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Déchets radioactifs : l'Andra accusée d'avoir sous-estimé le potentiel géothermique du site de Bure

Déchets radioactifs : l'Andra accusée d'avoir sous-estimé le potentiel géothermique du site de Bure

Le laboratoire souterrain, intallé à 500 mètres de profondeur, spécialisé dans l'étude sur le stockage de déchets nucléaires de l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra).Bure le 31/01/2006 François Bouchon / Le Figaro

L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) a-t-elle bâclé les études nécessaires à la connaissance du potentiel géothermique du sous-sol de Bure, voire minimisé volontairement, dans l’optique de favoriser l’implantation du site de stockage des déchets radioactifs CIGEO ?  C’est ce que pensent plusieurs associations antinucléaires qui demandent la condamnation "symbolique" de l’Andra pour "faute".

Le potentiel géothermique du sous-sol de Bure, aux confins de la Haute-Marne et de la Meuse, a-t-il été sous-estimé pour faciliter l'implantation du centre de stockage de déchets radioactifs ? C'est la question qui a été posée lundi 5 janvier par le tribunal de Nanterre, et pour laquelle le délibéré sera rendu le 26 mars.

Un site sans rien d’exceptionnel selon l’Andra

Le choix d’implantation du centre de stockage de déchets radioactifs est en effet soumis à différents critères imposés par l’Agence de Sûreté Nucléaire (ASN). Parmi eux, la présence de ressources présentant  "un intérêt particulier" exclut une telle entreprise. Le site de stockage des déchets nucléaires pourrait en effet présenter un obstacle à l’exploitation de ces ressources par les générations futures. Il s’agit  en l’occurrence des ressources géothermiques. L’exploitation de la "chaleur de la terre" est en croissance en France, et peut être utilisée pour le chauffage urbain, ou pour produire de l’électricité via des centrales spécifiques. S’appuyant sur les études qu’elle avait menées elle-même en 2007-2008, l’Andra avait déterminé que le potentiel géothermique du site, sur une zone de 30 km², ne présentait rien d’exceptionnel par rapport à  l’ensemble du sous-sol français. Au vu des résultats de ces études, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a également donné un avis positif.

Bataille des experts

Mais les associations antinucléaires avancent que les études n’ont pas été menées jusqu’au bout. Elles réclament notamment des forages plus profonds. En outre, en 2013, un rapport de Geowatt, un bureau d’études suisse, les avait confortés dans  leurs doutes. Tant et si bien que les associations ont porté l’affaire au Tribunal. Selon l’association France Nature Environnement, l’étude réalisée par Géowatt montre que la ressource de Bure est en effet au moins équivalente à celle du Dogger dans le bassin parisien, aujourd’hui valorisée. De plus l’étage inférieur, le permien, n’a pas été exploré alors qu’il doit être intéressant au vu de son épaisseur. Enfin, les tests de 2008 n’auraient pas été faits dans des conditions optimales, de la boue aurait notamment colmaté le forage de 2008. Le débit de 5m3/h annoncé par l’Andra passerait ainsi à 300 m3/h. L’Andra a cependant reconnu que le chiffre de 5m3/h constituait un raccourci qui pouvait porter à confusion quant à la production que pourrait donner une utilisation industrielle locale. Il reste que les associations n’ont pas prouvé que le site présentait des ressources d’intérêt, mais réclament des forages plus profonds. Ils assignent en justice l’agence pour "désinformation" et espèrent sa "condamnation symbolique".

Les générations futures en jeu

Il est prévu que le stockage des déchets se fasse à une profondeur de 490 mètres sous terre. Si elle n’accueille qu’une toute petite partie des déchets (3 %), ceux-ci concentrent 99 % de la radioactivité de l’ensemble, pouvant rester nocifs pendant plusieurs millions d’années – en attendant de trouver et mettre en place les moyens de les traiter. Si l’ASN interdit l’implantation d’un tel site près d’un site intéressant, c’est en pensant à nos descendants. Ayant oublié l’existence du site, et désireux d’exploiter les ressources, ceux-ci pourraient creuser et arriver sur le site.

Le projet n'est pas encore autorisé : l'Andra compte finaliser sa demande de création en 2017, dans l'optique d'un décret d'autorisation à l'horizon 2020 puis d'un démarrage progressif de l'exploitation à partir de 2025, avec une phase industrielle pilote de 5 à 10 ans.

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