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e-production. Ou le "web" dans l'usine

C'était inévitable. Alors que l'informatique d'entreprise se décline autour du e-business, la production ne pouvait rester à l'écart. Voici donc l'"e-production". Aux États-Unis on dit : "e-manufacturing". L'affaire consiste à mettre les usines à l'heure
La simplicité de mise en oeuvre des technologies Web, leur standardisation et la connexion au système d'information de l'entreprise qui se met aux normes de l'e-business, militent pour leur adoption dans les ateliers.

Il fallait bien se douter que le diabolique petit "e" qui s'accroche à tout avec son trait d'union allait un jour ou l'autre finir par capturer la production. Eh bien, voilà. C'est fait : voici l'e-production, version française de l'e-manufacturing qui, outre-Atlantique est devenu un brûlant sujet d'actualité.

De quoi s'agit-il avec l'e-production ? Tout bonnement d'utiliser les technologies Web au niveau des usines et des ateliers pour tout ce qui concerne la fabrication. En l'occurrence d'ailleurs l'utilisation de ces technologies n'implique pas nécessairement l'utilisation du réseau Internet lui même.

Avec l'e-production il est avant tout question de bâtir, au niveau des usines, un système d'information s'appuyant sur les technologies Internet (voir encadré). Que ce système d'information soit amené à communiquer avec l'extérieur via Internet est fort probable - et fort aisé puisque les technologies sont les mêmes - mais n'est en rien une obligation.

Une bonne nouvelle avant d'entrer dans le vif du sujet : si votre usine, au niveau de la production, ne possède pas l'ombre du moindre iota de technologie Web ne vous désolez pas. Vous êtes dans la même situation que, disons... 99 % de vos collègues. L'e-manufacturing n'en est qu'à ses touts débuts. Attention toutefois. Il n'est pas trop tôt pour y réfléchir.

La question est stratégique. Bâtir un système d'information est une oeuvre de longue haleine et les décisions prises aujourd'hui engagent pour longtemps. Autant miser dès le départ sur les technologies qui ont le vent en poupe.

Certains grands utilisateurs ont déjà bien engagé cette réflexion. Jim Heaton, responsable de la stratégie d'intégration de General Motors en est la preuve. Il expliquait, lors d'un récent colloque organisé par l'ARC Advisory Group, les grandes lignes de la stratégie du constructeur automobile en la matière : " au niveau des usines, notre objectif est de faire du browser la seule interface utilisateur pour accéder à toutes les applications de production ", explique-t-il. Cette approche n'est pas sans conséquences. Elle conduit d'ores et déjà GM à " privilégier le choix d'applications avec une interface Web native. " Plus largement, la "webisation" des usines amène GM à " promouvoir l'adoption de ces standards auprès des fabricants de robots et de systèmes d'automatisation, en remplacement des solutions propriétaires. "

La réactivité au marché devient essentielle

La demande commence à se manifester. L'offre n'est pas en reste. Bien au contraire. Partout fleurissent des progiciels basés sur les technologies Web pour fournir de nouveaux services de type "collaboratif" au niveau de la production.

Les fabricants de machines outils "webisent" leurs produits. Surtout, les grands de l'automatisation s'y sont lancés à pleine vitesse depuis un an ou deux. Ils commencent à présenter une offre cohérente. Elle remet d'ailleurs profondément en cause les architectures traditionnelles d'automatisation. Bref, après deux bonnes décennies consacrées à l'automatisation des ateliers, nous voilà en train d'entrer à grands pas dans l'ère la webisation des sites de production. Et il n'est pas nécessaire de se torturer les méninges plus que de raison pour comprendre pourquoi. Le mot clé est réactivité.

Faut-il rappeler le contexte industriel ? Des cycles de vie de produits toujours plus courts. Un développement des produits personnalisés et fabriqués à la demande. Ces deux tendances lourdes ont trouvé avec Internet - autrement dit l'e-business - le support qui leur manquait pour devenir réalité.

D'un côté avec l'intégration de la Supply chain. De l'autre avec celle des clients, via le CRM (gestion de la relation client). Comment imaginer dans ce contexte d'intégration que la fabrication reste isolée ? Qu'un immense fossé existe (malgré les MES (Manufacturing execution systems) entre les systèmes de production tels que la supervision d'atelier et ceux de gestion, comme l'ERP (progiciels de gestion intégrés) ? Que toutes les données (utiles) concernant la production ne soient pas connues, diffusées et intégrées - en temps réel - au système d'information de l'entreprise ? C'est la condition sine qua non pour à la fois réagir extrêmement vite aux fluctuations de la demande et fournir - en temps réel également - aux partenaires industriels et aux clients des données pertinentes sur la disponibilité des produits.

Les standards d'Internet ont tout changé

D'aucuns se souviendront qu'il y a une vingtaine d'années ce discours sur la nécessité d'un système d'information intégré avait fait florès : cela s'appelait le CIM : Computer Integrated Manufacturing. Cette belle idée a fait long feu.

Outre la lourdeur des développements logiciels qu'il engendrait, le CIM souffrait d'un handicap majeur. À l'époque chaque constructeur informatique possédait ses propres standards ce qui rendait extrêmement problématique la communication entre équipements et applications.

La situation n'est plus la même. Tout est désormais informatisé. Il existe une multitude de progiciels pour toutes les applications. Surtout, Internet a tout changé. Il y a désormais des standards. Et les standards Internet permettent d'accéder depuis n'importe quel browser à toute information. Où qu'elle soit géographiquement. Quels que soient l'application ou l'appareil qui l'héberge. Qu'elle réside sur un serveur, un PC, un automate programmable, voire sur une vanne. Il suffit que l'appareil ou en question soit "wébisée".

Cette transparence technologique rend désormais possibles le recueil et la diffusion systématique des données de production. Autrement dit, la mise en place d'un système d'information qui vient se superposer au système d'automatisation. Elle ne doit cependant pas faire oublier la complexité de fond du problème : pour que tout cela fonctionne il faut commencer par savoir quelles données fournir, à qui, quand et pourquoi. Pas si simple...

Cette intégration de type CIM est un élément majeur de la webisation des usines, il n'est pas le seul. En fait cette mise aux normes du Web de l'univers de la production se fait, parallèlement, à d'autres niveaux. S'ouvrent ainsi de nouveaux services, de nouvelles applications, voire de nouveaux modes de travail. On peut les regrouper sous la bannière du "collaborative manufacturing". L'article de la page suivante a justement pour objet de faire le point sur les différents outils et services qui se proposent de mettre vos usines à l'heure du Web.

Qui dit technologie Web dit :
- Serveurs HTML
et, bientôt, XML (le successeur d'HTML), pour la présentation des données.
- Ethernet (c'est-à-dire un réseau basé sur le protocole IP) pour le transfert des informations et comme support d'un Intranet.
- Browser, comme interface utilisateur.
- Postes clients légers, en complément des PC, pour accéder de façon simple aux informations.
Voilà pour le noyau technologique. C'est bien. C'est clair. C'est standard.

Sur quelle plate-forme informatique s'appuieront ces outils ?
Cela est en revanche, beaucoup moins clair. Il y a deux camps en concurrence, les inévitables frères ennemis Sun et Microsoft
.
- Le langage Java
, conçu par Sun, et tout ce qui tourne autour de lui, domine aujourd'hui largement. Java permet d'implémenter les technologies objets, la Java Virtual Machine de se greffer sur les exécutifs temps réel, et Jini, compagnon de Java, de distribuer les applications Java.
- Le challenger, Microsoft, fait aujourd'hui un effort très significatif pour occuper tout l'espace dans l'environnement de la fabrication. Sa technologie OPC (Ole for Process Control) s'est déjà imposée comme sur couche "objet" pour fédérer les automatismes. Après avoir promu DNA for manufacturing, Microsoft pousse très fort sa plate-forme .NET (dot-net) for manufacturing. Elle offre notamment l'outil de développement Visual Studio.NET et un nouveau langage de programmation, C# (prononcer C dièse), concurrent direct de Java. En plus de tout l'arsenal Windows, de Windows 2000 à Windows CE, naturellement.

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