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C’est pas nouveau, quoique !

De l’Art Déco à la CAO 3D

Jean-François Preveraud

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De l’Art Déco à la CAO 3D

La table vague qui tronait dans le salon des premières classe du France

© DR

Formé par les maîtres de l’Art Déco, Maxime Old fut un brillant décorateur de la seconde moitié du 20e siècle. Il réalisa notamment le salon des premières classes du paquebot France. Pour pérenniser son œuvre, son fils a recréé ses meubles en 3D à partir des plans originaux.

1925 : la France rayonne dans le monde par ses créations artistiques. Voulant tourner les pages tragiques de la Grande Guerre, elle se veut symbole de modernité. L’automobile, l’aviation, les chemins de fer, les paquebots, l’architecture, mais aussi tous les arts, de la peinture à la danse, de la sculpture à la musique, en passant par la décoration, la haute-couture, la littérature avec le surréalisme, le cinéma et le design naissant, sont emportés dans le tourbillon des Années Folles, une époque créatrice, symbolisée aujourd’hui par l’Art Déco.

Successeur de l’Art Nouveau, l’Art Déco est un retour à la rigueur classique faisant appel à la symétrie et à une géométrie proche du cubisme. Il doit son nom à l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels qui s’est tenue du 28 avril au 25 octobre 1925 sur 23 hectares en plein centre de Paris, entre les Invalides et le Grand Palais, englobant même le Pont Alexandre III. Près de 6 millions de visiteurs la fréquenteront. Son succès, relayé par la presse internationale, aidera à une très large diffusion de l’Art Déco sur la planète. On le retrouvera rapidement dans les grands pays européens, hormis l’Allemagne, mais aussi outre-Atlantique aux États-Unis et au Canada, ainsi qu’en Inde, en Australie, au Viêt-Nam, en Chine, au Japon… L’Art Déco est le premier style mondial !

Toute une saga que l’on retrouvera dans l’exposition 1925 quand l’Art Déco séduit le Monde, qui se tient jusqu’au 17 février à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine à Paris.

Une pépinière de talents

Parmi les créateurs les plus prolifiques de cette époque, on retiendra le décorateur et ensemblier Jacques-Emile Ruhlmann, qui dessina de très nombreux meubles dans le bureau d’études de son agence de décoration. Il ira même jusqu’à rationaliser leur production dans un atelier ultramoderne. Au fait de son art, il se verra confier la direction artistique de la décoration intérieure du Pavillon du Collectionneur édifié lors de l’Exposition de 1925 par Pierre Patou.

Au nombre des collaborateurs de son bureau d’études, souvent choisis parmi les meilleurs élèves de l’Ecole Boulle, on retrouvera de futurs grands noms de la décoration et du design, qui officieront des années 30 aux années 80, tel Maxime Old. Fils d’artisan ébéniste, celui-ci se montra brillant à l’Ecole Boulle et travailla de 1928 à 1933 au sein du bureau d’études Ruhlmann. Il s’y affirma et y développa sa propre vision de la modernité, tout en y apprenant du «patron» une totale exigence artistique, qualitative et organisationnelle, et en gardant un sens critique sans compromis vis-à-vis de lui-même et de ses créations. Elément remarquable, il bénéficiait d’un statut privilégié qui lui permit, par exemple, de signer de son nom l’un des huit appartements de luxe qu’il réalisa en 1930 pour le paquebot Atlantique.

Du France à la 3D

Au fil des années, son style épuré et élégant séduisit de nombreux clients tant privés qu’institutionnels : ambassades, hôtels de luxe, sièges d’entreprises, paquebots… Suite à un concours, il prend en charge en 1961 la décoration du salon des premières classes, la pièce la plus prestigieuse du paquebot France, le fleuron de la technologie et des arts français de l’époque. A côté de ces commandes unitaires, il conçoit aussi des lignes de meubles qui sont édités quelquefois à plusieurs centaines d’exemplaires.

Afin de pérenniser l’œuvre de l’artiste décédé en 1991 à l’âge de 80 ans, son fils Olivier Old, ingénieur de formation, a décidé de créer la société Maxime Old Concept. « J'ai à cœur de faire partager les émotions liées aux œuvres de mon père. Je les connais bien, pour avoir collaboré avec lui pendant plus d'une dizaine d'années. Je suis à la fois sa mémoire et son expert », confie-t-il.

Maxime Old réalisait des perspectives gouachées et des maquettes de ses projets créatifs, dont il déclinait ensuite sa vision 3D, en 2D sur papier-calque. Maxime Old, en plus de 50 ans, a créé plusieurs milliers d'œuvres référencées, qui se traduisent par des dizaines de milliers de calques. Afin de faire partager cette œuvre au plus grand nombre, Oliver Old a décidé, non pas de numériser ces archives, mais de partir d’elles pour recréer à l’aide de la CAO des modèles en 3D au rendu réaliste. « L'œuvre de mon père se caractérise par une très grande exigence, tant au niveau de la conception générale que des détails ou des matières et finitions. C’est pourquoi nous avons choisi de travailler avec SolidWorks, une solution de CAO 3D capable de traiter toutes les phases, de la conception au rendu réaliste, avec la même rigueur et la même qualité », explique Olivier Old.

Respecter la pensée de l’artiste

Des modèles 3D qui servent maintenant à refabriquer en édition limitée des pièces exceptionnelles. Ce fut par exemple le cas en 2011 pour certaines pièces de mobilier présentées lors de l’exposition sur le paquebot France qui eue lieu au Musée de la Marine.

« A cette occasion, nous avons pu grâce à la CAO 3D créer le modèle exact d’une table basse en forme de vague dont les deux parties se juxtaposent parfaitement dans deux positions, a priori incompatibles. Mon père avait prévu la condition, très particulière, qui rend exceptionnellement les deux positions compatibles. Mais techniquement, à l'époque, cette condition ne pouvait qu'être approchée. Aujourd'hui, avec la CAO 3D, j'ai réussi à modéliser cette condition. Résultat, le prototype édité pour l'exposition du Musée de la Marine est pour la première fois rigoureusement conforme à la volonté artistique originale. »

Et ça, c’est nouveau !

Jean-François Prevéraud

Pour en savoir plus : http://www.maximeold.net

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