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DOUZE PROPOSITIONS POUR LA R&D

- À l'heure où les chercheurs français s'insurgent contre le manque d'ambition des pouvoirs publics et les restrictions budgétaires, Alain Costes, ancien directeur de la technologie, dénonce les blocages endémiques qui pénalisent la recherche nationale et propose douze mesures pour la relancer.

En mars 2000, à Lisbonne, le Conseil européen a décidé de faire en sorte que l'Europe dispose en 2010 de « l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique qui soit ». En mars 2002, à Barcelone, il a prévu d'accroître le niveau moyen d'investissement de la recherche afin de passer de 1,9 % du PIB actuellement, à 3 % en 2010, dont les deux tiers en provenance du secteur privé. Plus récemment encore, pour compléter et renforcer ces deux décisions, la Commission européenne a précisé le rôle des universités dans l'Europe de la connaissance. Cette stratégie pose à la France un énorme défi tout en lui offrant une formidable chance de se positionner au coeur de l'Espace européen. Mais les Français doivent réagir très vite.

Pour atteindre cet objectif ambitieux, il est indispensable de mener sur le long terme une politique claire, réaliste, coordonnée et partagée par tous les acteurs concernés, qu'ils soient publics ou privés. Il faut entre autres, mieux assurer les liens et la cohérence des décisions entre les quatre composantes du quaternion "Formation-Science-Technologie-Innovation", composantes traitées aujourd'hui de manière trop dispersée par des décideurs trop nombreux.

Les contacts nombreux que j'ai entretenus ces dernières années avec les différents acteurs concernés me conduisent à affirmer que c'est avant tout d'un changement de culture et d'état d'esprit dont la France a en réalité besoin. C'est à ce prix qu'on pourra engager des actions efficaces basées sur la mutualisation, la coordination et l'intégration des efforts et des moyens, qu'ils soient humains ou financiers, dans le but de rendre plus visibles et plus attractifs les domaines d'excellence de notre pays aux niveaux européen et mondial.

De l'expérience que j'ai acquise ces quinze dernières années, en occupant successivement les fonctions de directeur du LAAS-CNRS, de président de l'INP de Toulouse et de directeur de la technologie au ministère de la Recherche, je propose douze mesures, en majorité structurelles, et à faible coût, qui me paraissent aller dans le sens de cette nouvelle voie d'action :

1 - RÉDUIRE le nombre d'organismes, aujourd'hui trop nombreux et parfois même dédiés à des thématiques identiques, afin de rendre plus lisible le dispositif de recherche publique de notre pays. Département STIC du CNRS et Inria par exemple, ou département des sciences du vivant du CNRS et Inserm.

2 - SUPPRIMER la dyarchie de gouvernance des organismes de recherche, encore trop présente, qui provoque par essence des conflits inutiles, et ce quelle que soit la qualité intrinsèque des responsables concernés.

3 - DIMINUER pour tout organisme et toute action d'envergure stratégique le nombre des tutelles ministérielles qui entraînent souvent des discussions stériles et des pertes de temps dans les décisions qui sont néfastes et contre-productrices.

4 - PROMOUVOIR le fait que la science n'est pas la somme de deux parties, l'une fondamentale, l'autre appliquée, mais qu'elle constitue un continuum ou l'avancée des connaissances et l'émergence de nouvelles technologies se nourrissent mutuellement.

5 - SOUTENIR la recherche de base sur le long terme afin que la France soit autonome pour l'avancée des connaissances de base, ce qui la rendra plus réactive en matière de progrès industriel, plus forte dans son influence au niveau mondial et plus entreprenante dans l'amélioration du mode de vie de ses habitants.

6 - STIMULER et renforcer fortement la recherche de base inspirée par l'usage, conduite dans le cadre de projets clairement identifiés faisant intervenir des équipes mixtes publiques-privées.

Lors de la consultation nationale menée dans le cadre de la préparation du plan innovation, les réseaux de recherche et d'innovation technologique, qui sont un remarquable exemple de ce type d'activités, ont été plébiscités par l'ensemble des acteurs concernés, académiques ou industriels. Il en est de même des laboratoires communs de recherche qui réunissent, sur un même site géographique, chercheurs publics et privés autour d'une thématique retenue conjointement sur les moyens et longs termes.

7 - FAVORISER l'accroissement des activités de recherche et de développement dans les entreprises avec un effort tout particulier en direction des PME-PMI, activités indispensables à la capacité d'inno-vation de la France et à son exploitation au niveau mondial.

8 - RENFORCER les capacités technologiques du pays sur un nombre restreint de priorités et sur un nombre limité de sites, afin d'atteindre une masse critique suffisante visible au niveau européen. Cette mesure reprend en grande partie le concept défendu par le commissaire européen Philippe Busquin de plate-forme technologique européenne, à savoir : « Une forte mobilisation des acteurs - chercheurs, industriels, financiers, organismes publics et privés - qui partagent une vision européenne à long terme dans un secteur à fort impact ou dans une technologie dominante. »

9 - MODIFIER la méthodologie de contractualisation de l'État avec les établissements universitaires, qui entraîne actuellement sur un même site plus de concurrence que de complémentarités, la contractualisation s'effectuant établissement par établissement. Je propose que la première étape soit une étape de contractualisation de site, en étroite coopération avec les collectivités territoriales concernées, permettant de définir les pôles d'excellence et les priorités qui sont alors déclinés, dans une deuxième phase, établissement par établissement.

10 - MUTUALISER sur un site un certain nombre de fonctions qui nécessitent des investissements qu'aucun établissement ne peut mettre en place seul. Je pense en particulier aux fonctions liées à l'innovation et au programme-cadre européen qui nécessitent de véritables professionnels de la propriété intellectuelle et de la gestion administrative et financière, dont le manque actuel, ajouté aux règles de la comptabilité publique, freine la coordination de projets européens par des chercheurs français.

11 - PRENDRE en compte des critères et des indicateurs liés à l'innovation - création d'entreprises, brevets, licences, laboratoires communs... - dans l'ensemble des établissements liés à la formation et à la recherche pour leur évaluation et l'affectation des moyens.

12 - ASSURER une meilleure fluidité entre le monde de l'éducation et de la recherche et le monde socio-économique : actions de formation à l'entrepreunariat dans les établissements de formation, insertion des jeunes dans le milieu de l'entreprise, échange de personnels, activités croisées de conseil...

Ces douze mesures se complètent et ont toutes pour objectif de mieux lier les quatre composantes que sont la formation, la science, la technologie et l'innovation afin de permettre à la France d'être un élément moteur aux niveaux européen et mondial dans ces domaines avec l'objectif de créer de nouvelles richesses et de nouveaux emplois à partir des savoirs. Ces savoirs, dont on peut être fier, sont issus des travaux des personnels des organismes et établissements concernés ; c'est donc avec eux qu'il faut évoluer vers cette nouvelle dynamique afin qu'ils s'en emparent, se l'approprient et la rendent de ce fait toujours plus efficace.

Pour la mise en oeuvre rapide de ces mesures et d'autres allant dans la même voie, le Gouvernement doit donner l'exemple en créant un ministère de l'Enseignement supérieur, de la science, de la technologie et de l'innovation regroupant l'ensemble des compétences aujourd'hui dispersées dans de nombreux départements ministériels. Une dispersion qui nuit grandement à la lisibilité et à l'efficacité du dispositif gouvernemental à l'intérieur de l'Hexagone dans l'économie de la connaissance.

« FORMATION, SCIENCE, TECHNOLOGIE ET INNOVATION SONT INDISSOCIABLES. »

BIBLIOGRAPHIELes ouvrages à consulter sur le sujet

- Science et technologie indicateurs -édition 2002 Rapport de l'Observatoire des sciences et des techniques (OST) Éditions Economica La prochaine édition paraîtra en avril 2004 - Le rôle des universités dans l'Europe de la connaissance COM (2003) 58 final-Février 2003 Commission des communautés européennes - Governance of Public Research : country case studies OCDE-Septembre 2003 - Science, technologie et industrie Tableau de bord de l'OCDE 2003 Édtions OCDE Octobre 2003 - La recherche contractuelle- Etat des lieux : des acteurs nombreux et volontaires Alain COSTES Revue des Arts et Métiers n°267 - septembre 2003

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