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« Notre ambition est d’aller chercher des projets deeptechs le plus en amont possible », déclare Christelle Astorg-Lépine, directrice de BLAST

Alexandre Couto

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« Notre ambition est d’aller chercher des projets deeptechs le plus en amont possible », déclare Christelle Astorg-Lépine, directrice de BLAST

© @DORINE MANSUY PHOTOGRAPHE

Le programme d’accélération des projets deeptech BLAST (Boost and Leverage for aerospace and Defense Technologies), porté par Starburst, l’Onera, Polytechnique et la SATT Paris-Saclay, vient de lancer sa phase d’appel à candidatures pour sa première cohorte. A cette occasion, sa nouvelle directrice Christelle Astorg-Lépine, nous explique les enjeux de ce programme et pourquoi les deeptechs jouent un rôle majeur dans les secteurs de l’aéronautique et du spatial.

 

Industrie & Technologies : Le programme BLAST, dont vous venez de prendre la direction, entame son tout premier appel à candidatures. Comment se démarque votre approche par rapport à d’autres programmes d’accélération, comme celui de Starburst par exemple ?

Christelle Astorg-Lépine : BLAST s’articule parfaitement avec le programme d’accélération proposé par Starburst, car celui-ci prépare des start-ups de l’aéronautique, du spatial et de la défense (ASD) à une levée de fonds de « série A ». Il s’agit donc de projets relativement matures dans leur cycle de développement. L’ambition de Blast est d’aller chercher des projets deeptechs le plus en amont possible pour leur permettre d'émerger. Nous nous concentrons à la fois sur des travaux de recherche matures et sur des start-up se trouvant à l’étape de financement « pre-seed ». Le programme est organisé différemment, sur la base de modules physiques ou théoriques répartis dans l'année, contre un accompagnement d'un an pour Starburst.

BLAST se distingue également par les moyens mis en œuvre. Il repose sur une organisation public-privé inédite en France dans les secteurs ASD. Aux côtés de Starburst, le programme bénéficie des expertises de l’Onera, de l’école Polytechnique et de la SATT Paris-Saclay. Nous avons également le soutien financier de Bpifrance qui apportera environ 1,5 millions d’euros, soit la moitié du budget global du programme. L’autre moitié étant soutenue par les partenaires. Ces acteurs constituent un écosystème riche qui permettra de détecter et d’accompagner les projets le plus tôt possible dans leur développement. C’est une approche qui apportera, selon nous, de nombreuses innovations majeures dans le secteur ASD.

Pourquoi est-ce si important pour l'ASD de prendre les projets en amont ?

Les deeptechs, c’est-à-dire les technologies provenant de la recherche fondamentale, jouent un rôle majeur dans les secteurs ASD. Ce sont elles qui apportent les innovations de rupture dont ces secteurs ont besoin pour avancer. Nous avons donc tout à gagner à voir se développer davantage de projets portés par les chercheurs. Cependant, les barrières à l’entrée pour les start-up deeptech sont particulièrement élevées. De la paillasse du laboratoire jusqu’aux premières levées de fonds, ces projets nécessitent des phases de développement longues et complexes.

Notre ambition est donc de lever ces barrières car c'est en soutenant les technologies le plus en amont possible que nous ferons foisonner les innovations de rupture. Et ce besoin est d'autant plus fort en France. A l’heure actuelle, nous avons constaté qu’il existe relativement peu de start-up deeptechs françaises intégrées dans les grands programmes internationaux ASD. Nous manquons de licornes. Selon nous, cela provient de l’absence d’une structure dédiée dans l’Hexagone, contrairement à d’autres pays comme les Etats-Unis, la Chine ou Israël qui ont une stratégie orientée deeptech.

La France peut-elle réellement combler son retard dans ce domaine ?

Oui, je le crois vraiment. Parce que nous avons une recherche d’une grande qualité, que nous devons apprendre à valoriser. Selon moi, BLAST arrive au bon moment pour la deeptech française dans les secteurs ASD car les chercheurs sont de plus en plus sensibilisés à l’entreprenariat et sont de plus en plus enclins à prendre des risques. Une inspiration qu’ils tirent des succès d’acteurs comme SpaceX. Dans le spatial, que je connais bien pour avoir travaillé au sein du CNES et de l’ESA, nous avons assisté à la création d’une trentaine de jeunes pousses en 3 ans, par exemple. Par ailleurs, il y a de plus en plus d’investisseurs qui sont prêt à financer des projets issus de la recherche.

Il y a donc une conjonction favorable autour de la deeptech que la France doit saisir. L’enjeu ne porte pas vraiment sur les idées ou l’expertise mais surtout sur notre capacité à conserver les projets et nos chercheurs. A l’heure actuelle, ils poursuivent souvent leur développement à l’étranger. Avec BLAST nous voulons leur donner les moyens de faire émerger leurs technos grâce à l’écosystème français.

Quels types de technologies souhaitez-vous voir émerger de votre programme ?

Dans le spatial nous avons deux volets : les technologies dites upstream et downstream. Les premières correspondent aux nouveaux équipements qui seront envoyés dans l’espace, comme des équipements pour satellites ou pour lanceurs, les secondes visent l’exploitation des données en provenance du spatial. Du côté de l’aéronautique, l’avion décarboné est un axe très fort, qui nécessite de nombreuses technologies de ruptures, notamment sur les motorisations électriques ou hydrogène. L’intelligence artificielle et l’exploitation des données sont en filigrane sur les trois secteurs. Nous n’allons privilégier aucun secteur en particulier. Notre objectif est d’avoir une répartition équitable des projets entre l’aéronautique, le spatial et la défense.

Comment s’organisera votre accompagnement ?

Nous avons choisi un programme sous la forme de modules, dont chacun est porté par l’un des partenaires. Par exemple nous avons une formation en entreprenariat d’une durée de 7 mois, qui sera organisée par l’Ecole Polytechnique. Un autre module, mené par l’Onera, se concentrera davantage sur la mise en place d’essais. Outre des échanges avec des experts, il proposera également plus de 30 heures de tests sur les bancs d’essais de pointe de l’Onera. Une formation sur la propriété intellectuelle sera également fournit par la SATT Paris-Saclay. Les modules de Starburst concernent l'ouverture au marché ASD et la mise en relation avec des acteurs clés.

Avec ces modules nous voulons adapter le suivi en fonction des besoins. Pour les projets les plus mûrs, l’accompagnement se fera également au travers d’un « boot-camp » de 13 semaines, qui se conclura par une présentation des projets auprès d’investisseurs potentiels pour une levée de fonds en « seed ».

Quelles sont les prochaines grandes étapes ?

L’appel à candidature pour la cohorte 2021 a donc été lancé. Les projets ont jusqu’au 3 mai pour postuler. Nous pensons annoncer la composition de notre première cohorte de 20 projets et start-up le 15 juin prochain, pour un début du programme en septembre. Comme il est encore difficile de prévoir un moment où nous pourrons nous retrouver physiquement pour le boot-camp, les dates de celui-ci ne sont pas encore arrêtées mais nous espérons pouvoir l’organiser au plus tard en avril de l’année prochaine.

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