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Économiser et valoriser

Sonia Pignet
Paris, 27 - 30 novembre 2007. Quelques jours après la grand-messe du Grenelle de l'environnement, les acteurs du secteur n'ont pas relâché leur mobilisation. Très présents pour l'édition 2007, ils ont exposé leurs solutions. Petit tour d'horizon.

L'année 2007 fut riche en événements pour l'environnement. Avec 10 % de plus de visiteurs par rapport à la dernière édition parisienne en 2005, Pollutec 2007 a confirmé l'actuel engouement écologique. Plus de 45 000 professionnels ont déambulé dans les allées du salon, intitulé cette année Pollutec Horizons pour marquer la volonté d'intégrer les grands enjeux environnementaux. On pouvait ainsi trouver un espace réservé aux énergies et changements climatiques, ou encore un village consacré à l'optimisation des ressources. Environ 200 conférences ont permis d'aborder tous les grands thèmes d'actualité, des énergies renouvelables aux traitements des pollutions, qu'elles soient chimiques, olfactives ou sonores. Sans pour autant laisser de côté les produits et matériels de l'éco-industrie.

L'autre nouveauté de la cuvée 2007 est la présence, au coeur de Pollutec, du salon Buy&Care dédié aux produits et services assimilés à des achats responsables. Produits issus du recyclage, nettoyants biologiques, bâtiments durables et d'autres thématiques occupaient l'espace.

L'eau au coeur des préoccupations

À Pollutec, le mot d'ordre était "économisez". L'eau tout d'abord, qui occupait une grande partie du salon. Les solutions de traitement, soit pour des rejets propres soit pour une réutilisation, pullulaient. Les UV étaient, par exemple, très présents. On pouvait découvrir sur le stand de Bio-UV des réacteurs destinés à détruire par rayonnement UV les bactéries de l'eau, y compris les légionelles. Développé au départ pour le traitement des tours aéroréfrigérantes, le principe a été adapté pour différents circuits d'eau. Couplée au réacteur Bio-ZN qui neutralise la corrosion et élimine les dépôts de tartre, cette solution évite d'utiliser des produits chimiques et ne nécessite qu'une maintenance réduite (le plus souvent, deux opérations par an).

Toujours dans le domaine de l'eau, Veolia Eau Solutions et Technologies a profité du salon pour lancer l'Actiflo Turbo de nouvelle génération, un décanteur clarificateur pour les eaux de process. La technologie Actiflo utilise des micrograins de sable autour desquels s'agglomèrent les flocs formés des particules à éliminer et d'un agent coagulant. En alourdissant ces flocs, le sable permet d'accroître la vitesse de décantation. Ce nouvel appareil est équipé du Turbomix, un système d'agitation à flux axial doté d'une jupe installée autour du mélangeur, qui améliore la floculation. Cette modification suffit pour diminuer le temps de contact dans le bassin de maturation de 6 à 3 minutes et double la vitesse de décantation. Autres avantages considérables, l'emprise au sol est divisée par deux et l'épaisseur des boues augmentée grâce à des pertes d'eau moins importantes. Ces boues alimentent alors directement une presse ou une centrifugeuse. Cerise sur le gâteau, la consommation énergétique est réduite de 20 à 25 %. En France, les premiers Actiflo Turbo entreront en service en 2009, pour l'eau potable et les eaux de process.

Les réductions de consommation d'énergie ont bien sûr aussi été au coeur de Pollutec. Si presque chaque appareil présenté se vantait de dépenser moins d'énergie, le débat s'est principalement porté sur les énergies "propres", pêle-mêle les biocarburants, l'éolien, et le biogaz. Fortement contestés désormais (« l'éthanol comme carburant n'a aucun intérêt », dixit Corinne Lepage), les agrocarburants étaient pourtant là. La société belge De Smet Engineers & Contractors présentait ainsi ses travaux en cours pour la construction de plusieurs unités de bioéthanol et de biodiésel en Europe. « En attendant que les biocarburants de seconde génération puissent voir le jour », s'est défendu John Griffin, le vice-président de la société. Citroën, quant à lui, était venu avec une gamme de véhicules roulant aux biocarburants.

Innovations pour les éoliennes

Contestées aussi, les éoliennes. Bruyantes, inesthétiques, peu efficaces, les reproches pleuvent depuis qu'elles fleurissent dans les champs. Mais le secteur se porte plutôt bien. Et les innovations sont nombreuses, notamment côté miniaturisation. L'énergie éolienne présente en effet l'avantage d'être très décentralisée et les fabricants comptent bien miser sur ce point fort. L'édition 2006 avait permis de découvrir l'éolienne à axe vertical de Cap ENR adaptée au milieu urbain. Cette année, c'est le japonais Zephyr Corporation qui était venu avec une éolienne à usage domestique. À monter sur un toit ou à planter dans un jardin, elle peut, aux dires de Zéphyr, livrer 100 kWh par mois avec une vitesse de vent moyenne de 6 m/s.

Des conférences sur le recyclage

Du côté du biogaz enfin, les nouveautés étaient légion. Car valorisation rime généralement avec économie. Transformable en électricité ou en chaleur, le biogaz est une source d'énergie à fort potentiel pour les industriels désireux d'améliorer leur indépendance énergétique. Pourtant il est encore peu exploité. « Les torchères sont un scandale. On ne peut pas laisser des gaz s'échapper comme ça », rappelle Alain Delamette, responsable des manifestations de l'Ademe. Pas moins d'une trentaine de stands abordaient le sujet. Parmi eux, le luxembourgeois Agraferm Technologies qui a développé des centrales à biogaz clés en main de taille réduite pour le traitement des déchets organiques. En France, Naskeo s'est associé à l'Inra pour mettre au point le procédé Energium. En accélérant l'étape d'hydrolyse, la transformation de la matière en gaz est plus rapide et plus efficace. Pour les clients (industries agroalimentaires ou papetières), cela représente un gain de 20 % d'énergie, bien sûr accompagné d'une réduction des digestats.

Difficile aussi cette année de passer à côté du recyclage. Celui des déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE), soumis à réglementation, a notamment fait l'objet de nombreuses conférences. Pas d'innovation majeure dans le domaine du tri (la présence de produits retardateurs de flamme halogénés reste une problématique d'actualité), mais les technologies existantes continuent de s'améliorer. Plusieurs outils de tri des plastiques ou des métaux étaient en démonstration. L'italien MG di Blo Guido présentait pour la première fois en France son unité de récupération du cuivre des câbles électriques. Nommée Compact 150T, cette machine dispose d'un broyeur de cellules "pulvérisateur" qui facilite la séparation et améliore le rendement. Elle traite entre 150 et 200 kg de déchets par heure.

Fondis Electronic, lui, était venu avec le Phazir, un spectromètre proche infrarouge portable. Au départ, l'appareil est destiné au contrôle des épaisseurs de peinture ou de revêtement lors de processus industriels. Mais le distributeur français spécialiste des équipements d'analyse portable a mis en avant les avantages de ce produit pour des opérations de tri des plastiques et moquettes. L'appareil fournit des données en 1 à 2 secondes pour 25 types de plastiques et 7 catégories de fibres de moquette.

L'Allemagne, invitée d'honneur

Enfin, ce Pollutec fut également l'occasion de constater une nouvelle fois la bonne santé du secteur de l'environnement en Allemagne. L'invité d'honneur de cette édition 2007, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Allemagne), a posé ses valises au salon pour présenter ses industries. Cette région, qui compte 3 000 entreprises travaillant dans le domaine des énergies renouvelables sur 34 100 km2, a mobilisé son agence de l'énergie venue exposer ses programmes de recherche : piles à combustible et hydrogène, nouveaux carburants, habitats solaires ou encore pompes à chaleur. En nombre d'exposants, l'Allemagne était d'ailleurs en tête des pays étrangers, avec une soixantaine de sociétés germaniques présentes parmi les 1 500 exposants.

ENTENDU AU SALON

L'air comprimé et la production de froid sont deux sources importantes de gains d'énergie dans les industries. »

Pascal Lesage, responsable du projet énergie chez Bureau Veritas

EN LUMIÈRELA PHOTOCATALYSE SE STRUCTURE

Autant la réalité scientifique de la photocatalyse est avérée, autant on peut s'interroger sur l'efficacité de certains produits de purification d'air mis sur le marché revendiquant haut et fort cet effet. La présence du "Village photocatalyse" marquait en quelque sorte la naissance effective d'un nouveau secteur technologique avec des acteurs sérieux et l'arrivée prochaine de normes, secteur où la France veut donner le ton en Europe. Nane Péhuet de l'association de recherche Ecrin, organisatrice du village, souligne qu'aujourd'hui le secteur est mûr après plus de dix années de recherches scientifique et technologique entamées à l'origine sur des problèmes d'odeurs dans le métro. Plusieurs dizaines de thèses ont été menées sur le sujet, souvent en collaboration avec des industriels comme Ahlstrom. Des normes en préparation Aujourd'hui cette technologie ne doit pas être dévoyée par des industriels et vendeurs de matériels peu scrupuleux. L'effort de développement doit se poursuivre à la fois sur les applications et sur l'établissement de normes. Les visiteurs du Village photocatalytique ont pu trouver des réponses au travers des conférences et tables rondes et auprès de la douzaine d'industriels exposants : fournisseurs de matériaux comme Millennium (producteur de dioxyde de titane), Saint-Gobain (fibres supports de catalyseur), Ahlstrom (média filtrant photocatalytique), d'équipements comme Philips (lampes UV) et d'appareils de traitement d'air comme Alcion, Biowind, BRC, Anemo, Photoclean Quartz... voire des loueurs de structure comme Icare-Locabri qui a travaillé avec Ahlstrom et propose à la location des tentes antiodeur (voir I&T n° 895 p. 69). Une fédération française de la photocatalyse vient de se créer. Côté normes, l'Afnor a créé un groupe de travail ; le premier projet de norme sort fin 2007 concernant l'efficacité du matériau photocatalytique ; d'autres devraient suivre concernant les médias photocatalytiques et les appareils de traitement d'air utilisant la photocatalyse. La photocatalyse concerne aussi le traitement d'eau, le secteur qui s'ouvre est donc vaste. C. G.

CRYOGÉNISATIONLES EFFLUENTS GAZEUX DÉPOLLUÉS ET RÉCUPÉRÉS

Le groupe Messer, spécialiste des gaz, a présenté sur le salon sa solution DuoCondex pour le traitement des effluents gazeux. Ce procédé de condensation cryogénique permet, outre la dépollution des rejets gazeux, la récupération des solvants. Principale innovation de DuoCondex : ce n'est plus de l'azote liquide, mais gazeux (à - 170 °C), qui est utilisé dans l'échangeur de chaleur pour le refroidissement des effluents. Ainsi, « la plupart des composés organiques volatils [COV] à traiter sont récupérés sous forme liquide et non plus solide, puisque le système ne givre que très peu », explique Gilles Quétin, responsable application de Messer en France. Consommation d'azote optimisée L'efficacité dépolluante de cette méthode peut, selon les gaz à traiter, être suffisante pour ne pas avoir à pratiquer un traitement supplémentaire. Comprenant deux trains d'échangeur tubulaire, le cryocondensateur a été conçu pour perdre le moins possible de frigorie. Ainsi, une fois le gaz épuré, il repasse dans le système pour le refroidir et, lui-même, se réchauffer. Ce souci d'économie calorifique optimise également la consommation d'azote. Jamais en contact direct avec l'effluent, l'azote peut enfin rejoindre le réseau de l'usine. Une première installation a été réalisée chez un grand groupe pharmaceutique de la région Ile-de-France. « Cette solution est aussi parfaitement adaptée au traitement des COV produits lors du démantèlement de réfrigérateurs », précise Gilles Quétin.

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