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Déchets électroniques Comment trier les plastiques

Sonia Pignet

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Déchets électroniques Comment trier les plastiques

© D.R.

Réglementation oblige, les industriels doivent recycler les parties en plastique des déchets d'équipements électriques et électroniques. Le défi : parvenir à les identifier pour les trier.

François Chevreul est directeur des opérations chez le recycleur suisse Citron. Il affirme : « La maîtrise industrielle du recyclage des matières plastiques est la clé du recyclage des DEEE [déchets d'équipements électriques et électroniques]. » De fait, pour respecter la réglementation qui impose, depuis fin 2006, de collecter 4 kg/hab/an de DEEE et d'en recycler entre 50 et 80 %, on ne peut pas se contenter de recycler les métaux et de brûler les plastiques. Ces derniers représentent tout de même quelque 26 % du gisement national de DEEE (ménagers et industriels) qui s'élève à 1,5 million de tonnes par an.

Une analyse à partir de la densité

Le premier problème réside dans l'interdiction d'utiliser des produits halogénés dans de nombreux secteurs. Or, « les plastiques des DEEE en contiennent souvent », analyse Olivier Rodin, président de Federec Plastiques. Autre inconvénient, ces plastiques sont souvent mélangés dans les DEEE, et leur code d'identification est rarement mentionné, surtout sur des appareils anciens. Il est donc indispensable de mettre au point des méthodes de reconnaissance et de tri des différents plastiques, efficaces à l'échelle industrielle. « Il existe des amorces de solutions, mais pas encore abouties », constate Olivier Rodin.

Une exception toutefois, la solution adoptée par Galloo Plastics, à Halluin (Nord), déjà opérationnelle. Les DEEE représentent environ 30 % des plastiques traités par l'entreprise, chiffre qui augmente depuis la mise en place de la filière déchets électroniques. Créée en 1997, cette entreprise d'une quarantaine de salariés possède une technologie brevetée de tri par voie humide qui s'appuie sur la densité des différents plastiques. Elle repose sur son savoir-faire en matière de préconcentrés : des fractions qui concentrent des thermoplastiques à plus de 90 %. Deux brevets sont déposés sur cette technique et un troisième est en cours. Dans un réfrigérateur, par exemple, seuls 60 à 70 % des plastiques sont des thermoplastiques valorisables. Une fois séparés des métaux et éventuels minéraux, ils sont donc préconcentrés. L'opération simplifie le tri entre les différents plastiques et permet aussi des économies par la réduction des volumes transportés.

Ces fractions sont ensuite triées par flottation pour séparer, selon leur densité, le polyéthylène (PE), le polystyrène (PS), l'acrylonitrile butadiène styrène (ABS), le polypropylène (PP) et le PP talc. Ces plastiques sont ensuite revendus sous forme de granulés avec des propriétés mécaniques définies (fluidité, choc, couleurs, etc.), obtenues par extrusion avec ou non adjonction de charges ou d'additifs. Seule condition à l'efficacité de ce second tri : les plastiques doivent avoir une densité inférieure à 0,9.

En 2006, Galloo Plastics a ainsi traité 26 000 tonnes de déchets, avec un rendement d'environ 80 % puisque 21 000 tonnes de compound ont été générées. Hugues De Féraudy, directeur général de l'entreprise, aimerait doubler sa production de granulés en 2007 et multiplier par quatre sa capacité de tri. Chez les autres recycleurs et plasturgistes, la réglementation provoque une course aux technologies. Selon Yves Blanchoz, directeur industriel de Valdelec, « pour respecter les normes européennes relatives aux DEEE, l'optimisation de la valorisation des plastiques devient incontournable ». Pour récupérer ce marché, la capacité à faire la différence avec les confrères est donc essentielle.

Maîtriser l'identification des matières plastiques

Cette société, spécialisée dans le recyclage des DEEE, a choisi de tester la combinaison entre tri manuel et tri optique pour séparer ces plastiques. Valdelec bénéficie pour cela de l'expérience de son actionnaire allemand R-Plus, qui maîtrise déjà le recyclage de l'ABS issu des moniteurs d'ordinateurs et des coques arrière de télévisions. « Mais les petits appareils ménagers se recyclent encore mal. On travaille donc sur le sujet », explique Yves Blanchoz. Les DEEE subissent un premier tri manuel qui permet de récupérer des plastiques avec encore quelques fractions de métaux non-ferreux. Ils sont ensuite prébroyés en morceaux de 10 mm2 pour les plus fins. Ils passent enfin sur une machine de tri optique créée pour ce type de déchets. « Les premiers essais sur 50 kg donnent satisfaction. La faisabilité technique est avérée », annonce Yves Blanchoz. Les tests en laboratoire ont montré qu'il était possible, par exemple, de séparer l'ABS du polypropylène. Une fois trié, le plastique sera probablement vendu sous forme de granulés. La phase pré-opérationnelle est programmée pour le premier semestre de cette année.

Veolia Propreté n'est pas en reste avec la création d'un centre de traitement des DEEE toutes catégories. « Le plus important en France », souligne René-Bernard Gallard, directeur des exploitations. Ce centre sera implanté à Angers (Maine-et-Loire). Il sera dédié aux plastiques et opérationnel d'ici à fin 2007. Un processus spécifique prendra en charge le gros électroménager (GEM) froid. « 75 % des matières plastiques présentent un intérêt à être récupérés », affirme René-Bernard Gallard. Le reste, ce sont des petites fractions de plastiques hypertechniques ou encore des thermodurcissables qui ne peuvent pas subir un recyclage matière.

Veolia Propreté ne souhaite pas pour lors dévoiler sa technologie en matière de tri. La maîtrise de l'identification des matières plastiques est en effet la clé pour espérer se positionner sur le marché. Seul aveu, le tri des différentes catégories de plastiques et le repérage des additifs se feront « par des techniques analytiques ».

À Angers, Veolia s'est pour l'instant implanté sur le site de Thomson pour démarrer son activité de tri. « Depuis le 15 novembre 2006, on est capable de trier notamment le GEM froid », confie René-Bernard Gallard. L'objectif : passer à un stade industriel en présentant une pertinence économique et écologique. Il faut donc valoriser les plastiques pour en faire des références commerciales. Veolia envisage pour cela de faire de l'extrusion et de la coloration. Un bâtiment entier à Angers sera consacré à ces matières premières secondaires.

Une filière à organiser

Quant à savoir quel volume sera traité, la réponse de Veolia est la même que celle de tous les intervenants : il dépendra de la capacité de la filière à s'organiser. « En France on débute, on apprend. On manque encore de retour d'expérience sur les modes de collecte, de conditionnement, de tri », analyse François Chevreul. Chez Citron aussi, la législation sur les DEEE est la bienvenue. Une usine de recyclage est en construction au Havre (Seine-Maritime), qui entrera en activité fin 2007. Sa spécialité : l'ABS, le PS et le polycarbonate (PC).

Autre voie chez APR2, société fondée il y a cinq ans autour de la revalorisation des DEEE qui a fait le choix de la création de nouveaux sous-produits. Outre un atelier de démantèlement qui intègre un tri manuel pour séparer métaux et plastiques, l'entreprise dispose d'une unité confinée de traitement des tubes cathodiques. Les plastiques des DEEE des Minitel, des terminaux France Télécom, des téléphones d'Alcatel et d'autres fournisseurs, sont broyés puis micronisés. En mélangeant ces plastiques à des matières végétales ainsi qu'au verre provenant des dalles de téléviseurs, APR2 conçoit des matériaux destinés à l'injection et à l'extrusion (pour faire des dalles type parquet par exemple).

La mise en place de la filière a pris du retard en 2006. Mais pour 2007, « on devrait réussir à retraiter les 4 kg/hab/an », affirme Bertrand Reygner, directeur des opérations chez Ecologic, l'un des quatre éco-organismes agréés par les pouvoirs publics. En attendant que la collecte s'organise, d'autres recherches sont actuellement en cours pour trier et valoriser ces matières.

QUATRE SOLUTIONS EN COMPÉTITION

- Le tri par voie humide (Galloo Plastics) Des fractions préconcentrées de plastiques sont triées grâce à leur différence de densité. - Additionner les techniques analytiques (Veolia Propreté) Cette solution permet d'une part la différenciation des plastiques et, d'autre part, le repérage des additifs qu'ils sont susceptibles de contenir. - Un tri manuel, puis une micronisation (APR2) L'ajout d'additifs et de charges aux plastiques micronisés permet d'obtenir de nouveaux matériaux aux propriétés mécaniques définies. - Combiner tri manuel et tri optique (Valdelec) En adaptant les machines de tri à ces plastiques spéciaux, les premiers résultats obtenus sont encourageants.

TECHNOLOGIE INFRAROUGE POUR TRI OPTIQUE

- Spécialisée dans la fabrication de machines de tri optique, Pellenc Selective Technologies s'appuie sur la technologie de détection par proche infrarouge. Identifier jusqu'à 20 polymères distincts Avec l'École des mines d'Alès et la société Varay-Parisi, elle a récemment développé un prototype destiné au tri des plastiques des DEEE (déchets d'équipements électriques et électroniques) qui s'adapte aux caractéristiques de ces matériaux : une composition incluant différents polymères complexes (PVC, ABS, etc.), une faible granulométrie et un mélange de fractions blanches et de fractions noires, problématique pour un tri optique. Capable de détecter des fractions jusqu'à 1 cm2, cette machine reconnaît jusqu'à 20 polymères différents et peut en extraire deux par soufflage. L'équipe de recherche a également mis au point un tapis de tri blanc afin de traiter les plastiques foncés.

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