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Drones civils professionnels : un marché français qui peine à décoller

Drones civils professionnels : un marché français qui peine à décoller

Air Marine exploite une flotte de drones avec laquelle il a été choisi pour surveiller les panneaux solaires d'Akuo Energy

Alcimed, société de conseil en innovation et développement de nouveaux marchés, nous livre la synthèse d'une analyse réalisée pour le compte du Centre national d’études spatiales (Cnes) sur l’usage des drones en France pour des utilisations civiles en observation de la Terre. Le marché des drones civils professionnels en France a été évalué en 2015 entre 40 et 50 millions d'euros, soit deux fois moins que les prévisions établies l’année précédente. Le foisonnement observé ces dernières années se trouve aujourd’hui limité par des contraintes règlementaires, technologiques et structurelles. Le marché voit pourtant déjà émerger des applications abouties.

Deux secteurs phares exploitent aujourd’hui commercialement des images issues de drones en France, en complémentarité des mesures terrain et/ou des images satellites:

- les mines et carrières : les géomètres se sont emparés de cette technologie, pour gagner en efficacité et en sécurité par rapport aux mesures terrain (réalisation de cartes de topographies, mesures des stocks, des volumes de matière exploitables, des hauteurs de front de taille ou des largeurs de marche).

- l’agriculture de précision avec des applications comme du conseil en apport en azote pour les grandes cultures ou la réalisation de cartes de vigueur, du comptage de plants et de la mesure 3D de la végétation dans le domaine viticole. Ce rôle historiquement rempli par le satellite est aujourd’hui complété par le drone, qui permet de couvrir les «zones d’ombre» du satellite d’un point de vue spatial ou temporel. A ce titre, le service Farmstar, développé par Airbus Defence & Space, utilise le drone afin de compléter ses images satellites qui couvrent déjà 99 % des demandes.

L’ouverture de la réglementation en 2012 en France a permis de faire décoller le marché des drones civils (cf. Communiqué de Presse Alcimed du 18/11/2015).

Reconnu pour la haute résolution des clichés obtenus (centimétriques), sa réactivité et son adaptabilité, le drone a permis de générer de nombreuses expérimentations créant un réel foisonnement d’applications potentielles : le marché global du drone professionnel en 2014 s’établit autour de 30 millions d'euros, représentant 30 % du marché global (le reste étant consacré aux loisirs).

Depuis 2015, on observe un ralentissement de la dynamique du marché du drone, lié à un besoin de maturation et de développement des applications expérimentales afin de pouvoir les commercialiser. Aujourd’hui, certaines applications sont déjà matures comme celles en agriculture de précision, mines et carrières. D’autres usages à fort potentiel sont à l’étude, notamment dans les domaines de la gestion de crise et de la surveillance linéaire, encore limitées par certaines contraintes.

Des limitations règlementaires, technologiques et structurelles viennent appuyer cette tendance, et mettent à mal certains acteurs de la filière.

Le marché rencontre aujourd’hui certaines limites d’ordre : réglementaire (limitation d’altitude et donc de surface couverte, déclaration des vols requise 24 heures avant l’exécution du vol, nécessité d’un télépilote qualifié pour les vols hors vue automatiques) ; technologique (manque d’autonomie, manque de fiabilité et de robustesse) ; et structurel (acteurs de petite taille, faible maillage d’opérateurs pour couvrir des projets d’envergure nationale).

On observe un ralentissement des investissements et la mise en difficulté économique de certains acteurs, dus à ces limites, mais aussi à une communication disproportionnée.

« Les acteurs du secteur ont communiqué massivement, notamment sur les réseaux sociaux, sur l’ensemble des opérations menées, et ont pu donner l’impression que le marché était en train d’exploser. Cependant, ces entreprises se rendent compte aujourd’hui que les perspectives de marché n’étaient pas celles escomptées et certaines doivent revoir leur positionnement ». précise Marjorie Lefort, responsable de mission chez Alcimed.

Cependant, les acteurs du marché s’impliquent pour identifier des solutions et lever ces verrous qui jusqu’à présent ne permettent pas d’exploiter le service de manière optimale (gain d’autonomie principalement).

Les acteurs positionnés sur ce marché sont en cours de structuration, et l’essentiel de la valeur ajoutée réside dans le traitement de la donnée. Quelques acteurs français ont désormais une réelle influence sur le développement de la filière.

Il existe aujourd’hui une chaîne de la valeur à 5 maillons : les constructeurs ; les utilisateurs ; les opérateurs ; les acteurs du traitement de la donnée (aujourd’hui essentiellement des constructeurs et opérateurs);  et les prescripteurs qui appuient la structuration de la filière et facilitent la mise en réseau des acteurs (Fédération professionnelle du drone civil, Conseil pour les drones civils). L’essentiel de la chaîne (hormis les utilisateurs) rassemble un très grand nombre de PME avec près de 2 000 structures opératrices en France qui tendent à se spécialiser sur des applications particulières. Citons Airinov, reconnu en agriculture de précision, ou encore Airmarine dans le domaine de la surveillance linéaire.

Les acteurs de cette chaîne cherchent à se positionner au mieux pour délivrer des produits à valeur ajoutée à partir du traitement de la donnée. « Les constructeurs et les opérateurs tendent à intégrer le traitement de données dans leurs offres et souhaitent désormais proposer des services opérationnels pour les utilisateurs finaux », précise Marjorie Lefort. Quelques constructeurs et opérateurs français se démarquent tels que Delair-Tech, Airinov, DeltaDrones, Redbird, Air Marine ou L’Avion Jaune.

Les utilisateurs sont quant à eux très divers, mais les plus influents sont les grands gestionnaires de réseaux, SNCF, EDF ou GRT. Ces acteurs pèsent sur l’aspect règlementaire, qui ne permet pas aujourd’hui le développement d’une application de surveillance linéaire à l’aide du drone. « A titre d’exemple, Engie a investi 2 millions d’euros dans l’opérateur Redbird et RTE vient de lancer un appel d’offre pour le développement de plusieurs systèmes de drones », commente Marjorie Lefort.

Pour le Cnes, « la véritable opportunité pour les acteurs impliqués dans le domaine de l’observation de la Terre résidera dans leur aptitude à développer des services à partir d’une donnée multi-source (drones, satellites, avions, mesures in-situ, …) et à intégrer le traitement de données, étape à forte valeur ajoutée. Certains acteurs historiques clés du satellite tels Airbus Defence & Space, ou encore Telespazio avancent dans cette voie », souligne Delphine Fontannaz, du service analyse et produits image au Cnes.

Alcimed

 

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