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ÉNERGIE CHASSEZ LE GASPI DANS VOS USINES

Ridha Loukil

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Le durcissement des contextes réglementaire, économique et environnemental pousse les industriels à la chasse au gaspi. D'autant que les usines recèlent encore d'énormes gisements d'économies.

Les industriels vont devoir se lancer dans la chasse au gaspillage d'énergie dans leurs usines. Durcissement du contexte réglementaire, montée des contraintes écologiques, flambée des prix de l'énergie... autant de raisons qui les poussent à gagner un échelon en matière de sobriété. L'effort à consentir est plus important que lors des actions d'économie d'énergie menées auparavant. Mais le jeu en vaut souvent la chandelle comme le démontrent les exemples de ce dossier, Lafarge, Hutchinson, Volvo, GE Power, etc.

Lois, directives et plans d'action

La loi de programme du 13 juillet 2005 fixant les orientations de la politique énergétique en France impose une réduction de l'intensité énergétique (rapport entre la consommation d'énergie et le produit intérieur brut) de 2 % par an jusqu'en 2015, puis de 2,5 % par an jusqu'en 2030. Elle soutient aussi l'objectif de diviser par deux les émissions de CO2 dans le monde, ce qui se traduirait par une division par quatre ou cinq dans certains pays comme la France.

Au niveau européen, la directive du 5 avril 2006 relative à l'efficacité énergétique dans les utilisations finales fixe une réduction de la consommation d'énergie de 10 % sur la période de 2008 à 2017. Les États membres ont jusqu'au 30 juin 2007 pour soumettre à la Commission européenne un plan d'action sur trois ans en vue d'une économie moyenne de 1 % par an.

Dans son plan d'action présenté en octobre 2006, la Commission européenne place la barre plus haut en préconisant une économie d'énergie de 20 % d'ici à 2020, dont la moitié par des mesures radicalement nouvelles.

L'industrie : bon élève mais peut mieux faire

Au durcissement du contexte réglementaire s'ajoute une flambée généralisée des prix des énergies. À part le charbon, toutes les énergies fossiles ont vu leur cours s'envoler. La libéralisation du marché des services énergétiques a rendu la problématique d'énergie plus difficile à appréhender. L'instabilité des prix, qui en a découlé, accroît les risques financiers.

Cependant, « il ne faut pas dramatiser la situation. Dans l'industrie, la consommation d'énergie est relativement bien maîtrisée », confie Laurent Pineau, responsable marketing à la division entreprises d'EDF. En effet, l'industrie fait figure de bon élève. Contrairement aux transports, au résidentiel et au tertiaire, sa consommation énergétique reste stable. Sa part dans la consommation d'énergie en France est tombée de 45 % en 1973 à 25 % en 2005.

Dans certains secteurs, la consommation spécifique d'énergie a même chuté de 30 à 40 %. Les plus gros gains ont déjà été réalisés dans la foulée des chocs pétroliers des années 1973 et 1979.

L'industrie n'est pas pour autant au bout de cette logique. Les usines recèlent encore d'énormes gisements d'économies d'énergie. Selon l'Ademe, le potentiel de gain atteint 30 % de la consommation actuelle, soit plus de 12 millions de tonnes équivalent pétrole par an. « Mais, par rapport aux actions menées après les chocs pétroliers, ces économies sont aujourd'hui plus difficiles à obtenir. Leurs réalisations nécessitent davantage d'effort et d'ingéniosité », note Odile Sanquer, directrice adjointe du département industrie à l'Ademe.

Les moteurs électriques en ligne de mire

Tous les postes de consommation énergétique sont concernés. Mais ce sont les utilités qui offrent les leviers d'économie les plus évidents, sur lesquels il est possible d'agir immédiatement. Elles vont de l'éclairage aux moteurs équipant les machines tournantes, en passant par le chauffage, la ventilation, le froid, la vapeur ou l'air comprimé. Les moteurs électriques offrent une cible de choix. Ils représentent en effet 72 % de l'électricité consommée dans l'industrie. Selon l'Ademe, le gisement d'économies atteindrait 10 à 35 % sur les quelque 90 TWh/an absorbés par ce poste.

Certaines actions tirent parti des progrès technologiques, comme les lampes à basse consommation, les matériaux à meilleur pouvoir d'isolation ou encore les moteurs à rendement énergétique plus élevé. Mais la plupart relèvent souvent du bon sens, comme l'emplacement des équipements de froid... loin des fours, la régulation optimale des matériels, la bonne maintenance des installations, la surveillance et le colmatage des fuites, ou encore la sensibilisation du personnel aux bons gestes énergétiques.

Un vecteur de compétitivité

L'autre voie d'économie réside dans le passage à une technologie de rupture au niveau du process. Ce n'est pas toujours simple. « C'est souvent une opération lourde qui découle d'un travail de R&D de longue haleine. Elle n'intervient qu'après l'amortissement de l'installation existante au bout de dix à quarante ans, selon les secteurs », note Odile Sanquer.

Dans les secteurs à forte intensité énergétique comme la sidérurgie, le ciment, le papier, le verre, la chimie ou l'agroalimentaire, les industriels ont toujours cherché à optimiser leur consommation énergétique. Et pour cause : l'énergie représente jusqu'à 40 % du coût du produit. Dans les autres secteurs comme dans les PME-PMI, l'attention se focalise plutôt sur la production. L'énergie fait rarement partie des priorités. Face à la montée de la concurrence, les économies d'énergie constituent pourtant un levier de compétitivité. Dans certains cas, elles révèlent des gains financiers insoupçonnés. Elles apportent aussi une réponse au problème de réchauffement climatique. Car la réduction des émissions de gaz à effet de serre passe par une baisse de la consommation d'énergie. C'est vrai pour les énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon...). Ça l'est moins, en France, pour l'électricité, issue en grande partie du nucléaire.

Les industriels, dont les usines font partie des 1 081 sites soumis aujourd'hui au plan national d'allocation de quotas d'émission de CO2, n'ont guère le choix. Le plan de 2005 à 2007 limite les émissions à 156,5 millions de tonnes de CO2 par an. Le plan de 2008 à 2012 réduit le volume des émissions à 132,8 millions de tonnes de CO2 par an. Les entreprises concernées devront faire davantage d'effort sous peine de payer à l'État une pénalité de 100 euros par tonne de CO2 dépassant le quota.

L'écologie joue à fond en faveur des économies d'énergie. Les industriels se plaisent à communiquer au public leurs efforts en faveur de l'environnement. Certains, comme General Electric aux États-Unis ou Sharp, au Japon, vont jusqu'à couvrir le toit de leurs usines de panneaux solaires, alors que ce genre d'investissement est rarement rentable à ce jour.

Incitations fiscales et aides de l'État

Dans les PME-PMI, les économies d'énergie sont favorisées par le biais des certificats d'économie d'énergie. Ce mécanisme, mis en place par la loi du 13 juillet 2005, oblige les fournisseurs d'énergie à faire réaliser à leurs clients une économie sur la période 2007-2009 de 54 TWh cumac (cumulés sur la durée de vie de la solution mise en place). Rien que pour EDF, l'astreinte est fixée à 30 TWh cumac. Chaque économie obtenue donne le droit à un certificat délivré par la Drire. Le fournisseur qui ne respectera pas son objectif devra acquitter une pénalité financière à l'État.

Dans leur effort d'économie d'énergie, les industriels bénéficient des aides de l'Ademe, de la phase d'étude jusqu'à la mise en place de nouveaux équipements. L'agence soutient aussi les programmes de recherche coopératifs visant à développer de nouveaux procédés plus efficaces sur le plan énergétique. Les entreprises disposent aussi d'incitations fiscales comme le crédit d'impôt au titre de la recherche, ou de l'amortissement sur un an au lieu de cinq des investissements dans des énergies renouvelables.

30%

C'est la part de la consommation actuelle d'énergie dans l'industrie susceptible d'être économisée.

Estimée sur la base d'un baril de pétrole à 30 dollars, ceci représente 12 Mtep (millions de tonnes équivalent pétrole) par an. Compte tenu de la flambée du cours du pétrole, le chiffre est en réalité plus important. Source : Ademe

LES HUIT LEVIERS D'ÉCONOMIE D'ÉNERGIE

1 Passer à des équipements utilitaires plus efficaces - Lampes à basse consommation - Moteurs, pompes, compresseurs, ventilateurs, fours, chaudières, frigos... à meilleur rendement énergétique Économie : de 10 à 20 %

LES HUIT LEVIERS D'ÉCONOMIE D'ÉNERGIE

2 Chasser les déperditions d'énergie - En isolant les bâtiments - En plaçant les équipements de froid loin des équipements chauds - En colmatant les fuites de gazole, vapeur, eau chaude, air comprimé... Économie : de 1 à 5 %

LES HUIT LEVIERS D'ÉCONOMIE D'ÉNERGIE

3 Régler les équipements au plus juste - En instaurant une régulation optimale du chauffage, de la climatisation, des fours... - En régulant moteurs et autres machines tournantes par des variateurs de vitesse - En maintenant les équipements toujours en bon état de fonctionnement Économie : 10 %

LES HUIT LEVIERS D'ÉCONOMIE D'ÉNERGIE

4 Récupérer de l'énergie dans les process à vapeur - En détendant la vapeur dans des turbines afin de produire de l'électricité

LES HUIT LEVIERS D'ÉCONOMIE D'ÉNERGIE

5 Valoriser les déchets en énergie - Déchets de cannes à sucre, noix de coco, pépins de raisin, maïs...

LES HUIT LEVIERS D'ÉCONOMIE D'ÉNERGIE

6 Mutualiser certains services énergétiques - En partageant à plusieurs les mêmes fournitures de gaz, d'électricité ou de vapeur Économie : de 10 à 15 %

LES HUIT LEVIERS D'ÉCONOMIE D'ÉNERGIE

7 Bénéficier d'une rupture technologique pour le process - Une nouvelle génération de hauts-fourneaux, de cuves d'électrolyse d'aluminium, de broyeurs de pâte à papier...

LES HUIT LEVIERS D'ÉCONOMIE D'ÉNERGIE

8 Inculquer au personnel les réflexes d'économie d'énergie - Ne pas ouvrir les fenêtres des locaux chauffés ou ventilés - Éteindre la lumière et le poste de travail lorsqu'on quitte le bureau

LE POIDS DE L'INDUSTRIE DANS LES CONSOMMATIONS ÉNERGÉTIQUES

Avec 33,62 Mtep (millions de tonnes équivalent pétrole) par an pour le secteur manufacturier et 5,46 Mtep par an pour la sidérurgie, l'industrie absorbe 25 % de l'énergie consommée en France en 2005. Le gaz répond à la plus grosse part de ses besoins (34,4 %). Il est suivi par l'électricité (30 %), le charbon (18 %), le pétrole (13 %) et d'autres énergies (4,6 %).

L'industrie représente en France :

Le premier poste de consommation de charbon avec une part de 52 % > Le deuxième poste de consommation de gaz derrière le résidentiel/tertiaire avec une part de 37 % > Le deuxième poste de consommation d'électricité après le résidentiel/tertiaire avec une part de 35 % > Le troisième poste de consommation de pétrole derrière les transports et le résidentiel/tertiaire avec une part de 9 %

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