Nous suivre Industrie Techno

Déjà une solide expérience

Jean-Charles Guézel
- L'équipementier électrique renforce une politique d'écoconception dont les résultats déjà obtenus montrent que l'on peut concilier préservation de l'environnement et amélioration des caractéristiques techniques.

Au plus haut niveau de Schneider Electric, les directives environnementales ne sont, semble-t-il, pas vécues comme un fardeau. Dans cette respectable maison, on se dit persuadé de leur bien-fondé et on s'efforce de mobiliser les troupes autour d'un objectif "citoyen" commun à toutes les équipes, des bureaux d'études aux services des ventes en passant par le marketing, la production et les achats. Ce que l'équipementier électrique appelle « le développement de la responsabilité à l'égard de la société civile » fait même partie des six défis qu'il s'est lancés dans le cadre de son programme d'entreprise NEW2004.

Une démarche amont

Cette responsabilisation passe bien sûr par l'écoconception. Mais contrairement à d'autres industriels, Schneider est loin d'être un novice en la matière. « L'élimination des substances dangereuses, entre autres tâches, est menée depuis de nombreuses années, indique Michel Lauraire, responsable environnement produits à la direction normalisation et environnement du groupe. Dans les contacteurs, après d'importants travaux de recherche, nous avons ainsi remplacé l'oxyde de cadmium par de l'oxyde d'étain, et cela dès les années 1990, alors qu'aucune réglementation ne nous y obligeait. C'est d'ailleurs à cette époque que nous sommes vraiment passés à l'écoconception, poursuit le responsable. Depuis, cette politique n'a cessé de monter en puissance, surtout à partir de 2002, avec la création d'une structure interne spécialement chargée des problèmes de développement durable. »

Aujourd'hui, les questions d'environnement sont systématiquement prises en compte dans les décisions stratégiques de l'entreprise. Côté production, la plupart des sites mondiaux sont certifiés ISO 14001, l'objectif étant bien entendu que tous le soient à très court terme.

« Pour ce qui concerne les bureaux d'études, nous avons pris le parti d'aborder le développement durable très en amont, en nous efforçant de transformer les contraintes en opportunités d'innovation à chaque fois que cela était possible. Cette approche globale est évidemment beaucoup plus efficace que le traitement après coup de tel ou tel point non satisfaisant d'un design », ajoute Michel Lauraire.

Plus facile, mais pas simple pour autant. Car, en matière d'écoconception, les fausses bonnes idées abondent. En effet, une mesure qui peut avoir un impact positif sur l'une des phases du cycle de vie d'un produit peut induire un effet négatif plus important sur une autre des phases.

Alors, que faire, sachant que l'impact environnemental n'est qu'un des nombreux paramètres avec lesquels un concepteur doit savoir jongler, au même titre que l'attente des clients, la faisabilité technique, la sécurité, la qualité ou encore le prix de revient ?

Dans le secteur électronique et électrotechnique, l'une des réponses à cette optimisation de contraintes est l'utilisation d'EIME (Environmental Information and Management Explorer), un logiciel conçu par un pool industriel regroupant Schneider, Alcatel (y compris sa filiale câbles, devenue Nexans), Alstom, IBM, Legrand et Thomson.

Capable d'évaluer les impacts environnementaux d'un produit tout au long de son cycle de vie (fabrication, emballage, transport, usage, recyclage...), EIME se réfère à la description de chaque pièce d'un design du point de vue de la matière utilisée, du process de fabrication, de la consommation d'énergie... Relié à une base de données, il réagit aux différentes options retenues par le concepteur en lui fournissant des rappels normatifs et/ou législatifs. En fin de compte, il calcule l'impact global du produit sur l'effet de serre, sur la destruction de la couche d'ozone, sur l'eutrophisation de l'eau, sur les pluies acides... Il dresse également la liste des matières mises en oeuvre et, point important, indique le potentiel de valorisation finale de l'appareil.

Il faut noter que cet outil particulièrement performant n'est pas réservé aux seuls groupes l'ayant conçu à l'origine. Il peut, en effet, être utilisé par n'importe quelle société du secteur, la Fieec (Fédération des industries électriques, électroniques et de communication) ayant créé une société commerciale (Codde) chargée précisément de le diffuser et de le faire évoluer.

C'est avec l'aide d'EIME, entre autres, que Schneider a pu, ces dernières années, lancer des produits aussi "écologiquement corrects" que le disjoncteur de puissance Masterpact, le relais de protection moyenne tension Sepam ou le démarreur-contrôleur-moteur Tesys U. « Il faut bien se garder de faire rimer écoconception avec perfection, prévient toutefois Michel Lauraire. Car c'est l'amélioration continue qui est visée, non l'obtention d'un produit idéal que l'on serait de toute façon bien en peine de définir. »

En fait d'améliorations, les trois produits précités valent le détour. Dans le cas du Masterpact, le fabricant a diminué la consommation électrique en fonctionnement de 20 % tout en réduisant de près de moitié l'utilisation de matières premières. Sur la plage 800 et 1 600 A (la gamme va jusqu'à 6 300 A), ce produit serait en prime le plus petit au monde.

À cela s'ajoutent des progrès importants en matière de "recyclabilité" des matériaux (identification adéquate des plastiques, suppression des marquages par encres et étiquettes au profit du laser...) et de "démontabilité" de l'ensemble (diminution du nombre de liens mécaniques).

Pour le Sepam, c'est même à 70 % que se chiffre le gain matière par rapport aux versions précédentes !

Le Tesys U, quant à lui, est sans doute la meilleure preuve que l'écoconception est aussi un excellent stimulant pour l'innovation. Quatre fois moins gourmand en électricité que les solutions équivalentes, cet appareil se caractérise en plus par une modularité extrême. Intérêt : non seulement on peut se contenter d'acheter les fonctions strictement nécessaires à l'application, mais on peut aussi modifier la configuration retenue (par simple encliquetage de modules additionnels) ou réparer plus facilement l'appareil en cas de problème. En comparaison avec une solution traditionnelle, le temps de mise en oeuvre est réduit de 80 % !

Des avancées qui ne sont pas à mettre exclusivement à l'actif de l'écoconception, mais surtout à une réflexion sur l'architecture ayant bien su intégrer les exigences de l'écoconception. « L'écoconception ne coûte pas plus cher, insiste Michel Lauraire. En général, l'investissement dont il s'agit est essentiellement humain. »

Un excellent stimulant pour l'innovation

Chez Schneider, on a mis en place des formations spécifiques pour les bureaux d'études. Des séminaires courts (une journée), mais suffisants pour acquérir les bases techniques essentielles et surtout la fibre environnementale. Une grande majorité des designers installés en France devrait en avoir bénéficié d'ici à la fin de l'année, les autres régions du monde n'étant pas non plus oubliées.

« Nos clients attendent, sans surcoût, des produits de plus en plus respectueux de l'environnement. De ce fait, même si cet atout est, aujourd'hui, peu mis en avant dans nos documents commerciaux, toutes les familles de produits sont d'ores et déjà passées à la moulinette de l'écoconception au gré des projets », affirme notre interlocuteur.

C'est, par exemple, le cas des onduleurs fabriqués par la filiale MGE UPS Sytems, produits dont le design a été salué par l'Ademe.

Pour ce type d'équipement, la consommation d'énergie en fonctionnement (quasi ininterrompue sur des périodes pouvant dépasser la dizaine d'années) représente l'essentiel de l'impact environnemental. En travaillant sur les topologies et sur les composants mis en oeuvre sur le Galaxy 3000, MGE est parvenu à réduire ce poste de plus de 20 %, en parallèle avec un abaissement de 40 % pour la consommation de matières premières.

Autre modèle phare, le Pulsar Extrême fait pour sa part appel à une structure en plastique recyclé et modulaire sachant s'adapter à l'évolution des besoins de l'utilisateur.

Évidente simplicité ? Sans doute. « Mais l'écoconception, c'est aussi, pour une bonne part, une simple question de bon sens », confirme Michel Lauraire.

Michel Lauraire Responsable environnement produits à la direction normalisation et environnement de Schneider Electric.

- Entré chez Schneider en 1977, Michel Lauraire y a longtemps été chercheur, dans le domaine des produits électromécaniques essentiellement. « J'ai toujours été intéressé par les questions environnementales, mais c'est sur le tas que je me suis formé à l'écoconception », reconnaît-il. Entré en fonction en 2001, il ne s'est pas pour autant totalement détourné de sa précédente activité, et avoue pousser "fortement" à une plus grande prise en compte de l'environnement dans l'activité de recherche du groupe. À la direction centrale, il dirige une équipe de trois personnes et forme chaque année près d'une centaine de designers.

LE DÉMARREUR-MOTEUR TESYS U CONSOMME 4 FOIS MOINS

- La réduction de la consommation d'énergie est l'un des points clés de tout processus d'écoconception. Mais si l'on s'attache à l'énergie consommée lors de la fabrication dans la plupart des cas, c'est en revanche celle que l'appareil dissipe en fonctionnement qui pose problème en électrotechnique. Dans le cas du démarreur-contrôleur-moteur Tesys U (jusqu'à 15 kW), cette consommation a été réduite de 75 % par rapport aux solutions précédentes. Comment ? En regroupant plusieurs fonctions (disjoncteur et contacteur) au sein d'un même dispositif et en travaillant sur la commande de l'électroaimant. Par ailleurs, l'habituel relais thermique a ici cédé la place à une protection électronique bien plus performante. Enfin, il s'agit d'un équipement très modulaire dans lequel on peut sans problème changer un organe au lieu de remplacer l'ensemble comme c'est trop souvent le cas pour les autres produits du marché.

LES POINTS CLÉS

- Anticipation des directives relatives à l'utilisation de substances potentiellement dangereuses (cadmium dans les contacts électriques dès les années 1980). - Contribution à la mise au point du logiciel EIME, en collaboration avec d'autres membres de la Fieec (Fédération des industries électriques, électroniques et de communication). - Création d'une structure chargée du développement durable en 2002. Mise en place de formations internes.

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0855

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2004 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies