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[Déconfinement] Pourquoi prolonger la distanciation sociale et dépister en masse s'imposent pour éviter une seconde vague

Kevin Poireault

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[Déconfinement] Pourquoi prolonger la distanciation sociale et dépister en masse s'imposent pour éviter une seconde vague

© Inserm

Le 12 avril, la veille de l'annonce de la fin du confinement au 11 mai, une modélisation de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) menée sur la région Ile-de-France montrait que le seul moyen d’éviter une deuxième vague était de maintenir un grand nombre de restrictions (écoles fermées, activités non-essentielles suspendues…) et de lancer une grande campagne de test. Analyse.

Dans une nouvelle étude, présentée le 12 avril, la veille de l’annonce par Emmanuel Macron de la prolongation du confinement jusqu’au 11 mai, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) alerte sur une sortie de confinement trop rapide et surtout sans stratégie.

Selon une modélisation effectuée sur la région Ile-de-France, les épidémiologistes estiment que seulement 1 à 6% de la population a été infectée par le Covid-19 à ce jour - un chiffre proche de celui de l’Imperial College de Londres, qui, dans une précédente étude, évaluait à 4,9% le taux d’infection dans l’ensemble des 11 pays européens analysés. L’immunité collective n’est donc probablement pas pour demain.

En revanche, les mesures de confinement ont eu un gros impact sur le taux de reproduction de la maladie, estime l’Inserm. Ce paramètre épidémiologique mesurant combien un individu infecté contamine de personne autour de lui est crucial pour évaluer l’évolution du nombre de nouveaux cas d’infection. Les chercheurs de l’Inserm l’estimaient à 3,0 de moyenne en Ile-de-France avant le confinement et à seulement 0,68 depuis.

Sans stratégie, la levée du confinement ne ferait que retarder le pic

Alors que de nombreux pays européens ont choisi de mettre fin au confinement entre mi-avril et début mai – la France faisant figure d’exception –, l’Institut met en garde contre des mesures prématurées et, surtout, pas assez préparées : « La levée du confinement sans stratégie de sortie n’entraîne qu’un retard du pic équivalent à peu près à la durée du confinement, peut-on lire dans l’étude. Le nombre de lits de soins intensifs requis est estimé à plus de 40 fois la capacité régionale si aucune stratégie n'est mise en œuvre après le confinement. »

Les chercheurs ont donc établi une série de mesures à poursuivre même après le confinement (fermeture des écoles, télétravail, isolement des personnes âgées, suspension des activités non-essentielles et isolement des malades) et ont imaginé près d’une dizaine de combinaisons possibles (représentées sur le  tableau ci-dessous).

4 scénarios de déconfinement

Les chercheurs de l’Inserm ajoutent que plus ces interventions seront strictes, plus l’atténuation de la propagation du virus sera importante : « La fermeture des écoles, associée à l'isolement des personnes âgées et à des interventions légères, réduit l'incidence de pointe d'environ la moitié (40 % et 55 % respectivement). Les interventions d'intensité modérée ou supérieure (c'est-à-dire que les écoles sont fermées, 50 % des personnes actives travaillent à distance et au moins 50 % des activités non essentielles sont fermées ; les personnes âgées restent isolées) suppriment le pic avec une réduction de plus de 80 %, gagnant 1,5 à 3 mois de retard supplémentaire par rapport à la stratégie de non sortie. »

Les chercheurs ont ensuite esquissé un calendrier avec différents scénarios de sortie de confinement en ayant recours à l’une des combinaisons ci-dessous ou en en alternant plusieurs.

Les trois premières lignes correspondent au déconfinement seul, les quatre suivantes servent de scénarios-types et les huit suivantes représentent les véritables scénarios analysés par les chercheurs de l’Inserm, d’abord suivant un déconfinement début mai (Exits 1, 2, 3 et 4), puis la même chose mais en débutant un mois plus tard.

Seules les restrictions les plus fortes couplées au test permettent d’éviter la 2e vague

Pour chaque scénario, à chaque mois, le nombre indiqué dans la case représente le pourcentage de cas de personnes infectées testées positives par les services de santé et isolées.

Les chercheurs ont entré chacun des scénarios dans leur modèle afin d’évaluer leur impact sur l’évolution de la propagation du virus, en prenant en compte notamment deux critères : le nombre de nouveaux cas quotidiens d’infection au virus et la demande correspondante en lits de soins intensifs dans les hôpitaux (voir graphique ci-dessous).

« La mise en place d'un système de recherche de cas (tests) et d'isolement agressif, associé à une distanciation sociale, permettrait de lever le verrou du confinement en mai, en engageant les services des soins intensifs en dessous de leur capacité maximale tout au long de l'épidémie », conclut l’étude.

En effet, sur ce graphique, on voit que les nouveaux cas d’infection chute rapidement et durablement lorsque l’on met en en place et que l’on fait perdurer pendant des mois ce que les chercheurs appellent des « restrictions mesurées », c’est-à-dire 50% de la population encore en télétravail, 50% des activités non-essentielles encore suspendues, 75% des personnes âgées toujours isolées et 50% des activités scolaires des enfants encore suspendues, le tout couplé à une politique de test assez importante, avec 50% des cas d’infection placés à l’isolement (Exit 1).

Les résultats sont similaires si l’on couple une politique d’isolement moins importante (25% des cas d’infection isolés) avec des restrictions plus strictes (pas d’école et pas d’activité non-essentielle, 50% de télétravail et 75% des personnes âgées isolées). Les chercheurs suggèrent donc d’adapter le niveau de restriction aux capacités des tests que possèdent les autorités.

En revanche, on voit bien sur ce graphique qu’avec des restrictions que les chercheurs appellent « légères » (relance des activités non-essentielles, réouverture totale des écoles, 25% de télétravail), on risque de voir surgir une deuxième vague qui pourrait de nouveau faire exploser la demande en lits de soins intensifs, même en isolant 75% des personnes âgées (Exit 3).

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