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Interview

Emmanuel Leroy-Ladurie : "Jamais la Terre n'a autant chauffé"

Thibaut De Jaegher
Emmanuel Leroy-Ladurie :

© Ministère de l'agriculture

Disciple de Fernand Braudel, ex-militant du parti communiste, Emmanuel Leroy-Ladurie est un des historiens français vivants les plus reconnus. Né dans un milieu rural aux Moutiers-en-Cinglais (Calvados), aux portes de la Suisse Normande, il s’est passionné très tôt pour la « petite » histoire, celle des paysans et des récoltes notamment. Jusqu’à en faire sa quasi-spécialité. Titulaire de la chaire d'histoire de la civilisation moderne au Collège de France, il fut, en 2000, l’un des premiers historiens à oser étudier le climat comme un objet historique en tant que tel et plus seulement comme un phénomène causal. Il vient de publier le dernier tome de son Histoire humaine et comparée du climat. Rencontre avec un homme « climatiquement correct », comme il se définit lui-même.
Le dernier tome de votre histoire du climat est titré Le Réchauffement, votre travail permettait-il de corroborer ou d'infirmer la thèse d'un emballement climatique ?
Des réchauffements, ou plutôt des optimums climatiques, il y en a eu par le passé. Mais, à mon sens, il ne faut pas en tirer argument pour contester le rôle du CO2 dans l'épisode actuel. Il n'existait pas à un tel niveau aux époques que j'ai étudié. L’âge d’or de l’Empire romain, entre 200 avant Jésus-Christ et 200 AP JC, a subi une élévation moyenne des températures de 0,9 °C environ. L'époque médiéval, qui fut marqué par le petit âge glaciaire, également mais ce n'est rien comparé à la hausse brutale constatée au XXème siècle.
 
Vous confirmez donc les thèses du GIEC ?
Je suis climatiquement correct. Comme l'affirme le GIEC, en rejetant plus de CO2, nous avons certainement eu une influence sur ce dérèglement. Nous sommes passés de 11,4 °C de température moyenne en 1901 à 13°C dans les années 2000. Sur cette augmentation de 1,6 °C, nous constatons que 80 % de cette progression se produit durant les vingt dernières années du XXème siècle. C'est quand même une hausse assez violente. Surtout lorsque l'on sait que, depuis 1997, nous avons eu les dix années les plus chaudes de tous les temps. 1998 et 2005 ont même constitué des pics historiques à l’échelle de la planète.
 
Quelles peuvent être les causes de cet emballement ?
Je constate mais je n'explique pas les causes. C'est le travail des climatologues. Je pense quand même que le C02 a joué un rôle crucial. Il constitue l’antécédent le moins substituable pour affirmer l’influence de l’homme sur le climat. La révolution industrielle, entamée au XIXème siècle, n'a porté ses effets que dans les années 80. L’industrialisation de masse et la croissance ayant petit à petit asphyxié la planète.
 
Comment avez-vous travaillé ?
Pour ce dernier tome, je suis allé chercher les dates de début et de fin de vendanges, les récoltes de blé et les rendements des producteurs de pomme de terre. On m'a pris au départ pour un illuminé mais en auscultant les dates de début de vendange, on peut assez facilement deviner quel fut le climat de l'année.
 
Dans vos ouvrages, vous évoquez souvent les troubles que génère une mauvaise récolte ou un été pourri pour reprendre vos termes. Qu'en est-il aujourd'hui ?
Tout le monde a pris conscience de la gravité de la situation concernant le réchauffement climatique mais les actes peinent à suivre les discours. Nous agissons peu. Peut être parce que les conséquences des dérèglements climatiques ont beaucoup moins de conséquences sur l'homme que par le passé. Les canicules ne font -presque- plus de morts. Quand, en 1859, un été trop chaud tuait 100 000 personnes, plutôt des enfants, la canicule de 2003 a fait 17 000 victimes essentiellement des personnes âgées. C'est encore trop mais ces épisodes climatiques aussi dramatiques soient-ils ne jettent plus nos sociétés dans le chaos car nous savons en limiter l'impact. La dernière émeute liée au climat en France remonte au 13 juillet 1789.
Propos recueillis par Thibaut De Jaegher
 
 
Histoire humaine et comparée du climat, tome 3 – Le réchauffement. d'Emmanuel Le Roy Ladurie,  Fayard 25 euros. 460 pages.

 

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