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EPR de Flamanville : nouvelle fissure dans l'image d'Areva

EPR de Flamanville : nouvelle fissure dans l'image d'Areva

Pose du couvercle sur la cuve de l'EPR de Flamanville

Ce mercredi 8 juillet, le Canard Enchainé a accusé Areva de connaître les défauts qui touchent le couvercle et le fond de la cuve du réacteur EPR de Flamanville depuis 2006. Avec Areva, l'ASN dément : les études ne portaient pas alors précisément sur les mêmes éléments, mais ce sont deux études réalisées en 2012 et 2014 qui ont permis de conclure à une trop forte teneur en carbone des éléments de la cuve. Une nouvelle étude est  en cours et délivrera de nouveaux éléments en octobre 2015.

En avril dernier, l’Agence de Sûreté Nucléaire (ASN) rendait publique l’information selon laquelle une anomalie avait été détectée dans la composition de l’acier du couvercle et du fond de la cuve du réacteur EPR de troisième génération en chantier à Flamanville. Les mesures réalisées entre 2012 et 2014 indiquent une teneur en carbone trop importante dans ces pièces. Cette teneur pourrait les rendre plus fragiles en cas de contraintes trop importantes de pression et de température. Or Areva aurait effectué ces mesures dès 2007, selon le Canard Enchainé de ce mercredi 8 juillet. Le géant industriel aurait donc eu connaissance de ces problèmes il y a déjà neuf ans. Sans pour autant alors avoir averti l’ASN de ces résultats. Le Canard Enchainé s’appuie sur une note de 32 pages rédigée par l’Institut de radioprotection et de sureté nucléaire (IRSN) et transmise en avril à l'ASN. La note évoque les « analyses chimiques effectuées au cours de la fabrication » du couvercle de la cuve, en septembre 2006. Les résultats des tests auraient alors montré « d’importantes ségrégations majeures positives au centre de la calotte du couvercle du réacteur ». Une teneur excessive en carbone qui réduit la résistance de l’acier à la propagation de fissures. Selon le Canard Enchainé, Areva aurait dissimulé l’information.

L'ASN défend Areva

Areva dément. Les premières mesures de carbone ont été faites en 2007 sur des copeaux d'acier pour vérifier l'orientation de la pièce dans le lingot d'acier, mais pas pour vérifier les teneurs en carbone d'une zone jugée alors sans risque. Ils servaient à orienter la pièce dans le bon sens pour le travail de forge. L’ASN défend le géant du nucléaire français : il n’y a pas eu de volonté de dissimulation de la part d’Areva, car les tests ne portaient pas sur la qualité des éléments. Dans un communiqué datant du 8 juillet au soir, l’ASN précise : « Le premier dossier concernant le couvercle et le fond de la cuve a été transmis par Areva à l’ASN en 2008. Un nouveau dossier a été transmis en 2010 à la suite de discussions avec l’ASN. Ces dossiers mentionnaient quelques résultats de tests très partiels, visant à identifier l’orientation des pièces à l’état d’ébauche, ces tests n’étant en aucune manière susceptibles d’apporter une démonstration de la qualité des parties courantes de la cuve. L’ASN a donc confirmé en mars 2011 son exigence de réalisation d’essais complémentaires ». Dans un communiqué datant de ce jeudi matin, Areva réaffirme que « seuls les résultats de tests réalisés en 2014 ont permis de conclure à une teneur en carbone nécessitant des études complémentaires ». Les résultats de ces nouvelles études sont prévues pour octobre.

La résilience de l’acier en question

Les tests effectués ont montré que la teneur en carbone de l’acier était supérieure à celle attendue, et la résilience « inférieure à  la limite réglementaire ». La résilience d’un matériau, c’est sa capacité à absorber de l’énergie sous l’effet d’un choc et à ne pas se fissurer en cas de contraintes trop importantes. La réglementation fait référence à une valeur de résilience de 60 Joules (J). Les valeurs mesurées par Areva sont situées entre 36 J et 64 J, pour une moyenne de 52 J. Cela est dû à une teneur en carbone de l'acier plus élevée que prévue (0,30 % pour une valeur visée de 0,22 %). Or le carbone dégrade les propriétés mécaniques de l'acier.

Si jamais la cuve n’était pas conforme aux exigences de sûreté, « hormis les questions économiques (coûts, retards), il serait possible techniquement pour EDF de la changer et d’en refaire une, car le réacteur est encore en construction », avait expliqué Thierry Charles, directeur général adjoint de l’IRSN.

Un réacteur construit par la filiale Creusot Forge

Le couvercle et le fond de la cuve ont été construits par la filiale Creusot Forge en septembre 2006 et janvier 2007. Creusot Forge a également fabriqué ceux des deux EPR à Taishan en Chine. Ce n’est cependant pas le cas de la centrale finlandaise d’Olkiluoto. Le procédé employé, explique l’ASN dans une note d’information datant d’avril 2015, consiste à écraser un lingot conventionnel de forge (156 tonnes) coulé sous vide, pour obtenir un disque de 450 mm d'épaisseur pratique. Ce disque a ensuite été traité thermiquement, puis embouti afin de réaliser les calottes sphériques. Les extrémités du lingot contiennent des concentrations importantes d'éléments non désirés comme le carbone qui dégradent les propriétés mécaniques de l'acier, mais le procédé choisi devait normalement conduire à l'élimination de ces zones périphériques.

Bien qu’il s’agisse d’un élément de 11 mètres et  425 tonnes, le réacteur est un élément sensible qui participe à la seconde barrière de confinement aux éléments radioactifs. La cuve d'un réacteur EPR est constituée d'un corps surmonté d'un couvercle ; elle contient le combustible. Ce corps est constitué par assemblage et soudage de la calotte du fond et de viroles cylindriques. Le fond de cuve n'est pas traversé par de l'instrumentation, contrairement aux générations de réacteurs précédentes. A l'autre extrémité, le couvercle est composé d'une calotte sphérique assemblée à une bride de couvercle par soudage. Il comporte 107 traversées pour commander les barres de combustible nucléaire, ainsi que l'instrumentation nécessaire au contrôle de la réaction et un tube d'évent.
 

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