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Des usines propres du sol au plafond

Mathilde Fontez

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Les autolaveuses, aspirateurs, balayeuses et autres nettoyeurs haute pression misent sur la fiabilité et l'efficacité pour répondre aux besoins des industriels.

La tendance est clairement à plus de propreté dans les usines. Pourquoi ? Raisons de sécurité, d'abord. Les sols gras engendrent des risques de chute pour le personnel, de dérapage pour les chariots élévateurs, les poussières génèrent des risques d'explosion. En deuxième position : l'environnement de travail. On travaille mieux et on se sent mieux dans une usine briquée. Enfin, troisième sur le podium : l'image de l'entreprise. « De plus en plus de clients visitent les entreprises pour s'assurer des bonnes pratiques de fabrication des produits. Le site de production doit donner une impression d'efficacité et de compétence », relate Jean-Pierre Lebrun, chef de produit chez Nilfisk. Il ajoute que le nettoyage influe sur la qualité des produits. Cette tâche n'est donc plus seulement à la volonté du directeur du site. Pour plus d'efficacité, de nombreuses grosses industries l'ont carrément standardisé. Des règles strictes ont été édictées, auxquelles doivent répondre tous les sites de production. L'usine du xxie siècle est donc briquée du sol au plafond... En commençant par le sol qui reste le gros du travail. Autolaveuses, aspirateurs, balayeuses. Le choix sera fait en fonction du site et le plus souvent suivant les conseils des fabricants. « Il faut prendre en compte la surface à nettoyer, la largeur des allées, le type de sol ou de salissure... », détaille Pierre-Yves Vinchet, chef de pro- duit chez Kärcher. Car ces machines de nettoyage sont loin d'être des produits simples. Si aucune grosse innovation n'a bouleversé le milieu récemment, les fabricants débordent d'ingéniosité pour faciliter la tâche de l'opérateur. Et c'est bien là le coeur du problème.

L'univers des sociétés de nettoyage

Le nettoyage est un domaine un peu à part dans l'industrie. Il est bien loin du corps de métier de l'industriel qui rencontrera donc des difficultés pour lui consacrer du temps et de l'argent.

Quand le process le permet, les entreprises font ainsi de plus en plus appel à des sociétés de nettoyage industriel. « La moitié d'entre elles sous-traitent actuellement le nettoyage de leur usine, et, pour les bureaux, la proportion atteint 80 % », calcule Didier Mériaux, président de Pharaon. Mais dans de nombreux secteurs, il reste cependant intimement lié au process. D'où une impossibilité pour certains industriels de sous-traiter complètement la tâche. Pour coller à ces besoins, les machines doivent donc être simples à utiliser et à entretenir, tout en battant des records de rendement. « En industrie, les surfaces et l'encrassement sont très importants. Il faut des machines robustes, à haut rendement », explique Jean-Pierre Lebrun. Le métier se recentre donc sur la simplicité et la robustesse, tend plus vers l'efficacité que vers l'innovation. « Le fonctionnement des machines est le même depuis 1905 ! Mais les performances n'ont plus rien à voir : les rendements sont décuplés, l'ergonomie est travaillée, la maintenance est facilitée », ajoute Didier Mériaux.

Simplicité d'utilisation et de conception

Concernant l'électronique, les fournisseurs notent même un retour en arrière. « Il y quelques années, c'était la panacée ! Mais, maintenant, la règle d'or, c'est la simplicité d'utilisation et de conception. On s'en tient à des fonctions simples, assure Didier Mériaux. Par exemple, il n'y a pas de robots de nettoyage dans l'industrie. »

Pour autant, le nettoyage n'est pas une affaire simple. La variété des environnements est phénoménale. « Les principales machines sont les balayeuses, les autolaveuses, les aspirateurs et, enfin, les nettoyeurs haute pression. Les trois premières sont destinées au sol, et le dernier s'attaquera également à la chaîne du process, à ses machines », liste Pierre-Yves Vinchet.

En matière d'aspiration industrielle, par exemple, il y a deux grands types d'applications : le nettoyage à proprement parler et l'aspiration intégrée au process. En pharmacie, notamment, les aspirateurs sont utilisés en continu pour la fabrication des comprimés. Acier inoxydable pour l'agroalimentaire et la pharmacie, filtration absolue qui garantit un rejet de particules à 0,3 µm pour les salles blanches... Les produits se déclinent presque jusqu'au sur-mesure. « Avec une base de quarante appareils, on propose trois cents versions différentes », détaille Philippe Offroy, chef de produit chez Nilfisk. Surtout, pour les fournisseurs de machines de nettoyage, la particularité des industriels reste le besoin en service. « Expertise avant l'achat, garanties, contrats de maintenance, mise à disposition du matériel... Pour tout cela, les industriels s'en remettent à nous », indique Jean-Pierre Lebrun. Les fournisseurs se métamorphosent donc en consultant, et offrent des prestations de plus en plus pointues.

Prise en compte des normes Atex

« L'industrie est particulièrement exigeante en termes de sécurité. Les produits doivent répondre aux normes », pointe Stéphanie Thibault, chef de produit chez Kärcher. Pour prévenir les risques d'explosion et s'adapter aux normes Atex, entre autres, de nombreux fournisseurs proposent donc des solutions ad hoc. Des aspirateurs à air comprimé pour des zones qui n'admettent aucun moteur électrique, ou équipés de moteurs blindés. Et même... des machines utilisables à distance. La société Pharaon, qui s'est spécialisée dans ce domaine, va jusqu'à proposer des diagnostics pour éviter aux petites entreprises le surdimensionnement de leurs zones Atex et, ensuite, préconiser le bon matériel de nettoyage. L'aspirateur peut en effet se faire haute sécurité, se dotant de contrôle de sous-pression et de sur-pression, de détecteurs d'explosion dans la cuve... Cela en particulier pour les industries chimiques ou pharmaceutiques qui utilisent des produits déflagrants comme l'ammonium.

Pour les nettoyages les plus pointus, il existe quelques solutions extrêmes. Le nettoyage cryogénique, d'abord. Il est destiné aux pièces particulièrement encrassées, très grasses, comme les moteurs. « Cette technique répond à certaines exigences spécifiques. Des cas où aucune autre méthode n'est probante, ou bien quand le nettoyage à haute pression est exclu parce que la machine ne supporterait pas l'eau ou les détergents », note Stéphanie Thibault. C'est le cas pour certaines machines indémontables, comme en fonderie, pour les robots de soudage, les moules à injection ou encore le nettoyage des armoires électriques sous tension. Ici, la cryogénie fait merveille. De la neige carbonique est propulsée à - 79 °C. Elle fait exploser la couche de salissure, puis se sublime. Les résidus de saletés retombent au sol. Cette technique est également utilisée dans les imprimeries, pour l'entretien des machines qui, autrement, nécessiteraient de grandes quantités de solvants.

La formation devient indispensable

Autre solution extrême : la cuve à ultrasons. Elle est également destinée au nettoyage de pièces très encrassées. Dans une cuve remplie de produit nettoyant dilué dans l'eau, des ultrasons sont générés. Ils font vibrer la pièce, ce qui facilite le décrassage. « Il exite de très nombreux endroits où l'on pourrait utiliser cette méthode, mais sa mise en place nécessite une formation, ce qui freine les industriels. Cette technique est malgré tout déjà utilisée dans l'industrie mécanique », détaille Yasminka Marcour, directrice de Districhem, société de nettoyage industriel.

Plus c'est efficace, plus c'est toxique... Encore une idée reçue. Apparemment, il serait possible de nettoyer aussi bien, voire mieux, en polluant moins. Pour l'instant, cela reste cher. Mais c'est bien dans l'air du temps. On doit consommer moins d'eau et moins de détergent. « Avant, on dosait plutôt à la louche et la tendance était au surdosage. Par exemple, alors que l'efficacité du nettoyage est garantie à un pourcentage de 1 %, l'utilisateur va mettre 3 % », raconte Pierre-Yves Vinchet. Pour enrayer ces mauvaises habitudes, de nombreux fournisseurs comme Kärcher ou Nilfisk proposent une solution simple : ils ont ajouté un mode "éco", qui limite le débit d'eau, et un système de dilution automatique de la chimie sur leurs laveuses. « Bien sûr, l'opérateur peut choisir de mettre le débit au maximum, on laisse toujours le choix. Mais on s'aperçoit vite que ce mode éco suffit de lui-même à limiter la consommation d'eau », ajoute Philippe Offroy.

Les technologies des machines en elles-mêmes évoluent également pour moins polluer. Kärcher a notamment développé un système mécanique qui, sur ses autolaveuses, confine l'eau et le détergent au niveau de la chambre de brossage. Grâce à ce système, le liquide reste plus longtemps au niveau du sol et le débit d'eau nécessaire diminue. Les machines, en outre, se veulent recyclables. « La plupart d'entre elles sont composées de polypropylène moulé, qui présente l'avantage d'être réutilisable à l'infini », explique Didier Mériaux.

Des composants actifs, mais non toxiques

Enfin, c'est l'arrivée des produits nettoyants écologiques, ou biodégradables. « Ce n'est encore que le début. Les industriels sont arrêtés par la différence de prix souvent très importante entre les produits classiques et écologiques », témoigne Yasminka Marcour. En partant de la structure biochimique des salissures, les laboratoires recherchent des composants actifs, mais non toxiques. La société Pharaon propose notamment un nouveau produit Force 1000, biodégradable à 100 % et multi-usage. « L'industriel ne doit pas avoir à gérer les produits chimiques, soutient Didier Mériaux. Ce produit présente l'avantage de couvrir 40 % des applications de la gamme. Cela évite la mauvaise utilisation de produits et les erreurs potentielles de dosage. »

Sur ce sujet, Yasminka Marcour a un point de vue différent : « Chaque produit a son usage et pour les utiliser au mieux, il est important de connaître leur action avec précision. C'est la responsabilité de l'opérateur », précise-t-elle, déplorant que le nettoyage ne soit pas considéré dans les formations. « On pourrait envisager des ph-mètres à lecture numérique, par exemple, pour vérifier la dilution d'un produit... » Pourquoi pas ? Mais ce n'est pas pour tout de suite...

En attendant, on ne peut pas faire plus écologique que l'eau pure...

L'ESSENTIEL

- Aspiration et lavage : les sols restent le gros du travail de nettoyage des usines - Pour la conception de leurs machines, les fournisseurs misent sur l'efficacité et la simplicité plutôt que sur des technologies innovantes - Les industriels se déchargent de la maintenance des machines et choisissent des contrats "full service" - Les solutions les plus pointues sont réservées au nettoyage des machines process

UNE PANOPLIE D'ÉQUIPEMENTS

L'aspirateur - C'est le même principe que chez le particulier. Mais dans l'industrie, il se décline à l'infini selon les applications : moteur électrique, air comprimé, filtre classique ou filtration absolue...

La balayeuse - Pour les grandes surfaces des ateliers industriels, la balayeuse sera préférée à l'aspirateur.

L'autolaveuse - Elle s'attaque aux sols. Selon la surface à nettoyer, deux possibilités : l'autolaveuse autoportée ou tractée.

Le nettoyeur haute pression - Il est recommandé pour le nettoyage et la désinfection des machines du process.

La cryogénie - C'est la méthode de nettoyage ultime, quand rien d'autre n'a fonctionné. Elle est aussi utilisée pour les applications qui ne supportent pas l'eau ou les produits nettoyants.

La centrale d'aspiration - Un réseau de tuyauterie fixe qui offre une bonne accessibilité et ergonomie. Et ses tuyaux se faufilent dans les zones Atex dans lesquelles les aspirateurs classiques, à moteur, ne peuvent entrer.

La cuve à ultrasons - Cette machine, un peu exotique, est dédiée aux pièces très encrassées.

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