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" En matière d'efficacité énergétique, beaucoup reste à faire "

PROPOS RECUEILLIS PAR HUGO LEROUX
Isabelle Tribotté a été récemment nommée à la tête de la Business unit industrie de Schneider Electric, après une carrière de vingt ans dans l'automatisme. Pour Industrie et Technologies, elle livre en exclusivité son analyse sur le potentiel d'efficacité énergétique des procédés industriels, à l'heure du « redressement productif ».

Les coûts de l'énergie sont au coeur des préoccupations des industriels et de l'ensemble des citoyens. Cette situation vous interpelle-t-elle ?

Le coeur de métier de Schneider n'est pas de produire de l'électricité mais de la transférer dans tous les domaines, de la partie réseau électrique jusqu'aux consommateurs et à l'industrie. Une expertise qui nous place au coeur des problématiques d'optimisation énergétique de nos clients. Un moyen de réduire significativement sa consommation consiste à opter pour une régulation active des procédés. Certaines industries sont plus sensibles que d'autres à ce sujet, car plus consommatrices. La sidérurgie est un bon exemple : les coûts énergétiques peuvent y représenter jusqu'à 30 % des charges.

Réduire ses consommations d'énergie, est-ce intéressant uniquement pour les gros consommateurs ?

Les travaux se justifient d'abord avec les gros consommateurs, mais Schneider s'intéresse aussi à des activités plus modestes, pour lesquelles la consommation d'énergie reste malgré tout significative. Ainsi, tous les sites mettant en oeuvre du chaud ou du froid ont un fort potentiel. Nous travaillons beaucoup avec des industries agroalimentaires comme des laiteries, des distilleries. On peut aussi citer les sites frigorifiques ou les installations de traitement des eaux.

Existe-t-il une taille critique en dessous de laquelle une démarche d'efficacité énergétique est inutile ?

La question à se poser en tant qu'industriel serait plutôt : « quelle est la part de l'énergie dans ma facture totale » ? Si c'est 30 %, la démarche est naturellement plus intéressante qu'à 5 %. Mais pour que la solution soit viable, il faut surtout garantir le retour sur investissement. Du côté de Schneider, nous nous engageons avec le client sur ce point, via un contrat de performance énergétique. Cela suppose de mettre en place un système de reporting permettant de suivre les performances de l'installation. Si un industriel a cette lisibilité et l'engagement d'un partenaire, c'est un bon départ.

Quels sont les points importants de la démarche de régulation de procédé ?

Tout commence par un audit. Cette étape consiste à identifier, et quantifier les gisements d'économies avec l'industriel. Durant cette phase, on va regarder le procédé manufacturier de près. Il s'agit d'une approche de consulting, dans lequel une grosse partie du travail repose sur de la matière grise. Schneider a ainsi développé un pool de consultants spécialistes dans différents domaines, rompus aux spécificités de chaque métier. Outre l'instrumentation du procédé en lui-même, la recherche de solutions comporte une partie dédiée à l'étude de modulation du procédé. On peut en effet gagner en consommant pendant les heures creuses ou en revendant à EDF une capacité d'effacement.

La notion de solution globale, avancée par Schneider et d'autres industriels de l'automatisme, est peu lisible. Que recouvre-t-elle au juste ?

C'est une tendance structurante depuis plus de cinq ans chez Schneider. Solution globale signifie que nous avons fait évoluer nos métiers de base. Nous ne vendons pas seulement des détecteurs, des automates ou des boutons poussoirs, mais bien une architecture d'ensemble qui permet de piloter le procédé. C'est l'intérêt d'avoir des consultants spécialisés qui comprennent les besoins de chaque métier. Sur ce point, l'autre évolution marquante s'est faite au niveau des couches logicielles à partir d'une plate-forme unique, on réalise la programmation, le pilotage et le suivi des équipements. La notion de régulation prédictive prend de plus en plus de place dans nos architectures de procédés.

En quoi est-elle différente d'une régulation classique ?

La régulation prédictive consiste à anticiper les conséquences d'une commande sur l'évolution du procédé. Pour prendre un exemple, un four a une façon spécifique de monter en température. On va donc modéliser son comportement et produire un algorithme qui permet de savoir théoriquement comment il va réagir à une commande de régulation. Au final, on atteint une régulation bien plus fine de la consigne de température.

Vos interventions ne se limitent pas à la maîtrise de l'énergie ?

D'autres économies sont connexes à celle de l'électricité. Nous développons beaucoup d'initiatives dans la maîtrise de l'eau. Nous nous adressons d'abord aux exploitants de réseaux d'eau, car les fuites et la régulation des températures de consigne occasionnent des déperditions importantes. Par exemple, nous avons acquis 7T, une start-up danoise spécialisée dans la modélisation des réseaux d'eau. À partir de l'information fournie par l'instrumentation des conduites, ils sont capables d'anticiper les conséquences d'un événement sur le réseau : fuites, réparations, coupures.

Quid de l'eau sur les sites industriels ?

Il y a un réel potentiel sur la récupération et le nettoyage des eaux usées sur place, alors que ce service est souvent sous-traité ailleurs. Nous avons développé une solution clean in place qui permet de recycler les eaux de procédé. Elles sont réutilisées pour les cycles de nettoyage, un poste qui peut représenter des quantités importantes. On démultiplie ainsi l'utilisation de l'eau payée. Dans les usines, c'est une véritable innovation au niveau des usages.

SES 3 DATES

1992 Diplômée de l'École des mines de Nantes en génie électronique 2007 Directrice du marketing - solutions utilisateurs (division industrie) chez Schneider France 2012 Directrice de la division industrie chez Schneider France

SCHNEIDER ELECTRIC

Positionné en « leader de la gestion de l'énergie », Schneider Electric est présent dans plus de 100 pays. Le groupe propose des solutions intégrées pour de nombreux segments de marchés : régies et infrastructures, industries et constructeurs de machines, bâtiments non résidentiels, centres de données et réseaux, résidentiel. Ses 130 000 collaborateurs ont réalisé 22,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2011.

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