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[Dossier CO2] L'industrie lourde met le cap sur la décarbonation

[Dossier CO2] L'industrie lourde met le cap sur la décarbonation

Dans la cimenterie de CBR à Lixhe, en Belgique, le projet européen Leilac doit valider une technologie pour capter 95% du CO2 émis lors de la fabrication du ciment

Confrontés à des contraintes réglementaires, une pression sociétale et des difficultés de recrutement, les industriels gros émetteurs de CO2 ont élaboré des feuilles de route pour réduire leurs émissions.

Moins 30 % d’émissions de CO2 d’ici à 2030. En décembre 2019, ArcelorMittal s’est fixé un objectif ambitieux pour ses activités en Europe, en adéquation avec sa volonté d’atteindre une neutralité carbone en 2050. Quelques mois plus tôt, en juillet 2019, le sidérurgiste et ingénieriste allemand ThyssenKrupp affichait, lui aussi, le même cap. En novembre 2018, Air liquide prenait la décision de réduire de 30 % son intensité carbone d’ici à 2025 par rapport à 2015. Depuis Solvay en 2015, qui souhaitait diminuer de 40 % son intensité carbone en dix ans, les annonces se succèdent et se ressemblent. Tout particulièrement celles de l’industrie lourde, dont trois filières concentrent les deux tiers des émissions de l’industrie en France. Sur les 72,3 millions de tonnes de CO2 (Mt CO2) émis en 2017 par l’industrie manufacturière (18 % des émissions de la France), selon les chiffres du Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa), 18,2 Mt CO2 sont issus de la chimie, 17,2 Mt CO2 de la fabrication des minéraux non métalliques et des matériaux de construction (ciment, verre, plâtre…) et 15,8 Mt CO2 de la métallurgie des métaux ferreux (sidérurgie, fonderie…).

Au-delà des objectifs inscrits sur les feuilles de route, l’industrie lourde semble enfin passer à l’action. Associé chez Enea Consulting depuis neuf ans, Laurent Blaisonneau en témoigne. Son cabinet de conseil, qui accompagne les industriels dans leur transition énergétique, notamment certains cimentiers, est de plus en plus sollicité sur la réduction des émissions de CO2. « Le sujet a pris beaucoup d’importance et nous vaut un appel toutes les deux semaines depuis trois ou quatre ans. Ce n’était pas le cas avant. » Autre marqueur fort du changement, selon lui : l’intérêt des acteurs financiers. « Depuis deux ou trois ans, nous comptons énormément de fonds d’investissement et de banques parmi nos clients. Ils sont passés du « greenwashing » à l’investissement concret dans la transition énergétique. Or ce sont eux qui financent et ils ont donc une force de frappe et un effet de levier importants. » D’autant que l’argent ne manque pas et que les acteurs financiers sont plutôt à la recherche de projets, constate Laurent Blaisonneau. Notamment des projets avec un impact fort et qui tiennent la route. « Ils sentent qu’il y a une pression de plus en plus grande pour savoir où est alloué l’argent. »

Pour l’industrie lourde, le constat est désormais clair et partagé par tous. « Nous n’avons pas le choix, sinon nous sommes morts, assure Francis Copin, le directeur du pôle process industriels de l’Association technique de l’industrie des liants hydrauliques (Atilh), qui représente l’industrie cimentière et ses 10 Mt CO2 émis en 2018. C’est notre devoir de réduire nos émissions, sinon de nouveaux matériaux faiblement carbonés ou zéro carbone apparaîtront et prendront le pas. » Du côté du président de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), le discours est tout aussi tranché. « Nous ne sommes pas sourds et aveugles. Le monde évolue et la pression sociétale commence à être entendue et prise en compte par les pouvoirs publics […]. Si nous n’anticipons pas, nous nous retrouverons un jour ou l’autre en décalage avec la société », déclare Philippe Darmayan, également président d’ArcelorMittal France [lire l’entretien page 26]. Des mots forts, qui n’étaient guère prononcés il y a encore quelques années. La montée en puissance des réglementations environnementales explique en grande partie cette prise de conscience de l’industrie lourde.

Des règles plus contraignantes

En France, le plan climat annoncé en 2017, visant la neutralité carbone à l’horizon 2050 – ce qui signifie que toutes les émissions devront être compensées – marque une accélération par rapport à la loi de transition énergétique pour la croissance verte qui fixait, en 2015, l’objectif de diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050 par rapport à 1990, et de les diminuer de 40 % dès 2030.

En Europe, la question du climat est considérée comme une priorité. « La nouvelle Commission européenne a fait des annonces fortes, surtout sur l’ambition de long terme », estime Charlotte Vailles, chef de projet industrie, énergie et climat au sein de l’Institute for climate economics (I4CE). « Avec une prise de conscience sociétale, un prix du carbone qui croît et des volontés politiques affichées, l’Europe est en avance sur le sujet, ajoute Laurent Blaisonneau. Ailleurs, par exemple en Australie ou à Hongkong, nos équipes constatent un intérêt moindre. J’estime toutefois que cela ne va pas assez vite, mais cela va dans le bon sens et rend les choses concrètes et opérationnelles. »

 

La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, qui a pris[…]

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