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Des innovations ambitieuses mais réalistes

Propos recueillis par Nadège Aumond Photo : T. Gogny

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En 2004, pour faire face à un contexte économique difficile, à une concurrence à son paroxysme avec, entre autres, la montée en puissance des pays asiatiques, le groupe d'électroménager FagorBrandt, racheté en juin 2005 par le groupe espagnol Fagor Electrodomésticos, décide de booster ses capacités d'innovation en créant notamment un département qui lui est dédiée.

I. T. : Vous êtes recruté en 2004 pour mettre en place le département innovation. Quelle est la position de cette entité dans l'entreprise, ses missions et ses défis ?

Vincent Rouiller : J'ai en effet été recruté pour monter cette équipe et appliquer le savoir-faire que j'avais acquis au sein d'Adidas (méthodes de créativité, procédures et méthodes de gestion de portefeuilles produits...). Le département innovation de FagorBrandt est situé à cheval entre le marketing et les équipes de développement produits (un sur chacun des six sites de fabrication européens). Plus concrètement, sa mission est d'aider à créer des produits qui répondent au marché. Pour cela, nous devons assimiler à la fois la compréhension du consommateur, sa logique d'achat et son usage du produit, les connaissances du marché, de nos concurrents, du circuit de distribution de nos produits ainsi que des technologies disponibles et traduire l'ensemble en produits.

Avant la création de ce département, il existait plusieurs entités innovation (une par site de production et catégorie de produits). Celles-ci étaient plutôt isolées et travaillaient de façon indépendante, très en amont, sur des projets particulièrement ambitieux. Peut-être trop... Je crois qu'il faut savoir résister à la tentation de l'ingénieur de développer des produits hypertechniques dont les fruits commerciaux sont attendus à dix ans au mieux. Ce n'est pas pour autant qu'il faut oublier la technologie. Il faut la suivre et repérer les partenaires clés dont c'est le coeur de métier. L'important est d'être capable d'intégrer la technologie dès que le potentiel économique est là et que le marché est prêt à l'accueillir !

Il y a dix ans, les entreprises passaient de 20 à 30 % de leur temps à étudier le potentiel du marché et de 70 à 80 % à développer le produit. Désormais c'est l'inverse ! On doit passer la majeure partie de notre temps à étudier le marché puis aller très vite sur le développement du produit.

I. T. : Comment cela se traduit ? Que faites-vous en interne et quels sont vos partenariats externes privilégiés ?

V. R. : Cela demande une bonne identification et évaluation de tous les maillons de la chaîne de valeur du produit pour savoir ce qu'il est bon de faire en interne ou en externe. Les domaines pour lesquels il nous est apparu important de garder un savoir-faire interne sont l'électronique et les lois de commandes mais aussi les technologies liées aux cuissons par induction et par micro-ondes. Nous avons développé des liens privilégiés avec le département électronique de l'Insa de Lyon [Rhône] et celui de l'Esirem à Dijon [Côte-d'Or]. Pour le design, nous travaillons notamment avec le Royal College of Art de Londres ou le lycée de l'audiovisuel et du design Léonard-de-Vinci de Villefontaine [Isère] pour des raisons de proximité.

Côté entreprises, nous collaborons, par exemple, avec Ina et SKF pour les roulements de machines à laver. Arcelor, de même que nos fournisseurs de matières plastiques, nous aident en matière de dessin de pièces pour réduire les coûts de fabrication. Nous avons aussi traité avec Air Liquide des sujets exploratoires liés aux produits froids et aux atmosphères favorables à la conservation des aliments. Nous faisons aussi appel à des cabinets d'experts comme la société Learning, pour des questions d'analyse de la valeur, ou le suisse Soultank pour améliorer notre compréhension de l'usage des produits et des interfaces homme/machine.

I. T. : Comment opérer les croisements marché-technologies et favoriser les idées ?

V. R. : Cela tient beaucoup aux personnalités qui composent l'équipe du département innovation. Leur profil est très éclectique. Il s'agit de personnes ayant, la plupart du temps, travaillé sur plusieurs produits différents ou qui ont été confrontés à des problématiques variées. Certaines viennent de l'automobile, de la billettique, des études ou encore de la production ... Cela donne parfois l'impression de faire un grand écart mais je crois que cette diversité est aussi un facteur de succès. Pour stimuler la créativité, les échanges d'avis et le partage d'expériences sont favorisés. Les membres de l'équipe sont ainsi mis en contact avec des vendeurs tous les mois lors de visites sur le terrain dans les magasins. À côté de cela, nous organisons régulièrement des conférences ou des échanges plus intimistes avec des personnalités extérieures en lien avec nos secteurs d'activités telles que des grands chefs cuisiniers ou encore des responsables de développement dans le monde du textile. Dernièrement nous avons reçu une bloggeuse à succès dans le domaine de la cuisine. À l'inverse, nous intervenons nous-même à l'extérieur dans des congrès ou des entreprises, pour le coup, hors de nos secteurs d'activités.

Cela demande une très forte implication des membres et nécessite en contrepartie une gestion des ressources humaines adaptée. Les personnes travaillent un ou deux ans sur des projets rapides, qui nécessitent un rythme intense, puis elles sont affectées sur des projets à plus long terme (36 mois par exemple), qui leur permettent d'avoir un peu plus de temps pour se ressourcer, pour lire ou rencontrer d'autres personnes. J'essaie de m'assurer que chacun se sente bien. Je prends également en compte, dans les affectations sur les projets, les préférences. Je crois que la dimension humaine est essentielle dans ce type de fonction peut-être plus qu'ailleurs !

RENCONTRE AVEC

VINCENT ROUILLER

DIRECTEUR INNOVATION ET STRATÉGIE PRODUITS DE FAGORBRANDT

LES CHIFFRES CLÉS

La R&D chez FagorBrandt - Appartient au groupe Fagor Electrodomésticos, 5e groupe sur le marché européen de l'électroménager - 779,7 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2006 - Effectif : 4 200 dont 164 pour la R&D en France - 6 sites de production dont 5 en France et 1 en Italie. - 46 brevets déposés en 2006

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