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Le confinement est-il efficace ? Suffisant ? Est-on proche de l'immunité collective ? Les réponses de l’Imperial College de Londres

Kevin Poireault

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Le confinement est-il efficace ? Suffisant ? Est-on proche de l'immunité collective ? Les réponses  de l’Imperial College de Londres

Le confinement et les autres mesures de distanciation sociales auraient permis d'éviter 2500 décès en France et 38000 en Italie. Ces estimations réalisées par une équipe de mathématiciens et épidémiologistes de l’Imperial College de Londres quantifient l'efficacité du confinement. Pour autant, les mesures prises ne sont pas forcément suffisantes et l'immunité collective semble bien loin selon leur étude publiée le 28 mars.

S’il n’est pas encore perceptible dans les chiffres officiels, le confinement semble bel et bien avoir un fort impact  sur la propagation et la létalité de la pandémie de Covid-19. Selon une étude publiée le 28 mars par des chercheurs de l’Imperial College de Londres – sur les travaux desquels la France et d’autres pays se sont appuyés pour mettre en places ces mesures –, les différentes mesures de distanciation sociale auraient permis, au 31 mars, de sauver 2 500 personnes en France et 59 000 dans l’ensemble des 11 pays européens étudiés.

L’équipe de mathématiciens et d’épidémiologistes britanniques a créé un modèle dit bayésien de la propagation du Covid-19 à partir du nombre de morts du Covid-19 fourni par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (CEPCM). Leur objectif : prédire le nombre d'infections et de morts quotidiennes dus au virus SARS-Cov-2 au cours du temps.

Ce modèle comporte plusieurs paramètres que les auteurs ont tirés des premières études sur la pandémie, comme la durée de la période d'incubation et le taux de mortalité. Il dépend aussi du taux de reproduction de la maladie, soit le nombre de personnes qui sont infectées par une personne contagieuse. Ce nombre dépend des caractéristiques propres du Covid-19 mais aussi des mesures de distanciation sociale mises en œuvre par les Etats.

Chute du taux de reproduction Rt, paramètre clé de la propagation du virus

Les chercheurs ont tout d’abord établi, pour chaque pays étudié, une chronologie des « interventions non-pharmaceutiques » mises en place par les Etats contre le Covid-19 : mise en quarantaine des malades, encouragement à la distanciation sociale, interdiction des rassemblements, fermeture des lieux publics et des écoles et enfin confinement total.

Le taux de reproduction de la maladie évolue au cours du temps avec la chronologie de ces mesures. D'où sa notation : Rt. Pour déterminer son évolution réelle dans le temps, les chercheurs ont fait varier dans leur modèle le profil d'évolution de Rt jusqu'à ce que leur modèle reproduise au mieux l'évolution passée du nombre de morts quotidiennes (représentée au centre du graphique suivant). Le profil d'évolution de Rt correspondant est donc celui qui est le plus proche de la réalité. C'est lui qui constitue le principal résultat du travail des chercheurs, il traduit l'impact des mesures de distanciation sociale sur le taux de reproduction de la maladie.

Leurs résultats montrent que chacune des interventions des Etats réduisait significativement le taux de reproduction (représenté à droite du graphique suivant). La mesure qui a le plus fort effet est naturellement le confinement. En France, par exemple, le confinement obligatoire démarré le 17 mars a fait chuter Rt, qui, depuis, a 50% de chances de se situer entre 0,9 et 1,8 et 95% entre 0,1 et 2,2, alors qu’il avoisinait 4 avant la première mesure, l’annulation des événements publics, le 14 mars. Le modèle montre un effet similaire du confinement en Italie à parti du 11 mars, et en Allemagne, à partir du 22 mars.

Une probabilité de seulement 44% que ce taux Rt soit inférieur à 1

Le confinement tel que réalisé est-il pour autant suffisant pour stopper l'épidémie ? la réponse est dans la valeur actuelle de Rt : s'il est inférieur à 1, chaque personne contamine moins d'une personne donc le nombre de nouveaux cas diminue et l'épidémie s'arrête. Si Rt reste supérieur à 1, au contraire, le nombre de nouveaux cas continue de progresser.

« Globalement, nous ne pouvons pas encore trancher sur le fait que les mesures actuelles soient ou non suffisantes pour amener Rt en dessous de 1 », écrivent les chercheurs. Mais ils donnent une indication bien peu optimiste pour l'Europe : « La probabilité qu'il soit en dessous de 1 est de 44% en moyenne sur les pays. »

Quand bien même le confinement ne suffirait pas à stopper l'épidémie, ses effets sont cependant bien concrets, et précieux. Les chercheurs le montrent en déterminant le nombre de morts évités. Pour cela, ils comparent leurs prédictions de nombre de morts avec celles du même modèle dans lequel le paramètre Rt resterait à sa valeur initiale, traduisant une absence de mesure de distanciation sociale.

Ainsi, si leur modèle tenant compte de l'évolution de Rt donne un total de 3 100 morts en France au 31 mars, leur contre-modèle en prédit 5 600. Les mesures de distanciation sociale ont donc permis, selon cette étude, de sauver 2 500 Français du Covid-19. En Espagne, le gain se monte à 18 000 et en Italie, à 38 000, pour un total de 59 000 sur l’ensemble des 11 pays étudiés par les chercheurs.

Pas assez de personnes contaminées pour réaliser l'immunité collective

Comment l'épidémie pourrait-elle se terminer si l'on ne parvient pas à faire descendre Rt en dessous de 1 ? Grâce à l'immunité collective, soit le fait qu'une part suffisamment importante de la population ait déjà contracté l’infection, donc soit immunisée et ne puisse plus être infectée et contaminer d'autres personnes.

Le modèle des chercheurs permet d'estimer le nombre de personnes infectées. Si leurs estimations sont bien supérieures au nombre de personnes officiellement contaminées - un résultat attendu vu l'absence de dépistage massif et le fait que bon nombre de cas soient asymptomatiques -, elles ne portent guère à l'optimisme en matière d'immunité collective.

« Seule une minorité des gens ont été infectées dans chaque pays », soulignent les auteurs, estimant un taux moyen de 4,9% de contaminés en Europe (95% de chances qu'il soit situé entre 1,9% et 11%). « Nos estimations montrent que les populations en Europe sont encore loin de l'immunité collective», que les auteurs situent à un taux de 50 à 75% de contaminés pour un taux de reproduction situé entre 2 et 4.

« En outre, pointent le rapport, avec la chute des valeurs de Rt, la vitesse d'acquisition de l'immunité collective baissera rapidement. Ce qui implique que le virus serait capable de se répandre rapidement si les mesures de distanciation sociale étaient levées. »

Les chercheurs concluent en appelant à confirmer « en urgence » ces estimations des taux de contamination par les tests sérologiques nouvellement développés dès qu'ils seront disponibles, en les appliquant à des échantillons représentatifs des populations.

 

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