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Directive vibrations, comment s'y préparer

Youssef Belgnaoui

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- La Commission européenne renforce la protection des travailleurs. Elle impose aux entreprises de les protéger contre les risques provoqués par les vibrations.

Dans l'imaginaire collectif, le maniement du brise-béton symbolise les sollicitations vibratoires les plus insupportables. Mais bien d'autres machines, telles que les ponceuses vibrant à des fréquences plus élevées, soumettent les opérateurs à des vibrations délétères.

« Ce n'est pas parce que l'on ne voit pas le mouvement que l'opérateur ne risque rien », prévient Jean-Pierre Galmiche, de l'Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS). Une exposition régulière aux vibrations de machines ou d'engins peut entraîner, à long terme, des troubles chroniques, entre autres vasculaires, musculo-squelettiques et neurologiques. Selon les individus et le matériel utilisé, les premiers troubles peuvent apparaître de plusieurs mois à plusieurs années après le début de l'exposition.

On estime qu'en France 1,5 million de travailleurs, répartis dans de nombreuses professions, subissent régulièrement des vibrations.

« Entre 1,7 et 3,6 % des travailleurs européens sont exposés à des vibrations transmises à la main pouvant avoir des effets nocifs sur la santé, rapporte Theoni Koukoulaki, chargée de recherches au Bureau technique syndical européen pour la santé et la sécurité. Les enquêtes européennes sur les conditions de travail confirment que l'exposition aux vibrations est très fréquente en Europe. D'autres études mentionnent que les maladies causées par les vibrations mécaniques figurent parmi les dix maladies les plus fréquentes dans l'Union européenne.

Transmises au bras ou à tout le corps

La Commission européenne a donc décidé d'élaborer un texte sur la protection des travailleurs contre les vibrations. Les dispositions de la directive "vibrations", adoptée le 25 juin 2002, entreront en vigueur le 6 juillet 2005. Les effets des vibrations dépendent de leur niveau d'accélération exprimé en mètre par seconde carrée, de leur fréquence exprimée en hertz, de la durée d'exposition et de la partie du corps qui reçoit leur énergie.

La réglementation distingue les vibrations transmises au système main-bras de celles transmises au corps. De nombreuses machines portatives ou guidées à la main (scie à chaîne, brise-béton, meuleuse, perforateur, décapeur, tondeuse, cloueuse, plaques vibrantes...) provoquent des vibrations.

« Par contact, ces vibrations sont répercutées dans la main et le bras de l'opérateur. Dans certains cas, elles sont transmises par le biais de la pièce travaillée, lorsque celle-ci est tenue à la main », précise Jean-Pierre Galmiche.

Les vibrations sont transmises au corps d'un travailleur lorsque celui-ci est assis ou debout sur un plancher ou un siège vibrant. La conduite d'engins de chantier, de tracteurs agricoles, de chariots de manutention, de camions ou de grues les soumet à un tel rique. Outre les patho-logies qu'elles peuvent déclencher, les vibrations peuvent gêner l'exécution d'une tâche. « La gêne fonctionnelle qu'elles engendrent constitue un facteur de risque supplémentaire d'accident pour l'emploi d'une machine qui requiert une grande dextérité », observe Jean-Pierre Galmiche.

Pour prévenir ces risques, la directive a donc fixé des valeurs d'exposition journalière limites des opérateurs. La valeur limite d'exposition quotidienne, sur une période de huit heures, déclenchant l'action de prévention est fixée à 2,5 m/s2 pour le système main-bras et à 0,5 m/s2 pour l'ensemble du corps. Lorsque cette valeur est dépassée, la directive impose alors aux employeurs d'évaluer et de contrôler le risque sur la santé de salariés. Ils doivent par ailleurs éliminer ou réduire, quand c'est possible, les vibrations par la mise en place de moyens de protection, sensibiliser les salariés aux risques induits par les vibrations mécaniques et prévoir une surveillance médicale renforcée. Les valeurs limites d'exposition journalière sur une période de huit heures ont été fixées à 5 m/s2 pour le système main-bras et 1,15 m/s2 pour l'ensemble du corps. Ces valeurs sont considérées comme des plafonds au-delà desquels des mesures de prévention pour la santé des travailleurs devront être appliquées.

Que représente de tels niveaux de vibrations ? Dans une voiture circulant sur une autoroute, le corps subit des vibrations de l'ordre de 0,3 m/s2, celles-ci atteignent 0,6 m/s2 sur une route départementale en mauvais état. Il est fréquent que l'accélération équivalente mesurée au poste de conduite des engins tout-terrain excède 1 m/s2. Une tondeuse à gazon conduite à pied peut transmettre au système main-bras des vibrations de 4 à 12 m/s2. Il s'agit là de valeurs typiques, obtenues dans les conditions de mesure exigées par la norme correspondante.

Soumis à une obligation d'informer

La directive "machine" (98/37/CE) impose aux fabricants de machines mobiles et de machines guidées à la main de mentionner sur les notices d'instructions les valeurs de vibrations transmises si la valeur moyenne quadratique pondérée de l'accélération en fréquence est supérieure à 0,5 m/s2 pour le corps (2,5 m/s2 pour les membres supérieurs) ou d'indiquer si cette valeur est inférieure à 0,5 m/s2 (2,5 m/s2 pour les membres supérieurs).

« Mais attention, prévient Bernard Corlay, du Cetim, les constructeurs sont simplement tenus de fournir ces indications, mais en aucun cas astreint à l'obligation de veiller à ce que leurs machines ne dépassent pas certaines limites. Ils doivent simplement faire en sorte que les vibrations soient réduites au niveau le plus bas, compte tenu du progrès technique et de la disponibilité de moyens pour les réduire. »

Dans la pratique, les émissions de vibrations déclarées par les fabricants ne suffisent pas à délimiter les niveaux auxquels sont exposés les travailleurs. Ces valeurs sont susceptibles de sous-estimer les expositions réelles compte tenu que les conditions de fonctionnement normalisées pour le mesurage ne correspondent pas toujours aux conditions réelles d'utilisation de la machine. D'autres aspects, liés notamment à l'entretien de l'équipement, au matériau travaillé et à la surface sur laquelle il est employé, risquent également d'aggraver l'exposition.

« Les valeurs de l'accélération des vibrations à bord des véhicules sont très dépendantes de la qualité des surfaces empruntées et de la vitesse, précise Jean-Pierre Galmiche de l'INRS. Un obstacle de 10 mm d'épaisseur sera généralement négligeable pour un tracteur agricole alors qu'il provoquera un choc important pour un chariot de manutention équipé de roues d'un diamètre inférieure montées sur des pneus pleins. Le type de pneus et leur gonflage affectent les amplitudes vibratoires ».

L'évaluation nécessaire des doses vibratoires

Si la valeur de déclaration normalisée des niveaux vibratoires n'est pas représentative d'une activité réelle, elle permet toutefois à l'utilisateur la comparaison et le choix entre plusieurs matériels. Ne sont comparables que les niveaux émis par des machines de mêmes familles et de mêmes caractéristiques dans des conditions de mesure strictement identiques en laboratoire.

« Dans une activité réelle, il est nécessaire d'évaluer la dose vibratoire reçue par l'opérateur au cours d'une journée de travail, note Philippe Thoquenne, du Cetim. Les vibrations doivent être mesurées sur une durée suffisante représentative de l'exposition journalière réelle de l'individu. » Il faut intégrer les temps de travail avec la machine et ceux correspondants aux autres activités.

Et si une personne travaille sur un outil vibrant pendant une journée puis plus du tout avant de le réutiliser une demi-journée, trois jours plus tard ? « La réglementation ne prévoit pas de moyenne d'exposition. Il faut prendre en compte la journée de travail la plus pénalisante », assure Paul Louit, conseiller scientifique au ministère de l'Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale.

LA DIRECTIVE

- La directive "vibrations" a été adoptée le 25 juin 2002 sous la référence 2002/44/CE. Elle vise à protéger les travailleurs des risques liés à l'exposition aux vibrations. - Ses dispositions entrent en vigueur le 6 juillet 2005. Toutefois, une période transitoire de cinq ans est prévue lorsque les équipements de travail, qui ont été mis en service avant le 6 juillet 2007, ne permettent pas de respecter les valeurs limites d'exposition aux vibrations.

PROTECTION DES MEMBRES SUPÉRIEURS

- Réduire les doses vibratoires qui sont fonction de l'amplitude de la vibration et de la durée d'exposition. Il faut donc agir simultanément sur ces deux paramètres. - Améliorer la posture des opérateurs lors de leur utilisation de la machine. - Minimiser le couplage entre la machine et l'opérateur pour réduire la sévérité des effets des vibrations. Plus les forces sont importantes, plus la transmission des vibrations aux membres est forte. - Éviter le refroidissement des mains et du corps des opérateurs. Le froid est en effet le déclencheur des crises du syndrome de Raynaud (maladie des "doigts blancs" ou des "doigts morts"). - Sensibiliser les opérateurs aux risques pour leur santé et à l'importance des moyens de prévention.

MÉFIEZ-VOUS DES GANTS

- L'utilisation de gants antivibratiles intégrant des matériaux résilients contribue à la protection des vibrations de façon très limitée. « Ce n'est pas la panacée. Nous n'en recommandons pas l'emploi. Leur protection est insuffisante. S'ils tiennent les mains au chaud, ce n'est déjà pas si mal ! » observe Jean-Pierre Galmiche de l'INRS.

ATTENTION AUX SIÈGES !

Le siège d'un véhicule est un élément important pour protéger le conducteur des vibrations. « Mais attention, prévient Jean-Pierre Galmiche de l'INRS, il faut qu'il soit parfaitement adapté au type d'engin et doté d'un système de suspension adéquat. » - Il doit être réglable afin d'optimiser la posture des opérateurs. - Il faut inciter les conducteurs à ajuster leur siège à leur taille et à leur poids. - Il ne faut pas hésiter à informer les conducteurs sur l'importance du siège et à les former à son réglage. - Il faut, bien entendu, l'entretenir, veiller à ce qu'il ne soit pas encombré et que sa suspension fonctionne.

PROTECTION DE L'ENSEMBLE DU CORPS

- Réduire les vibrations à la source en améliorant la qualité des surfaces de roulement et en choisissant l'engin adapté à la tâche et aux conditions des sols. - Adapter la vitesse d'utilisation aux irrégularités du sol. - Charger correctement les véhicules. - Diminuer la transmission des vibrations au conducteur en intercalant des dispositifs de suspension entre la source de vibrations et l'opérateur : pneus plus souples, suspension basse fréquence du châssis ou de la cabine, sièges suspendus adaptés aux caractéristiques dynamiques du véhicule. - Minimiser l'effet de transmission des vibrations en optimisant la posture des conducteurs.

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