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Ecosystèmes territoriaux hydrogène : la mobilité en tête des appels à projet de l’Ademe

Aline Nippert

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Ecosystèmes territoriaux hydrogène : la mobilité en tête des appels à projet de l’Ademe

Vue d'artiste du site de production d'hydrogène et du centre de R&D de Lhyfe en cours de construction à Bouin, en Vendée. Déjà financé, ce site vient s'intégrer au projet VHyGO, plus large, retenu par l'Ademe dans le cadre de ses appels à projet.

© Lhyfe / Essentiel architectes - Challans

L’Agence pour la transition écologique (Ademe) a lancé une série de trois appels à projet (décembre 2020, mars et septembre 2021) pour faire émerger des « hub » hydrogène à l'échelon d'un territoire, en cohérence avec la stratégie nationale hydrogène. Si les usages industriels font partie des marchés cibles, la plupart des dossiers déposés vise des applications liées à la mobilité. Explications avec Luc Bodineau, chargé du dossier hydrogène à l'Ademe.

Pour les projets à hydrogène vert… ça roule ! L’Agence pour la transition écologique (Ademe) a clôturé mi-mars le deuxième appel à projet « Ecosystèmes territoriaux hydrogène », pour lequel 32 dossiers ont été déposés. « La présélection est encore en cours », précise Luc Bodineau, coordinateur des travaux sur l'hydrogène à l’Ademe. C’est près de deux fois plus que le premier appel à projet (en décembre), où seuls 17 dossiers avaient été déposés. Sur les 7 projets qui avaient alors été présélectionnés, tous visaient des applications de mobilité.

« La dynamique est surtout portée par la mobilité lourde. Nous retrouvons notamment des collectivités locales, très demandeuses d’écosystèmes avec des bus à hydrogène ou des bennes à ordures ménagères à hydrogène, souligne Luc Bodineau. Mais nous constatons tout de même l’arrivée de quelques projets sur des bassins industriels… » Prochaine échéance pour déposer une demande de subvention auprès de l’Ademe : le 14 septembre 2021.

Projets liés à la mobilité

Le projet Vallée Hydrogène Grand Ouest (VHyGO), qui fait partie des lauréats du premier appel à projet, illustre bien l’engouement des acteurs de la mobilité en faveur du déploiement d’une filière hydrogène décarboné à l’échelon territorial. Porté par Lhyfe, jeune entreprise productrice d'hydrogène vert et composé de dix partenaires (parmi lesquels Engie), VHyGO vise à faire émerger le premier écosystème interrégional de France, entre les Pays de la Loire, la Bretagne et la Normandie.

D’ici à 2024, VHyGO vise une production de 5 tonnes d’hydrogène renouvelable par jour, répartie sur dix sites de production. Au moins 20 stations-services hydrogène devraient être mises en place, alimentant environ 500 véhicules – bus à hydrogène, bennes à ordures ménagères hydrogène, poids-lourds en rétrofit (adaptés à l'hydrogène après leur construction), véhicules utilitaires légers. Le prix visé de l'hydrogène, dans le cadre du projet VHyGO, est de 9 euros le kilo d’ici 2023, puis 8 euros le kilo d’ici 2030.

Equation économique incertaine pour l'hydrogène industriel

Le niveau de prix de l'hydrogène décarboné explique en bonne partie pourquoi les projets liés à la mobilité ont le vent en poupe, tandis que ceux destinés aux applications industrielles sont moins nombreux. « Avec un hydrogène vert ou bas carbone [qui peut être produit à l'aide d'énergie nucléaire, ndlr] qui s’élève entre 8 à 11 euros du kilo, les opérateurs de transport, qu’ils soient publics ou privés, peuvent s’y retrouver économiquement », avance M. Bodineau. L’une des variables d’ajustement est le prix des tickets de transport, qui sera sans doute revu à la hausse. « De plus, avec la généralisation des zones à faibles émissions, décarboner devient une nécessité pour les acteurs de la mobilité », pointe Luc Bodineau.

L’équation économique est beaucoup moins évidente pour l’hydrogène industriel. « Pour l’industrie, 8 euros du kilo, c’est le haut de la fourchette… », signale l’expert hydrogène de l’Ademe. En effet, le prix de l’hydrogène gris – produit à partir d'hydrocarbures et qui répond à la demande mondiale d'hydrogène industriel – tourne plutôt autour de 1,50 euros le kilo. « Il y a toutefois une frange de l’hydrogène industriel, autour de 20 % de l’ensemble, qui nécessite d'être conditionné (compression, acheminement par pipeline…). Dans ce cas le prix peut monter jusqu’à 5 ou 6 euros par kilo, explique M. Bodineau. Pour ce segment, basculer vers l’hydrogène décarboné peut faire sens. »

Soutien à l’investissement de l'Ademe

Si les appels à projets « Ecosystèmes territoriaux hydrogène » visent à faire émerger des infrastructures de production d’hydrogène bas carbone et renouvelable à l’échelle d’un territoire, au plus près des besoins, ils ont aussi une dimension nationale, s'inscrivant dans la stratégie hydrogène française présentée en septembre dernier. « L’un de nos critères de sélection consiste à évaluer comment le projet contribuera à structurer la filière à l’échelon national, avance Luc Bodineau. C'est le cas, par exemple, s'il permet de développer des compétences, qu'il est réplicable ailleurs sur le territoire, ou que les fournisseurs choisis sont français ou européens… »

Cet appel est doté, pour l’heure, de 275 millions d’euros pour la période 2021-2023, dont 75 millions de financements du plan France Relance. « Nous apportons une subvention des investissement qui se situe entre 35 % et 55 % du surcoût des dépenses lié à l’utilisation de l’hydrogène par rapport aux investissements nécessaires pour un projet équivalent version diesel », souligne le spécialiste de l’Ademe. Ainsi, sur les 38 millions d’euros d’investissement associé à la première phase du projet VHyGO, les partenaires ont sollicité une aide de 14 millions d’euros auprès de l’Ademe.

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