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Ecoles d’ingénieurs : l’Isep réforme sa pédagogie

Jean-François Preveraud

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Ecoles d’ingénieurs : l’Isep réforme sa pédagogie

Donner un portfolio de compétences au jeune ingénieur

© DR

Fini l’enseignement par option, place aux parcours. L’équipe dirigeante de l’Isep nous explique les objectifs et les premiers résultats de la réforme pédagogique qu’elle a engagée voici trois ans.

« A l’ère du numérique et des réseaux sociaux, la pratique enseignante montre que les nouvelles générations adhèrent de moins en moins au schéma classique : cours ; TD ; TP », explique Michel Ciazynski, directeur général de l’Isep (Institut Supérieur d'Electronique de Paris), une école qui forme chaque année près de 200 ingénieurs généralistes en technologies du numérique. « C’est pourquoi nous avons lancé, il y a trois ans, une refonte de notre stratégie pédagogique qui entre cette année dans sa dernière phase. Les élèves de 3e année sont ainsi les premiers à avoir suivi sur 3 ans le cycle ingénieur de l’Isep nouvelle version ».

Ce problème n’est pas propre à l’Isep. Il y a effectivement besoin de faire évoluer les offres pédagogiques pour regagner l’adhésion des nouvelles générations d’étudiants. « Il faut ajouter à cela l’obligation européenne de s’aligner sur les consignes de Bologne qui visent à faciliter la mobilité des étudiant, des diplômés et des chercheurs dans l’espace européen », précise Dieudonné Abboud, directeur de l’enseignement de l’Isep.

Force est de constater que les élèves des classes préparatoires sont assez candides du point de vue professionnels. Ils ont choisi de devenir ingénieur, mais ils n’ont aucune idée de ce qu’est le métier d’ingénieur. « C’est pourquoi nous avons décidé de les confronter le plus tôt possible dans leur cycle de formation avec la réalité de ce métier, en faisant venir des professionnels au sein de l’école, qui font des témoignages, des conférences métiers, qui parlent de leur parcours, de leur positionnement au sein de l’entreprise. Ensuite on les envoie faire de 4 à 6 visites en groupe de 10 à 30 élèves dans des entreprises industrielles, des sociétés de services, des laboratoires de recherche, pour leur montrer les différentes facettes du métier qu’ils veulent faire. Cela leur permet de se positionner et de choisir, au sein de l’école, les voies qui correspondent à leurs souhaits ».

C’est ce que l’Isep appelle la coupure pédagogique, qu’elle voit comme un pont entre la fin de la classe préparatoire et l’entrée en cycle d’ingénieurs, qui permet à l’élève de se familiariser rapidement avec le monde de l’entreprise et les différents métiers de l’ingénieur. C’est pour lui l’occasion de commencer à penser son projet professionnel.

Une pédagogie par projets

Mais outre cette motivation, il fallait aussi adapter la pédagogie de l’école. « Nous avons pour cela commencé par regarder dans le monde, dans de multiples écoles d’ingénieurs, quelles étaient les réflexions et les expériences menées. La tendance qui se dégage de cette analyse est de favoriser l’approche de l’apprentissage par projet. C'est-à-dire utiliser des projets conçus à des fins pédagogiques pour amener l’acquisition des connaissances. Et non plus utiliser des connaissances acquises pour trouver des solutions à des projets habituels ». Cette transformation radicale nécessite une adaptation des élèves, mais aussi des équipes enseignantes.

L’élève est ainsi remis au cœur de l’enseignement. Il est amené à construire lui-même ses propres connaissances et développer ses compétences, guidé par un tuteur. Les projets d’une durée de 6 mois regroupent 4 ou 5 élèves, avec un semestre en informatique et un semestre en électronique et signal. Il ya deux séances par semaines encadrées et deux non encadrées. « Ils sont ainsi obligés de rechercher de l’information et des connaissances, sur le Web ou dans des ouvrages qui leurs sont indiqués par leurs professeurs, ils se concertent, émettent des hypothèses, analysent une situation, spécifient des fonctionnalités du système qu’ils sont amenés à fabriquer, ce qui dynamise réellement leur acte d’apprendre ». Mais cette approche par projet n’a pas bouleversé l’ensemble de l’enseignement, et les connaissances de base restent dispensées de manière traditionnelle lors de cours magistraux.

Une approche par compétences

Autre point fort de cette refonte de la pédagogie à l’Isep, l’approche par compétences. Au-delà du référentiel des compétences de base demandées à un ingénieur : travailler en mode projet ; travailler en équipes dynamiques ; être professionnel ; être bon communicant dans un contexte scientifique ; il faut que l’élève-ingénieur acquiert les compétences spécifiques au secteur des TIC et attendues à la sortie de l’école. C'est-à-dire savoir créer des architectures de systèmes d’information efficaces et savoir résoudre tous les problèmes qui peuvent se présenter. « L’évaluation se fait par les professeurs au sein de l’école, par les entreprises lors des stages et par l’élève lui-même ».

Cela a obligé l’Isep à repenser son enseignement pour répondre au contenu de ce référentiel de compétences attendues. « Nous nous sommes ainsi aperçu qu’il y avait un certain nombre de redondances inutiles dans les matières enseignées à l’Isep et qu’il y avait par contre un certain nombre de trous, ce qui nous a obligé à optimiser le contenu de notre enseignement », admet Dieudonné Abboud.

Une logique de parcours

Dernier point important de cette refonte, la logique de parcours. Le mois de coupure pédagogique terminé, les élèves font un an de tronc commun où, en plus de l’enseignement général et managérial, on jette les bases de quatre domaines : électronique ; informatique ; Signal et image ; Télécoms-Réseaux. Lors de la deuxième année l’offre pédagogique s’ouvre sur une dizaine de parcours standard et les élèves peuvent même créer leur propre parcours en fonction de leur projet professionnel.

« Cette logique de parcours remplace celle des options, assez hermétiques. Il devient ainsi possible d’avoir des parcours transverses où l’on pioche des modules dans les quatre domaines techniques, pour peu que cela reste cohérent du point de vue professionnel ». Ces parcours permettent ainsi une plus grande liberté de choix, mais aussi une diversification des compétences techniques et managériales.

Il faut ajouter à cela deux stages professionnalisants longs en entreprise, l’un de 4 à 6 mois au début de la deuxième année et l’autre de 5 à 8 mois en fin d’études.

Le portfolio de compétences

Tout cela abouti à la création par l’élève-ingénieur d’un portfolio de compétences qu’il présentera, à la fin de son parcours, au jury de professionnels chargé de lui attribuer son diplôme. Ce portfolio repose sur une auto-évaluation, documentée et vérifiable, de l’élève qui doit identifier et inscrire ses nouvelles compétences, mais aussi préciser le degré d’expertise atteint dans le parcours choisi. Ce document est ensuite confronté aux différentes évaluations faites par les maîtres de stages, sous le regard du responsable de parcours. Le portfolio de compétences permet ainsi d’identifier clairement la progression de chaque élève.

En fin de 3e année, l’élève présente oralement, pendant une trentaine de minutes, devant un jury composé d’un DRH d’entreprise, ainsi que son responsable de parcours, son projet professionnel, accompagné de ce portfolio de compétences et d’un CV. Le jury interroge ensuite l’élève sur les différents éléments de son projet ainsi que sur les compétences requises.

C'est un moment fort qui parachève la formation en confortant l'élève dans son projet professionnel à la veille de son insertion dans le monde du travail.

A la semaine prochaine.

Pour en savoir plus : http://www.isep.fr

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l’Usine Nouvelle, suit depuis plus de 29 ans l’informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM…). Il a été à l’origine de la lettre bimensuelle Systèmes d’Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.

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