre au besoin de consolidation de l’ingénierie française ».

L’ingénierie française est trop morcelée

Le secteur de l’ingénierie bénéficie des bouleversements en cours. La hausse des prix de l’énergie produit un véritable boom non seulement chez les ingénieristes du secteur pétrolier ou parapétrolier, mais aussi chez ceux chargés d’étudier des sources d’énergie alternatives. De même, les nouvelles préoccupations environnementales nécessitent la mise au point de dispositifs industriels de retraitement des déchets, de traitement des eaux, d’assainissement des sols. Enfin, la mondialisation pousse les entreprises à innover pour survivre.

« Mais l’ingénierie française est trop émiettée : elle compte plus de 30 000 sociétés, dont plus de 25 000 emploient moins de 10 personnes. L’ingénierie française est trop fragmentée pour lutter lors des grands appels d’offres et s’imposer sur la scène internationale. Seuls quelques groupes font exception, comme Technip dans le secteur pétrolier ou Cap Gemini dans celui des technologies de l’information ».

« Chacun doit prendre part à un nécessaire effort de consolidation de l’ingénierie française. L’Etat et ses grands opérateurs ont un rôle important à jouer. Je citerai l’exemple de la SNCF et de la RATP, qui ont conclu il y a trois mois un accord consistant à fusionner au sein de Systra les filiales d’ingénierie des deux groupes, Inexia pour la SNCF et Xelis pour la RATP, donnant ainsi naissance à un nouveau géant de l’ingénierie des transports ».

Créer un futur numéro Un européen 

 « Je citerai surtout la Caisse des Dépôts et Consignations, qui constitue l’un des pivots de la consolidation de l’ingénierie française. Elle participe déjà, aujourd’hui, à cet accord puisqu’elle est un actionnaire de référence d’Assystem. Mais elle possède aussi la plus grande partie du capital d’un autre champion français de l’ingénierie, Egis, qui vient de fusionner il y a trois mois avec Iosis. Cette fusion va permettre à Egis de cumuler cette année 815 millions d’euros de chiffre d’affaires et 10 000 collaborateurs, et de hisser l’entreprise parmi les dix premiers européens et les vingt leaders mondiaux de l’ingénierie, là où aucune société française ne figurait jusqu’ici ».

« Je voudrais donc saluer l’action de la Caisse des Dépôts et Consignations pour la consolidation de l’ingénierie française, et l’encourager à poursuivre, afin que puisse émerger une entreprise française capable de s’imposer comme le numéro un européen et parmi les 10 leaders mondiaux de l’ingénierie. Les liens créés aujourd’hui entre Assystem et Atkins peuvent constituer les premières bases de la construction de ce futur champion ».

Renforcer et améliorer les liens industrie/ingénierie

Si l’ingénierie française doit poursuivre son mouvement de consolidation, elle doit aussi renforcer ses liens avec l’industrie. « Je souhaite que nous renforcions les liens entre les sociétés d’ingénierie et les entreprises industrielles. Dans le cadre des 11 filières stratégiques constituées lors des Etats Généraux de l’Industrie, je veillerai à ce que les sociétés d’ingénierie soient représentées dans l’ensemble des Comités stratégiques de filières. Je pense notamment aux Comités stratégiques de l’automobile, de la chimie, et des nouvelles technologies. Dans le cadre du fonctionnement des Pôles de compétitivité, je souhaite également que la présence de sociétés d’ingénierie soit rendue systématique dans tous les grands projets de recherche et développement auxquels l’Etat apporte son soutien ».

Mais il faut aussi améliorer les relations avec les donneurs d’ordres. Jean-Claude Volot, le médiateur de la sous-traitance industrielle, avait très bien décrit dans son rapport les comportements abusifs auxquels certains grands donneurs d’ordre peuvent avoir recours. Or, certaines entreprises de l’ingénierie ont pu penser que le médiateur de la sous-traitance n’intervenait que pour régler des différents entre industriels. « Je veux confirmer ici que l’amélioration des relations entre les industriels et le secteur de l’ingénierie fait intégralement partie des missions du médiateur, et qu’il ne faut pas hésiter à le saisir ».

Vers une législation contre les enchères inversées ?

L’un des points durs entre les donneurs d’ordres et les ingénieristes est la question des enchères inversées. « Nous ne pouvons qu’être choqués par les pratiques de certains donneurs d’ordres peu scrupuleux, qui achètent des ingénieurs ‘‘au poids’’, pour écraser les salaires au détriment de la qualité. Je vais donc charger le médiateur de la sous-traitance de recueillir des engagements concrets de la part des industriels sur ce point. Nous proposerons aux industriels de signer une ‘‘charte de l’ingénierie’’, par lesquels ils s’interdisent de recourir à cette pratique des enchères inversées. Ce n’est qu’ensuite, si cette charte ne fonctionnait pas, que se poserait la question d’une éventuelle interdiction par voie législative ».

Faire évoluer les textes sur le prêt de main d’œuvre

L’ingénierie française souffre aussi de règles trop rigides concernant le prêt de main d’œuvre. Certains ingénieurs peuvent en effet être amenés, lors de missions longues, à rester durant de longs mois en immersion complète chez leur client. « De telles pratiques s’accommodent mal du Code du Travail et de ses dispositions sur le prêt de main d’œuvre. Les sociétés d’ingénierie sont de plus en plus concurrencées par les sociétés d’intérim et par les cabinets qui réalisent du portage salarial. Or, notre intérêt est d’avoir des entreprises d’ingénierie fortes, qui puissent traverser les crises, qui puissent développer les compétences de leurs salariés et décloisonner les secteurs industriels en diffusant l’innovation. Je vais donc demander au médiateur de la sous-traitance de consulter les représentants professionnels et les organisations syndicales, afin d’étudier dans quelle mesure une évolution des textes serait souhaitable. Je souhaite que Jean-Claude Volot me rende ses conclusions dans un délai de trois mois ».

Il semble bien que l’on est compris du côté de Bercy que le secteur de l’ingénierie était capital pour aider notre industrie à innover rapidement, afin de lui permettre de pour rester dans la course à la mondialisation. Espérons qu’au-delà des mots cela se traduise réellement dans les faits.

Jean-François Prevéraud

Pour accéder au discours du Ministre : http://www.economie.gouv.fr  

Pour en savoir plus sur The Nuclear Atkins Assystem Alliance : http://www.ntriplea.com
 

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