Nous suivre Industrie Techno

[Dépistage] "La France est aujourd'hui capable de réaliser 350 000 tests par semaine", estime Francis Guinard, du Syndicat des biologistes

Kevin Poireault

Sujets relatifs :

, ,
Soyez le premier à réagir

Soyez le premier à réagir

[Dépistage]

Francis Guinard est également biologiste au sein du groupe Bioexcel, qui regroupe notamment les deux laboratoires principaux de la ville de Bourges, dans le Cher.

© Bioexcel

Bien que les systèmes de santé français ne soient pas encore en mesure d'atteindre les 700 000 tests hebdomadaires promis par le Premier ministre Edouard Philippe, Francis Guinard, secrétaire général du Syndicat des biologistes, qui représente les laboratoires privés, se veut rassurant : la demande est encore bien en-deça des capacités de dépistage, et la montée en puissance s'organise.

I&T : Combien de tests virologiques sommes-nous capables de réaliser aujourd'hui en France ?

Francis Guinard : L'ensemble du système de santé français est aujourd'hui capable de réaliser environ 50 000 tests virologiques (RT-PCR) par jour, soit 350 000 par semaine, la moitié de ce l'objectif fixé par le gouvernement. Je pense que nous serons capables d'atteindre l'objectif d'ici la fin mai.

Attention, il ne faut pas s'y tromper : à l'heure actuelle, nous sommes largement en mesure de répondre à la demande, qui n'est pas encore très conséquente. Les épidémiologistes estiment que le pic dans les besoins en tests devrait venir autour du 25 mai. Si nous passons ce cap en montant en puissance, dans le privé comme dans le public, il ne devrait pas y avoir de problème.

Quelle est la place des laboratoires de ville, que vous représentez, dans cette montée en charge ?

Les laboratoires de villes sont en première ligne depuis le début. Très bien répartis sur le territoire français, ils endossent à ce jour 90% des prélèvements. Arrivés un peu plus tard dans le diagnostic de masse et plus disparates sur l'ensemble de la France car mieux équipés en régions urbaines qu'en zones rurales, les établissements publics (hôpitaux, CHU) commencent eux aussi à augmenter fortement leurs capacités de prélèvements et d'analyse. A terme, la part des laboratoires de villes et des autres laboratoires (laboratoires vétérinaires, laboratoires génétiques et de recherche, laboratoires technique et scientifique de la police...) devrait se stabiliser à 80% des tests réalisés.

Concernant les laboratoires de ville, 400 structures privées sont mobilisées et opèrent des prélèvements sur 4 200 sites en France. Chaque structure possède un ou deux plateaux techniques, au nombre de 600 en tout. Parmi ces 600, 118 sont capables d'analyser les tests et de faire un retour dans les 24 heures, ou 36 heures dans les pires des cas, conformément au protocole indiqué le 11 mai et au décret correspondant du 12 mai.

Si la demande augmente plus vite que prévu, qu'est-ce qui pourrait faire défaut ?

A ce jour, je n'ai pas connaissance de rupture d'approvisionnement d'un réactif particulier. Nous n'en avons certes pas assez pour augmenter considérablement notre capacité à cette heure mais je ne doute pas que les industriels (Roche, bioMérieux, Diasorin, Thermo Fisher Scientific...) soient en train de hausser significativement leur production et de répondre à nos commandes. Même constat pour les kits de prélèvement. Les laboratoires se fournissent eux-mêmes pour ces deux éléments, cela ne passe pas par l'Etat ni les Agences régionales de santé (ARS).

En revanche, nous manquons franchement d'équipement de protection individuelle (EPI) aujourd'hui (blouses, gants, surblouses...). Notamment les infirmières et infirmiers libéraux, qui vont être fortement mobilisés par les laboratoires de ville pour réaliser des prélèvements dans les centres de dépistage. Personnellement, j'ai reçu un e-mail de l'ARS ce lundi 11 mai me promettant qu'ils allaient nous être livrés à mon réseau de laboratoires, dans le Cher, entre lundi et mercredi. Mercredi soir, je n'avais toujours rien... Je sais que c'est la même chose dans la région Sud.

Ce qui m'inquiète le plus aujourd'hui, c'est de savoir si nous disposerons d'assez d'opérateurs pour monter en charge dans les prélèvements.

Concernant les capacités d'analyse des tests RT-PCR, les systèmes de santé sont-ils aujourd'hui en mesure de suivre la cadence ?

Nous avons suggéré que l'Etat nous fournisse quelques machines d'extraction pour réaliser les analyses moléculaires. Vingt-et-un robots ont été commandé auprès du chinois MGI [filiale du groupe Beijing Genomics Institute, ndlr], dont dix-neuf étaient destinés aux structures publiques et deux à des laboratoires de ville. La livraison de ces machines a été chaotique et sans consultation des CHU ni des directeurs de laboratoires. Ce sont des machines hyper performantes mais là encore, elles nécessitent une main d’œuvre non négligeable - et formée à l'analyse moléculaire ! Elles rendent aussi ceux qui les utilisent complètement dépendants des fournisseurs chinois pour ce qui concerne les kits de prélèvement et les réactifs.

Néanmoins, je sais que beaucoup de directeurs de laboratoires ont essayé de se fournir eux-mêmes en machines d'extraction de ce type, mais les délais d'approvisionnement étaient beaucoup trop longs. A Bourges, nous avons approché Roche, mais ils ne pouvaient nous livrer leur machine qu'en septembre... Ceci explique peut-être pourquoi l'Etat a dû se tourner vers les Chinois.

Aujourd'hui, dix-neuf de ces machines sont opérationnelles et je pense que l'ensemble des plateaux techniques sera en mesure d'atteindre rapidement les objectifs fixés par le gouvernement, si la demande le requiert. Y'aura-t-il toutefois une demande assez conséquente pour amortir le coût des machines dans lesquelles ont investi beaucoup de laboratoires ? Rien n'est moins sûr.

Le président de votre syndicat, François Blanchecotte, évoquait  le 11 mai, dans une enquête de France Culture, des problèmes dans la remontée d'informations de la part de certains laboratoires de ville. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Oui, cette inquiétude venait du résultat d'une enquête que nous avions réalisée fin avril sur la capacité en tests des laboratoires. Il a fallu se démener pour que tout le monde réponde... A l'époque, sur les 88 structures qui pouvaient faire de la biologie moléculaire, seulement 55 nous nous avaient répondu.

Depuis le 11 mai et la nouvelle procédure, tous les laboratoires sont dans l'obligation de rapporter le nombre de tests effectués chaque jour à la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees), qui devrait d'ailleurs offrir les premières statistiques nationales dans les jours qui viennent.

Le problème qui demeure en France, est qu'il n'y a pratiquement aucune relation entre le secteur public et le privé dans le monde de la santé... A titre d'exemple, quand les laboratoires privés du Cher ont fait leur réunion avec la préfecture pour préparer le déconfinement, on ne connaissait pas les capacités de tests de l'hôpital de Bourges. Certains hôpitaux utilisent les services du Samu et du Smur pour effectuer les prélèvements, d'autres installent des drives sur leur parking. Chaque hôpital a sa propre organisation et nous n'avons presque aucun contact avec eux.

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

[Propagation] Pourquoi la contamination au Covid-19 advient-elle majoritairement dans les lieux clos ?

[Propagation] Pourquoi la contamination au Covid-19 advient-elle majoritairement dans les lieux clos ?

« Ce n’est pas la pandémie qui fait les clusters, ce sont les clusters qui font la pandémie », entend-on de plus en[…]

28/05/2020 | Covid-19
StopCovid : le Parlement français vote en faveur de l’application mobile de contact tracing

StopCovid : le Parlement français vote en faveur de l’application mobile de contact tracing

Que sait-on de StopCovid, l'application controversée qui entre en débat au Parlement ?

Que sait-on de StopCovid, l'application controversée qui entre en débat au Parlement ?

Deux études précliniques montrent l’efficacité des vaccins à ADN contre le Covid-19 chez l’animal

Deux études précliniques montrent l’efficacité des vaccins à ADN contre le Covid-19 chez l’animal

Plus d'articles