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Dompter le climat : trois questions à Olivier Boucher, chercheur en météorologie

Dompter le climat : trois questions à Olivier Boucher, chercheur en météorologie

Olivier Boucher

Pour lutter contre le réchauffement climatique, des projets audacieux de géo-ingénierie proposent de corriger le climat à l’échelle globale de la planète. Dans cette série d'été, Industrie & Technologies vous propose de découvrir quelques-unes de ces technologies qui vont des plus fantasques au plus réalistes.

Aujourd'hui, trois questions à Olivier Boucher, directeur de recherche au CNRS et chercheur au Laboratoire de météorologie dynamique (LMD-IPSL, CNRS/UPMC/ENS/Ecole Polytechnique).

Industrie & Technologies : Pour quels types de techniques parle-t-on de géo-ingénierie ?

Olivier Boucher : Deux catégories de techniques entrent dans le champ de la géo-ingénierie : celles de la captation de CO2 et de la gestion du rayonnement solaire. Elles n’ont pas grand-chose à voir, si ce n’est le but de modifier le climat à grande échelle. Elles sont à différencier des pratiques d’atténuation, qui visent à limiter les émissions, ou de celles ayant seulement un impact local. Certaines techniques de captation de CO2 sont sous une forme contenue, tandis que d’autres sont des techniques plus agressives, susceptibles de déranger le voisin quand elles sont utilisées à un endroit. Si l’on s’amuse par exemple à modifier la composition chimique de l’océan, il y aura un impact sur les autres cycles. Les techniques de géo-ingénierie sont aussi à différencier des solutions d’adaptation locales : par exemple l’augmentation de la taille des digues, ou la constitution de stocks d’eau destinés à faire baisser de 1 à 2 °C la température localement.

I&T : Quelles sont les maturités respectives de ces technologies ?

O.B. : Plusieurs concepts de gestion du rayonnement solaire existent. On peut oublier l’idée d’envoyer des miroirs dans l’espace, bien trop futuriste. L’autre idée est d’injecter des particules dans l’atmosphère ou la stratosphère. Ces techniques n’existent pas aujourd’hui mais seraient dans le domaine du faisable, même si elles ne sont pas forcément souhaitables. Elles sont étudiées pour l’instant par simulation numérique.

Quant à la captation du CO2, les auteurs des scénarios basés sur un réchauffement inférieur à 2°C introduisent ces techniques à partir de 2050. Ils le font en proposant de planter des végétaux qui captent le CO2. Ces végétaux seraient ensuite brûlés pour d’une part en récupérer l’énergie et d’autre part récupérer le CO2, que l’on enfouit.  Il y a enfin toutes les techniques de captation directe du CO2, par réaction chimique avec des bases ou par voie physique, avec des membranes. Il existe des prototypes de ces systèmes en Amérique du Nord, ou en Suisse, mais pas de démonstration claire à ce jour. Les coûts estimés sont de l’ordre de 150 à 200 dollars la tonne de CO2 ! Aussi faut-il voir ces techniques comme un complément, quand on aura décarbonné tout ce qui peut l’être. Du point de vue thermodynamique, il faudrait l’équivalent de 10 à 20 ans de toute l’énergie primaire utilisée pendant un an pour réduire la concentration de 50 ppm. Autrement dit, il faudrait doubler pendant 20 ans notre production d’énergie !

I&T : Des solutions sont-elles déjà sur le marché ?

O.B. : Des start-up développent des technologies de captation du CO2 pour le vendre, en particulier aux pétroliers qui l’utilisent pour la récupération avancée de pétrole ou de gaz au fond des puits. Dans l’Arctique par exemple, cela pourrait coûter moins cher de capter le CO2 sur place que de l’emmener de très loin. Les serres agricoles aussi utilisent du CO2, tandis que nombreux sont ceux qui réflechissent à faire du fioul liquide à partir du CO2 de l’air. D’autres réfléchissent aussi à coupler ces systèmes à des usines de désalinisation, qui fabriquent déjà des bases [NaOH, NDLR] qu’il suffirait d’utiliser directement pour capturer le CO2.

I&T : Que penser de l’opportunité de continuer les recherches sur ces techniques ?

O.B. : Il faut d’abord considérer que l’on ne peut remplacer l’atténuation. La priorité est de réduire les émissions et on a encore le temps avant de dire si on déploie ou non des telles solutions. Ma conviction personnelle est que l’on doit faire des recherches pour en savoir plus. Selon les conséquences du réchauffement climatique, les générations suivantes décideront si c’est quelque chose que l’on pourra faire. Moi, aujourd’hui, je n’ai pas la réponse. Mais ces recherches ne se font pas en un jour. Ce qui m’inquiète est qu’en matière de captation du CO2, il n’y ait rien de développé en France. Les Etats-Unis commencent à avoir des technologies, et un jour, ils pourront nous donner des leçons car ils auront les technologies pour diminuer encore davantage les émissions. Ce n’est pas la solution miracle, mais on pourrait un jour en avoir besoin. Il restera des applications, comme l’aviation, que l’on n'arrivera pas à totalement dépolluer, et ces solutions pourront permettre d’équilibrer ces dernières émissions. Enfin, il faudrait ajouter que des rumeurs circulent sur l’intérêt important que des milliardaires portent à ces technologies. En vérité, cela reste une activité mineure, pour laquelle les investissements sont faibles.

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