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En 2013, valorisez vos eaux usées

HUGO LEROUX
La flambée des cours des matières premières et le durcissement des contraintes environnementales expliquent l'engouement pour le retraitement des effluents liquides. Suivez le guide pour tirer parti de vos eaux en fin de process.

Ne jetez plus la valeur ajoutée avec vos eaux usées. Quitte à retraiter, pourquoi ne pas revaloriser ? Dans tous les secteurs de l'industrie, des techniques permettant de récupérer efficacement les denrées qu'elles contiennent se démocratisent.

1 RÉCUPÉREZ L'OR BLEU

Le premier bien qui peut être obtenu à partir d'une eau usée est... l'eau propre ! Pionniers en la matière, les industriels installés sur des cours d'eau à faible débit ou connectés à des stations d'épuration en saturation.

Après huit ans de R&D, la PME TMW a mis au point un évaporateur compact et mobile, « Ecostill ». Récupérant une partie de sa propre chaleur, il concentre les effluents et recycle l'eau de procédé, même pour les petits volumes. L'usine de Canon, à Liffré, en Bretagne, l'a adopté pour ses quelque 250 m3 annuels d'eaux faiblement polluées. Pour un retour d'investissement estimé à deux ans, l'industriel réduit de 80 % le volume et le coût des effluents à traiter. 50 % de l'eau extraite peut aussi être réutilisée pour des usages de nettoyage.

De son côté, la PME vannetaise Opuntias a mis au point, à destination des secteurs de l'agroalimentaire et de l'abattage, une station de traitement d'eau in situ. Sans produits chimiques, elle aligne différents dispositifs de filtration, complétés par un traitement UV.

Certains industriels poussent le recyclage de l'eau vers le « zéro rejet », en utilisant notamment les technologies membranaires. L'ultrafiltration et l'osmose inverse piègent respectivement les particules micrométriques en suspension et les sels dissous. « Ces démarches nécessitent une étude fine des caractéristiques du procédé et de ses besoins. On ne peut pas recycler n'importe quoi pour n'importe quel usage », tempère Thierry Legube, directeur commercial de la branche de Veolia STI en charge des grands projets industriels.

Pour répondre à des impératifs de rejet drastiques, la coopérative de viande porcine Cooperl, à Lamballe (Côtes-d'Armor), a intégré l'osmose inverse à sa station d'épuration dès 2006. Ses trois unités lui permettent de recycler aujourd'hui 60 % de son eau dans des usages non alimentaires.

2 RÉCOLTEZ L'ÉNERGIE

Les effluents chargés en matière organique constituent aussi une source d'énergie. « Selon les caractéristiques du procédé, la méthanisation peut remplacer avantageusement la dégradation biologique classique en guise de prétraitement », estime Thierry Legube. Dotée d'un rendement moindre, l'opération jouit d'une plus grande compacité. Elle permet, de plus, la revalorisation du biogaz dans des chaudières.

Spécialisée dans l'abattage et la transformation de la viande de porc, l'usine de Louis Gad, dans le Finistère, a été la première à franchir le pas en Bretagne. Son unité, qui traite 25 000 tonnes d'effluents par an, réduit de moitié ses rejets azotés. Bénéfice collatéral : le biogaz produit concourt à 40 % des besoins en chaleur de l'unité de graisses alimentaires du site.

Pour les PME, la mutualisation des effluents peut être fructueuse. Les neuf producteurs de choucroute de Meistratzheim (Bas-Rhin) font ainsi méthaniser leurs jus, issus de la fermentation des choux, au sein de la nouvelle station d'épuration communale gérée par la Lyonnaise des eaux. Jusqu'ici, les jus étaient dilués en amont de la station de la communauté de Strasbourg, à 30 km de là, sans valorisation énergétique ni assurance de traitement au long terme.

3 RECYCLEZ LES MATIÈRES

Dernière cible de valorisation envisageable : les matières précieuses dispersées dans les effluents, souvent à l'état de traces. « Avec la hausse des cours, les industriels regardent à deux fois la possibilité de récupérer certaines matières minérales dans leurs effluents », explique Hervé Gorisse, responsable procédé et innovation chez Degrémont Industries.

L'industrie minière ou les affineurs, accrocs aux métaux « critiques », pratiquent déjà cette récupération. Ils sont avides de procédés plus efficaces. La start-up française MagPie Polymers a ainsi développé une gamme de résines filtrantes, pour capturer ultra sélectivement des métaux précieux. Ses colonnes d'extraction sont en test chez un grand affineur européen, qui espère récupérer jusqu'à 10 % des précieux platinoïdes qui s'échappent dans ses rejets.

Autre source d'intérêt : les sels dissous dans les effluents des procédés chimiques, métallurgiques ou miniers. Des techniques « anciennes » comme l'évaporation suivie d'une recristallisation reviennent au goût du jour pour les recycler. Grâce à cette technique, l'usine Iberpotash, en Espagne, récupérera dès 2014 quelque 750 000 tonnes par an de sels alimentaires et chimiques et 50 000 tonnes par an de potasse dispersées dans sa production d'engrais. Prochain défi : étendre la récupération à des volumes plus restreints et apprendre à revaloriser même les matières moins coûteuses.

Innoveox : Les déchets dangereux neutralisés

-Technologie : oxydation hydrothermale -Industries : chimie, pharmacie, pétrochimie -Intérêt : alternative à l'incinération des effluents organiques dangereux -Volumes : 0,5 à 2 tonnes par heure

TMW : La récupération d'eau démocratisée

- Technologie : concentration par évaporation - Industries : traitement de surface, papeterie, parachimie - Intérêt : concentration des effluents, récupération d'eau - Volumes : jusqu'à 400 m3/an et par unité

MagPie Polymers : Les métaux précieux repêchés

-Technologie : filtration sur une résine sélective -Industries : affinage, déchets électroniques, métallurgie -Intérêt : revalorisation des métaux toxiques ou précieux à l'état de traces -Volumes : 10 m3/an à 10 000 m3/an

SFH : Les boues d'usinage compactées

-Technologie : presse de compactage -Industries : mécanique -Intérêt : recyclage des copeaux métalliques et fluides de coupe -Volumes : de 20 à 300 tonnes par an selon le type de presse

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