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De la prudence à la prise de risque, la Haute autorité de santé préconise de reporter la seconde dose de vaccin

Aline Nippert

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De la prudence à la prise de risque, la Haute autorité de santé préconise de reporter la seconde dose de vaccin

© BioNTech

La Haute autorité de Santé s'est dit favorable au report de la seconde injection des vaccins anti-Covid-19 de Pfizer-BioNTech et Moderna jusqu'à six semaines, dans un avis daté du 22 janvier. Une réponse au manque de doses de vaccins disponibles. Mais qui se passe de garanties scientifiques.

Doubler le délai prévu entre les deux injections vaccinales contre le Covid-19 à 42 jours pour toucher plus de monde plus vite ? Le gouvernement a désormais toutes les cartes en main. Après une première évaluation de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), c’est la Haute autorité de santé (HAS), qui s'est prononcé en faveur de cette modification du schéma vaccinal dans un avis rendu le 22 janvier.

Plus précisément, la HAS considère qu'il est « raisonnable de préconiser le report de la 2ème dose à 6 semaines, pour les deux vaccins à ARNm, afin d’accélérer l’administration de la première dose aux personnes les plus vulnérables. » La décision peut surprendre. Comme l'ont souligné bon nombre de médecins et scientifiques, tout comme Pfizer et Moderna, ce report ressemble fort, du point de vue scientifique, à un saut vers l'inconnu.

Les essais cliniques menés par Pfizer-BioNTech et Moderna ont été conçus pour évaluer l'efficacité vaccinale après deux injections séparées de, respectivement, 21 jours et 28 jours. L'analyse a posteriori des données concernant la période entre les deux injections ne peut donner de résultats scientifiques solides sur les conséquences d'une modification du schéma vaccinal. L'incertitude est donc de mise. Et les risques ne sont pas nuls.

L'Académie nationale de médecine plus réservée

Dans un avis rendu le 11 janvier, l’Académie nationale de médecine s’est notamment inquiété du risque d’aggravation de la maladie chez certains individus par « anticorps facilitant » : un phénomène qui survient « chez une personne ayant un faible taux d'anticorps neutralisants » et dont l’« état de réceptivité accrue » risque de se prolonger en cas de report de la seconde dose.

Sur le plan collectif, l’instance de médecine a alerté sur les risques liés à l’obtention d’une couverture vaccinale élargie, mais dont le niveau d’immunité serait faible. « [Cela] constituera un terrain favorable pour sélectionner l’émergence d’un ou de plusieurs variants, échappant à l’immunité induite par la vaccination », est-il souligné dans le document.

L'Académie de médecine a enfin recommandé, en cas de report de l'injection de la seconde dose, « de réserver cet élargissement aux personnes âgées de moins de 50 ans et ne présentant aucun facteur de risque de forme grave de Covid-19 ».

La perspective de 35% en plus en un mois de personnes recevant une première injection

La HAS estime ces risques faibles, et met en avant les bénéfices d'un plus grand nombre de personnes recevant plus vite une première injection. Avec à l'appui une modélisation de l'Institut Pasteur qui estime que, avec 100 000 injections par jour pendant 1 mois, l'allongement à 42 jours de l'écart entre deux doses permettra de passer le nombre de personnes ayant reçu une première injection de 2 millions à 2,7 millions.

L'accélération est alléchante. Mais le contraste est étonnant : il y a à peine un mois, une extrême prudence était revendiquée en matière de vaccination. Aujourd'hui, sauter dans l'inconnu est préconisé.

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