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Écoles d'ingénieurs Chacun cherche son clan

CÉLINE LACOURCELLE redaction@industrie-technologies.com

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Pour gagner en force de frappe et en crédibilité sur les scènes nationale et internationale, les écoles d'ingénieurs se rapprochent pour créer des communautés de moyens plus ou moins intégrales. Cette course à la taille critique est recherchée par les établissements pour gagner en notoriété. Industrie et Technologies se fait le témoin de ces mariages réussis.

L'union fait la force : chaque année, des écoles d'in-génieurs font leur cette maxime. Association, collegium, alliance stratégique, fusion... Quel que soit le nom qu'elles donnent au rapprochement qu'elles opèrent, elles visent toutes un même but : gagner en visibilité... internationale si possible. Ce mouvement n'est pas nouveau mais il s'accélère, selon Paul Jacquet, le président de la Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs. Ces dernières années, ce sont ainsi Centrale Paris et Supélec qui ont opéré une alliance stratégique. Les deux écoles toulousaines, Sup'Aéro et de l'Ensica se sont rassemblées pour fonder l'Institut supérieur de l'aéronautique et de l'espace (Isae). Autres fusions : celle de l'Ensbana et de l'Enesad qui a donné naissance au nouveau grand établissement AgroSup Dijon, ou encore l'Essaim et l'Ensitm qui ont créé l'Ensisa.

Se regrouper pour obtenir une assise internationale

Cette recomposition du paysage, qui se fait à grande vitesse vue de la fenêtre des établissements, repose d'abord sur le besoin - ardent - d'acquérir une masse critique (en nombre d'étudiants et en matière de recherche surtout). « L'effet de taille est essentiel car il permet d'avoir plus de moyens, une solide capacité d'investissement, une offre de formation diversifiée et une interdisciplinarité », souligne Olivier Fourure, le directeur général de l'Isae. La multiplicité des départements recherche leur permet par exemple de couvrir davantage de domaines. Les douze écoles composant le réseau ParisTech, initié en 1991, s'enorgueillissent ainsi de couvrir la totalité des disciplines de l'ingénieur. AgroSup Dijon, du fait du rapprochement, affirme, lui, s'imposer comme « un acteur qualifié pour l'ensemble de la filière agroalimentaire », estime Gérard Bouchot, son directeur général.

Cette course à la taille leur permet également d'obtenir une nouvelle assise internationale. Selon Hervé Biausser, le directeur du groupe des écoles Centrale (Paris, Lille, Nantes, Lyon, Marseille), c'est l'aura du réseau qui leur a permis de se développer hors de France. « Elle a conduit nos partenaires chinois à nous solliciter pour la création de l'École centrale de Pékin en 2005 », commente-t-il. Autre illustration, celle de l'Isae. En 2006, avant la fusion, les deux écoles totalisaient 15 % des étudiants étrangers. Ils étaient 26 % à la rentrée 2009.

Si les motivations se ressemblent, la nature des mariages diffère. Certains établissements optent pour une totale communauté de biens dans le cadre de regroupements, réalisés souvent à l'échelle d'un territoire. AgroParisTech, né de la fusion de l'Ina-PG, l'Engref et l'Ensia, s'est dotée d'une gouvernance unifiée : une seule équipe préside aux destinés de l'établissement. Dans d'autres cas, chaque partie conserve les spécificités de sa formation, voire sa marque originelle, tout en mutualisant leurs services. C'est le cas à l'Enisa, l'Isae, l'Institut polytechnique de Bordeaux ou bientôt à l'Insa Normandie.

Autre modèle : les associations et les mises en réseau comme celles réalisées par les Insa, les Écoles des mines ou l'Institut télécom ont des rapports moins fusionnels, pensés à l'échelle nationale. Chaque école y conserve son diplôme et son indépendance mais profite de la force de frappe de l'alliance. Divers moyens sont mutualisés notamment le recrutement des étudiants étrangers fondé sur les mêmes critères de sélection. « L'admission sur titre via le concours Casting, en vigueur depuis trois ans, est ainsi commune», explique Hervé Biausser, des Écoles centrales.

Des alliances donnent naissance à de nouveaux diplômes

Il n'est pas rare qu'une simple mise en commun d'intérêts monte progressivement en puissance. C'est ce qui s'est passé pour ParisTech. Au départ, quelques représentants des dix écoles se retrouvaient régulièrement et décidaient de leurs orientations stratégiques. Chaque établissement versait une cotisation afin de mener diverses actions communes. « Depuis, en 2007 précisément, ParisTech a gagné le statut d'établissement public bénéficiant ainsi de dotations d'amorçage de l'État. Une équipe dédiée est en place à temps complet et certains diplômes sont désormais décernés sous le sceau ParisTech », précise Jacques Bringuez, délégué à la communication.

Et à croire les principaux intéressés, aucune école ne ferait machine arrière. Les alliances ont permis de créer de nouveaux produits pédagogiques comme les nombreux doubles diplômes initiés à l'étranger par les écoles Centrale. Les bénéfices en termes de notoriété sont indiscutables notamment auprès des entreprises. À ParisTech, 70 mécènes cofinancent des chaires ou des instituts. Et 140 millions d'euros ont pu être levés. Côté recrutement, l'Ensisa a pratiquement doublé le nombre de ses inscrits depuis 2007. Le futur Insa Normandie ambitionne, lui, un gain de près de 500 étudiants. Pas d'angélisme pour autant car, comme le résume Jean-Louis Billoët, « lorsqu'on a vécu des décennies en célibataire, le changement de vie n'est pas toujours simple ».

DE 250 À 224

Le nombre d'écoles d'ingénieurs a reculé de 10 % entre 2003 et 2008. Source : Éducation nationale

Les principaux réseaux

GROUPE DES ÉCOLES CENTRALES Membres Lille, Lyon, Marseille, Nantes, Paris, Pékin 6 000 étudiants RÉSEAU DES INSA Membres Lyon, Rennes, Rouen, Strasbourg, et Toulouse11 300 étudiants GROUPE DES ÉCOLES DES MINES Membres Albi, Alès, Douai, Nantes, Nancy, Paris, Saint-Etienne6 200 étudiants INSTITUT TÉLÉCOM Membres Télécom ParisTech, Télécom SudParis, Télécom Management, Télécom-Bretagne, Eurecom, Télécom Lille5 400 étudiants RÉSEAU POLYTECH Membres Lille, Paris UPMC, Paris Sud, Montpellier, Orléans, Nantes, Annecy, Marseille, Nice, Grenoble, Clermont-Ferrand, Tours. 12 000 étudiants UNIVERSITÉS DE TECHNOLOGIE Membres Compiègne, Belfort-Montbéliard, Troyes, Shanghai 9 500 étudiants

JEAN-LOUIS BILLOËT DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L'INSA ROUEN

« Plus on est grand, plus on pèse dans les grands débats sur l'enseignement supérieur. Autrement, on subit. »

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