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En 2013, faites le bon calcul grâce au cloud

JEAN-FRANÇOIS PREVÉRAUD
Davantage de puissance à moindre prix : c'est la promesse du calcul numérique en mode cloud computing. Les éditeurs ont développé les briques technologiques pour adapter leurs solutions de calcul et de gestion du cycle de vie. Une approche qui commence à séduire les bureaux d'études.

Réduire les coûts et les délais de développement : tous les industriels en rêvent. Les dernières briques technologiques développées par les éditeurs de logiciels pourraient les y aider. Il s'agit d'offrir leurs solutions de calcul numérique et de gestion de cycle de vie des produits, des applications et des services (PLM, ALM et SLM) en mode cloud computing. Ils ouvrent ainsi l'accès à une puissance de calcul quasiment infinie. Au-delà de la réponse, parfois salutaire, à des pics de charge ou de la possibilité de communiquer avec des partenaires dans le cadre de projets collaboratifs, le cloud représente donc, pour de petites entreprises, une opportunité pour concevoir plus vite qu'avec les outils dont elles disposent en propre. Et ce, en ne payant que lorsqu'elles ont l'usage de ce service.

Le monde du calcul est un bon terrain d'expression pour le cloud computing. « C'est ce que nous proposons avec Extreme Factory, notre offre de "HPC on demand". Elle fournit à l'entreprise un portail propriétaire lui donnant accès à des moyens de calcul avec les logiciels et les services nécessaires, pour répondre à des besoins ponctuels ou récurrents en termes de pics de charge », explique Bruno Pinna, responsable du cloud computing chez Bull. Une offre qui sera élargie aux PME avec le projet Numinnov, monté avec la Caisse des dépôts et consignation. Il vise la création en 2013 d'un opérateur indépendant de services de calcul intensif en mode cloud à l'échelle européenne. Outre la performance informatique, les PME y trouveront des services apportés par 25 partenaires et de la sécurité. Une prestation qui pourrait être vendue par des éditeurs de logiciels hébergés.

Garantir des services haut de gamme

Côté tarif, le passage en mode cloud devrait diviser par deux les investissements matériels qui représentent environ 25 % d'un projet PLM. En revanche, l'impact sur les dépenses en logiciels et services devrait être moindre. Mais ce passage est aussi l'occasion pour les éditeurs de revoir leur business model. Ainsi, chez Lascom, une application PLM qui était vendue 50 000 euros, plus 15 % de maintenance annuelle, sera désormais facturée 15 000 euros par an. Une approche tarifaire qui séduit les entreprises. « En 2011 nous réalisions moins de 5 % de nos projets en mode Software as a service (SAAS). Aujourd'hui, cela représente plus de 20 % », confirme Jean-Louis Henriot, directeur de l'éditeur.

Malgré ses promesses, le cloud reste toutefois l'objet d'un certain attentisme. « Comme pour toute évolution de technologie, il va falloir inventer de nouvelles approches et méthodologies de travail, pour en tirer la quintessence », estime François Coste, représentant en France de la Nafems, une organisation destinée à épauler les entreprises dans le choix des technologies de simulation numérique. Il faudra aussi surmonter certaines réticences. L'une d'entre elles porte sur la qualité des outils. « Les industriels ne veulent pas d'un cloud computing "low cost", comme peut l'offrir un Amazon. Qu'il s'agisse de grands groupes ou de PME, ils veulent des services haut de gamme, avec des performances garanties en termes de qualité et de continuité de service, ainsi que de sécurité et de résilience de leurs données. Et là, beaucoup de choses restent à faire », estime Gérard Roucairol, président de Teratec. Autre crainte : la confidentialité. À cet égard, la prédominance des hébergeurs d'origine américaine pose question. Ceux-ci sont en effet soumis au Patriot Act. Cette réglementation leur impose, pour des raisons de sécurité intérieure, de montrer ce qu'ils hébergent aux pouvoirs publics américains.

Des logiciels en mode cloud computing «privé»

C'est pour répondre à cette préoccupation que Dassault Systèmes vient de chercher, à deux reprises, à participer à des projets de cloud computing "à la française". « Ces projets se feront sans nous, suite à des divergences de vue sur le "business model" à mettre en place et à la dispersion des aides publiques, nuisant à l'émergence d'un acteur français fort », regrette Pierre Marchadier, VP en charge de la communication chez l'éditeur.

Pas découragé pour autant, l'éditeur a créé Outscale, une filiale qui propose ses logiciels en mode cloud computing "privé" à l'automobile et l'aéronautique. « Nous avons aussi participé, dans le cadre du projet Boost Aerospace, à la création de Air Design. Un environnement de travail collaboratif "privé" qui propose aux PME les outils et les méthodologies de travail agréés par Airbus, avec de la performance informatique, du stockage et de la sécurité. » L'éditeur va annoncer la possibilité d'accéder de manière temporaire en mode SAAS à Catia et Solidworks, puis Enovia, Simulia et Delmia via l'offre Nvolve, qui s'étendra aussi au moteur de recherche Exalead, au créateur de tableau de bord Netvibes et à l'outil de "social collaboration" 3DSwym. Moins ambitieux, Siemens PLM Software ne propose que son outil de gestion des données techniques Teamcenter en mode cloud via les offres d'IBM, Microsoft ou Amazon, qu'il a certifiées. « Une certification technique et opérationnelle que nous poursuivons avec des prestataires locaux tels Orange, SFR ou Atos », précise Christophe Iffenecker, directeur général de la filiale française.

« Mais, au-delà des problèmes de sécurité que ces hébergeurs savent traiter, il faut se préoccuper de la réversibilité du système si l'on veut revenir à une solution interne ou changer d'hébergeur, car on perd le contrôle physique de ses données. Et si l'on veut faire de la CAO, il faudra aussi veiller à la bande passante des réseaux pour éviter des temps de réponse qui pourraient vite devenir gênants avec de gros modèles 3D ».

Limiter la dépendance vis-à-vis des hébergeurs

Conséquence de l'hésitation des industriels à franchir complètement le pas : le cloud computing n'est souvent vu que comme un complément du système en place, constate François Tribouillois, président de la plate-forme Pi3c. Du coup les éditeurs s'adaptent à ce type d'usage, tandis que les utilisateurs réfléchissent au meilleur usage à travers Micado. « Nous travaillons sur les méthodologies de travail pour que les entreprises puissent éviter certains inconvénients du cloud computing. Nous cherchons à leur faciliter l'utilisation, à limiter la dépendance vis-à-vis des hébergeurs et nous peaufinons la qualité et la sécurité des informations pour leur permettre de profiter au mieux du SAAS. Nous prêtons notamment attention à la transparence des accès, aux appuis sur des compétences qu'elles ne peuvent financer et maintenir en interne, à la qualité des simulations, et au suivi des données », explique Marie-Christine Oghly, présidente de l'association. Autant d'évolutions qui pourraient achever de décider, en 2013, les bureaux d'études qui hésitent encore à miser sur le cloud computing.

Carl Bass, Président directeur général d'Autodesk Une puissance informatique illimitée pour concevoir vos produits

Rare en Europe et dans les medias, Carl Bass nous a accordé un entretien exclusif. Pour le PDG de l'éditeur de logiciels de gestion de cycle de vie des produits (PLM), le recours au cloud computing, tendance phare dans le secteur de la conception, s'apprête à révolutionner l'univers des bureaux d'études. Pourquoi Autodesk se lance-t-il massivement vers le cloud computing avec l'annonce de sa stratégie 360 ? Nous sommes très enthousiastes pour deux raisons majeures. D'une part, c'est un moyen d'accès à moindre coût à une puissance informatique quasiment illimitée. D'autre part, il est aujourd'hui impossible pour un industriel de réaliser tout seul un produit. Or le cloud computing est un moyen naturel de coordination entre partenaires, permettant d'accéder partout à la bonne information. Les méthodes de travail des bureaux d'études vont donc changer ? Bien évidemment ! Aujourd'hui, on conçoit comme on joue à la bataille navale, en procédant par itérations. Il ne s'agit pas de transposer cette approche en mode cloud computing pour traiter plus rapidement des problèmes plus gros, mais d'apprendre à travailler simultanément sur tous les paramètres de conception (contraintes, poids, coût...) en posant des questions de type « Que se passe-t-il si... ». On optimisera et on validera ainsi rapidement des prototypes numériques. Les utilisateurs ne risquent-ils pas de buter sur le manque de formation ? Les ingénieurs et techniciens ont l'habitude de se poser des questions sur leur choix de conception. Grâce au cloud computing, ils obtiendront des réponses plus rapides et plus précises. Ils pourront aussi envisager des questions plus complexes en tenant compte, par exemple, de tous les impératifs de fabrication dès les phases amont de conception. À condition que les éditeurs leur donnent les outils pour exprimer simplement ces questions. Nous y travaillons ! Dès 2013, notre nouvelle gamme de produits répondra à ces enjeux. Mais beaucoup d'industriels rechignent à passer au cloud computing pour des raisons de sécurité... C'est effectivement un enjeu majeur, surtout pour des entreprises qui utilisent 20, 30 ou 50 applications dans leur bureau d'études. On peut avoir l'approche "château fort" où l'on tente de se protéger des intrusions derrières d'épaisses murailles ou être conscient que l'information peut être lue sur le réseau de communication, quel que soit le niveau de protection, donc ne pas y mettre de données stratégiques. Reste alors à bien les identifier. Le passage au cloud est-il inéluctable ? Notre rôle est d'imaginer le futur et les progrès de la technologie pour en faire bénéficier nos clients. Le cloud computing est aujourd'hui l'outil le plus prometteur, mais nous n'envisageons pas pour autant l'abandon rapide des versions de bureau de nos outils. Nous allons laisser le choix à nos clients. D'ailleurs, faire aujourd'hui de la gestion du cycle de vie des produits (PLM) sur tablette ou smartphone via le cloud computing ne relève-t-il pas de la même utopie que de faire de la CAO sur un ordinateur personnel au tout début des années 1980 ? Peut-on voir émerger de nouveaux acteurs ? On voit arriver régulièrement sur le marché des start-up proposant des applications PLM fonctionnant via le cloud computing. Mais le marché est très difficile pour les nouveaux entrants. Au mieux peuvent-ils se faire acheter par les poids lourds actuels. PROPOS RECUEILLIS PAR JEAN-FRANÇOIS PREVÉRAUD

PARCOURS

Carl Bass a commencé comme... charpentier. Une licence en mathématiques plus tard, il fonde Ithaca Software, acquise par Autodesk en 1993. Après un détour comme PDG de la filiale Buzzsaw.com, il est nommé directeur de l'exploitation puis PDG d'Autodesk.

Le cloud computing au coeur de la recherche

Le Forum Teratec, qui s'est tenu en juin, a été l'occasion de faire le point sur les apports du calcul hautes performances et de la puissance de calcul quasi infinie du cloud pour les industriels et les centres de recherche. Retrouvez sur notre site Internet une présentation des bénéfices retirés par les principaux intervenants, dont l'EPFL, Schlumberger, Arkema, ou encore l'Oréal.

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