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De nouvelles ambitions pour la mécanique française

Industrie et Technologies
A l'assemblée annuelle de l' Association française de Mécanique (AFM) de belles recherches ont été présentées. A cette occasion, Jean-Jacques Gagnepain, directeur de la Technologie au Ministère de la Recherche a fix

L'assemblée annuelle de l'AFM – Association française de Mécanique – qui réunit les sociétés savantes du secteur de la mécanique s'est réunie en décembre dernier à la Maison de la Mécanique à Paris-La Défense en présence de Jean-Jacques Gagnepain, directeur de la Technologie au Ministère délégué à la Recherche et aux Nouvelles Technologie qui a montré quelques pistes qu'il souhaitait voir aborder par les chercheurs.

Au préalable, les interventions de plusieurs représentants de l'industrie ont montré que les mécaniciens étaient cependant bien à la pointe de la recherche, du développement technique, mais aussi des grands projets.

Au cours d'un exposé sur le modélisation de la combustion, Sébastien Candel, professeur à l'ECP, a fourni des exemples de simulation directe d'allumage de turbines à gaz. Les Français sont considérés comme les leaders de cette spécialité. Une partie des études concerne le couplage acoustique. Les travaux portent maintenant sur la simulation des grandes échelles (combustion, environnement…), pour lesquelles les besoins sont importants. Actuellement, la recherche se situe encore dans les équations moyennes, mais il faudra passer à un grand nombre d'équations. Parmi les résultats exposés, figurent la prévision des instabilités ou la réalisation de flammes cylindriques.

Pierre Leduc, chef de projet à l'Institut français du Pétrole, a parlé des travaux sur les moteurs automobiles. Pour diminuer les émissions, le principe est celui du downsizing. Les progrès sont considérables, en particulier dans les régimes très bas. Chez Renault par exemple, des moteurs de 3 l sont remplacés par des moteurs 1,8 l turbo avec les mêmes performances… mais aussi 15 à 30 % de surcoût.

Intervenant sur le partenariat avec la recherche publique, Christian Mari, directeur recherche et technologie du groupe Snecma a constaté que la France n'était pas mal placée en recherche, mais qu'elle l'était en matière de financement des idées pour montrer qu'elles fonctionnent. Pour cela il faut une politique orientée métissage pluridisciplinaire. 'Les inventions ne viennent pas de la monodiscipline', a-t-il déclaré.

Dans son intervention, Jean-Jacques Gagnepain a évoqué les outils d'enseignement à distance, en soulignant qu'il existe notamment le projet d'une université dans le domaine des sciences de l'ingénieur.

En ce qui concerne la recherche en mécanique, le Directeur de la Technologie pense que le principal problème se situe dans l'utilisation des résultats de recherche par le monde économique, laquelle doit se traduire par des créations d'entreprises. Dans beaucoup de pays avancés, la recherche ne se borne pas à la seule découverte, mais doit aller jusqu'à la mise au point du produit ou de la technologie.

Le représentant du ministère a aussi rappelé l'existence d'actions et de programmes incitatifs constitués en 16 réseaux appartenant à 5 domaines : aéronautique et espace, sciences du vivant, Information et communication, énergie et environnement, usage des technologies. La mécanique n'a pas son propre réseau de recherche, mais est présente dans tous les domaines.

En aéronautique les deux priorités sont le supersonique et l'observation de la terre. La mécanique y a une place, notamment via la mécanique des fluides. Parmi les sujets figurent la réduction du bruit acoustique. Jean-Jacques Gagnepain rappelle à quel point la bruit de la post-combustion est insoutenable. La durabilité des matériaux, la modélisation des systèmes complexes de toutes natures, par exemple lorsqu'il existe des phases mécaniques et thermiques ou encore des émissions électromagnétiques font aussi partie des priorités.

Dans les sciences du vivant, on se situe maintenant dans l'ère du post-génome. Pour notre interlocuteur, la France a une place dans le génotypage pour identifier les gènes et agir sur la résistance aux maladies. Il existe un important besoin de criblage de molécules. Il constate que les procédés industriels de l'industrie sont limités. Il faut encore construire des microréacteurs pour multiplier le nombre d'expériences. Il y a là un besoin de microtechnologie. 'Il est souhaitable que la mécanique joue un rôle', affirme Jean-Jacques Gagnepain.

'La mécanique n'a pas eu d'évolution assez forte vis-à-vis des autres disciplines, pourtant à l'origine des sciences', déclare Jean-Jacques Gagnepain. Malgré de belles réalisations en biomécanique, l'effort n'est pas suffisant et il n'y a pas d'autre solution que la mobilisation.

En sciences de l'univers, le stockage du CO2 est aussi à l'ordre du jour. Il rappelle que le Japon travaille sur la climatique et la météorologie. L"Earth simulation' au Japon n'exige pas moins de 40 teraflops de capacité de calcul, alors que nous avons des codes de calcul d'une meilleure qualité qui pourraient être mieux valorisés.

Dans le domaine des technologies de l'information et de la communication, les travaux portent sur les micro et nanotechnologies. De nombreux objets mécaniques ont été réalisés en silicium : engrenages, ressorts, bielles … les moteurs n'ont pas encore d'applications, mais des activités de recherche ont été ouvertes.

Le médical fait appel à l'usinage de haute précision, pour obtenir des états de surface à l'échelle nano. Depuis l'invention des microscopes à effet tunnel, le terme s'est étendu jusqu'à la manipulation d'atome, mais avant de construire couramment des objets à l'échelle atomique, le chemin sera encore long.

En énergie et environnement, les véhicules propres et la sécurité routière sont des priorités. Le renouvellement du parc nucléaire est à l'étude, mais avec une échéance de 50 ans. Il en va de même pour la production d'hydrogène de façon courante. L'utilisation de ce même hydrogène est résolue avec la pile à combustible, sous réserve des problèmes de prix, en revanche, il y a encore le problème du stockage de l'hydrogène à résoudre.

Autre programme la maîtrise du risque. La recherche duale va être menée avec la Défense, notamment la DGA délégation générale pour l'armement. Cette dernière travaille notamment sur des systèmes d'armes… peu polluants. L'écoconception est donc à l'ordre du jour dans ce domaine aussi.

Quelques autres sujets ont été abordés. En mécanique et acoustique, la basse fréquence est revendiquée par la mécanique et les hautes fréquences par l'électronique. Jean-Jacques Gagnepain prêche pour un rapprochement des deux. En mécanique et chimie, il constate la présence d'une frontière fluctuante sur les matériaux jusqu'à la limite du point de la réactivité chimique. Pour lui, les deux mondes doivent se regrouper. La mécanique a une bonne place en milieu non homogène polyphasique.

Par ailleurs, le Directeur de la Technologie estime que la mécanique ne s'est pas assez intéressée aux microsystèmes. Il existe peu de laboratoires, en dehors de Besançon. Malgré toutes leurs qualités, les microélectroniciens ne peuvent pas être de bons mécaniciens. Il y a donc un effort à accomplir.

En outre, il considère que la mécanique devrait tenir une place plus importante dans le domaine des procédés. La notion de génie des procédés est essentielle. Quand deux produits réagissent, le mélange importe beaucoup, mais la cuve intervient aussi. Le contrôle des produits, les amenées, la régulation de température, le contrôle/commande sont essentiels, ce qui suppose une compétence dans plusieurs disciplines scientifiques.

Enfin, autre domaine, il fait remarquer que l'automatique est dans une situation de crise, car les compétences sont dans les laboratoires et ne sont pas dans l'industrie. 'Il est nécessaire de réagir', dit-il.

Jean-Jacques Gagnepain annonce également une grande évolution, surtout financière : la LOLF, Loi organique de lois de finances, utilisée pour la présentation du budget de l'état ne se fera plus par lignes comptables, mais par grands objectifs, ce qui permettra de mieux voir ce qui se passe dans un domaine considéré.

Dernière constatation : dans les concours annuels pour la création d'entreprises, la mécanique est sous-représentée avec seulement 9 % des dossiers. Pour améliorer la situation, Jean-Jacques Gagnepain va prendre des mesures concernant les brevets, avec mise en place de primes. Le crédit impôt recherche, dont la suppression en partie inquiétait les Centres Techniques est rétabli. La recherche servant la mécanique doit donc devenir plus efficace.

'Il est possible de faire converger les efforts', a déclaré pour terminer Jean-Jacques Gagnepain.

A l'issue de son assemblée générale, l'Association Française de Mécanique a élu comme nouveau président Michel Cambarnous, ancien président du Haut Comité Mécanique, en remplacement de Christian Sayettat dont le mandat arrivait à échéance.

François-Xavier Lenoir

Pour en savoir plus
www.afm.asso.fr
- Contact : sylvie.box@afm.asso.fr

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