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La semaine de Jean-François Prevéraud

Dassault Systèmes toujours au Zénith

Industrie et  Technologies
Les résultats 2006 ont été globalement bons. La stratégie 3D pour tous progresse et la nouvelle entente avec IBM permettra aux revendeurs d'accroître leurs marges sans augmenter les prix. Que peuvent demander de plus les utilisateurs ?


Parmi les rendez-vous traditionnels de la mi-février du petit monde du PLM se trouve la conférence de presse d'annonce des résultats de Dassault Systèmes. Et cette année encore nous n'avons pas dérogé à la règle. « S'il est un mot qui peut qualifier l'année 2006, c'est bien passionnante », plaisantait en préambule Bernard Charlès, directeur général de l'éditeur de Suresnes. Il faut dire que Dassault Systèmes a, pour son 25e exercice fiscal, enregistré une croissance de son chiffre d'affaires en 2006 de 27 % à taux de change constant, celui-ci atteignant 1,178 milliards d'euros (1,480 B$). Il est vrai que le périmètre a évolué, puisque Dassault Systèmes a intégré officiellement Abaqus, puis MatrixOne en 2006.

A périmètre constant, la croissance n'a donc été que de 12 %, à rapprocher des 7 % d'UGS (CA de 1 193 M$ sur 12 mois à fin septembre 2006, derniers chiffres publiés), des +19 % de PTC (855 M$ CA incluant toutefois l'acquisition d'Arbortext et MathSoft), et des 21 % d'Autodesk, qui devrait annoncer un chiffre d'affaires global de l'ordre de 1 850 M$ la semaine prochaine.

« Cette progression nous a permis de gagner 2 % de part de marché en 2006, 10 % depuis 10 ans, et d'atteindre les 25 %. Cela nous permet de rehausser nos prévisions de croissance pour 2007, en visant maintenant une fourchette de + 12 à 13 % hors éventuelles acquisitions ». A plus long terme, Bernard Charlès envisage un chiffre d'affaires de 1,9 milliards d'euros pour 2010, hors acquisitions. Mais sans être dans les secrets des dieux, Dassault Systèmes devrait annoncer avant la fin de l'année 2007 une nouvelle étape de son offre et a certainement quelques acquisitions en vue. La barre symbolique des 2 milliards d'euros devrait donc être largement franchie avant 2010.

Si l'on regarde la répartition du chiffre d'affaires par ligne de produits, l'activité conception (Catia, Simulia, Delmia) représente 64 % du CA (+28 %), l'activité gestion du cycle de vie (Enovia VPLM, MatrixOne, SmarTeam) représente 17 % du CA (+66 %), enfin SolidWorks représente 19 % du CA (+22 %).
Des regroupements différents de ceux des années précédentes qui masquent la stagnation des ventes de nouvelles licences de Catia (35 343 sièges, +2 %), alors que celles de SolidWorks ont connu une progression de 16 % (43 341 sièges vendus en 2006).
Heureusement la base installée Catia complète ses postes avec des modules additionnels (composites, électricité...) et le chiffre d'affaires récurrent (location, maintenance...) permettent d'enregistrer une croissance globale de 6 % sur cette ligne de produit.
Notons que le prix moyen d'une licence Catia reste stable aux alentours de 12 800 €, alors que celui d'une licence SolidWorks progresse d'environ 5 % aux alentours de 5 000 €, "boosté" par l'intégration de plus en plus fréquente de modules de calcul et de gestion de données techniques.

« A terme le segment de marché des outils de CAO devrait connaître un rebond car la frontière entre conception et travail collaboratif évolue rapidement. Ce qui va nous conduire à mettre à la disposition de nos clients des fonctionnalités en ligne avec des modèles de facturation innovants démocratisant leur usage, notamment dans les PME. Cela se fera autour de la stratégie SOA (Services Oriented Architecture), mais demandera quelques années, 3 à 5, avant d'entrer pleinement dans les mÅ“urs, car les données de conception de produits sont éminemment sensibles pour les entreprises ».

De même, selon nos calculs, la progression de 66 % dans le domaine de la GDT suite à l'intégration de MatrixOne (70 M€ de CA +20 %) masque une progression de 7,5 % des ventes d'Enovia VPLM et de SmarTeam réunies. Connaissant les succès de SmarTeam, il y a donc fort à parier que les ventes d'Enovia VPLM aient pour le moins "marqué le pas" en 2006. L'intégration de MatrixOne permet par contre à Dassault Systèmes de s'ouvrir de nouveaux segments de marché dans les hautes technologies (Quallcomm, Agere Systems...), l'habillement (Quiksilver, Guess, Rei...), le médical (Medrad...), la pharmacie...

Côté usine numérique, les premiers utilisateurs de l'approche Virtual Commissioning, c'est à dire la validation dans la maquette numérique des logiciels pilotant les automates programmables, ont été enregistré par Delmia « Nos accords multiples avec Omron, Schneider Electric, Siemens, Mitsubishi, etc. permettent à nos clients d'être indépendants du choix du matériel. Par contre, Omron a été le premier à décidé de livrer nos logiciels aux clients lui faisant confiance pour équiper leurs cellules de production ».

Enfin, Simulia aurait connu une croissance double de celle du marché (+12%). « Cette progression est intéressante, mais nous allons renforcer nos investissements dans ce domaine, car Simulia, comme nos autres marques, doit être numéro un sur son segment et il n'est que troisième actuellement ». Chronique d'acquisitions annoncées donc dans le monde du calcul.

Ouvertures sur un futur en 3D

« Pour nous, le PLM c'est faire en sorte qu'il n'y ai pas de rupture dans la filière numérique autour du produit. C'est pourquoi nous souhaitons offrir à nos clients un portefeuille complet et cohérent. Ainsi à terme, on pourra parler de Catia System, un ensemble d'outils qui sera non seulement capables de simuler la partie opérative des mécanismes conçus, mais aussi la partie commande embarquée pour arriver à une véritable simulation comportementale des produits. Nous avons pour cela fait l'acquisition en 2006 de l'éditeur suédois Dynasim avec son logiciel Dymola et lancé le consortium Eurosyslib avec une quinzaine d'industriels européens, afin de générer du contenu pluri-industriel directement utilisable pour la simulation. Ainsi, lorsque dans la maquette numérique du poste de pilotage d'un avion vous appuierez sur le bouton train d'atterrissage, cela mettra en mouvement tous les mécanismes liés à ce système et fera sortir les jambes du train de leurs logements ».

Autre cheval de bataille de Dassault Systèmes, le 3D pour tous, qui permettra à terme de faire participer le plus grand nombre à la conception des produits et des process. « L'intégration de plus en plus forte de Virtools dans le processus de conception autour des outils Catia va permettre d'intégrer les utilisateurs finaux très tôt dans le processus de développement. Ainsi une compagnie aérienne pourra configurer en ligne en 3D l'intérieur de la cabine de ses futurs avions et aider le constructeur à définir des aménagements plus opérationnels. De même, les concepteurs de biens de consommation pourront faire tester leurs futurs produits à un panel de clients de manière totalement numérique et, en fonction de l'expérience d'utilisation tirée, améliorer la conception de leurs produits. Ce type de validation virtuelle permettra aussi d'optimiser l'ensemble des processus et opérations de fabrication, de montage et de maintenance des produits. Cela a par exemple été le cas avec le virtual roll-out du 787 fait par Boeing en décembre dernier. Plus près de nous, Bénéteau a redéfini l'ensemble du processus de production de ses bateaux à l'aide des outils Delmia ».

Et comme chaque conférence de Dassault Système ne peut pas se passer d'une démonstration des vertus à venir du 3D pour tous, nous avons eu droit cette fois à la mise en place d'un magasin de vêtements. Grâce à l'intelligence embarquée dans les objets, les étagères se mettent en place automatiquement le long des murs, les tables s'alignent toutes seules et les piles de pull-overs se distribuent aux différents emplacements. Pendant ce temps, le sol se pare d'une palette de couleurs correspondant aux zones de chalandise, que vous avez pu analyser sur des implantations réelles. Vous pouvez ainsi créer très rapidement en 3D un magasin où la circulation sera fluide, tout en donnant à vos produits le maximum de chances d'être vus et donc achetés par les clients. « Ce genre d'outil 3D rassemble dans un mode d'expression facilement compréhensible par tous, les multiples informations produit de l'entreprise, jusque là souvent cachées dans des documents Word ou des fichiers Excel. Chacun peut ainsi accéder aux savoirs des autres acteurs et en tirer pleinement profit pour ses propres activités. La démocratisation du 3D sera un formidable accélérateur pour les entreprises ».

Pour finir, quelques sujets d'actualité

Concernant la nouvelle donne commerciale entre IBM et Dassault Systèmes (voir notre lettre du 1er février), Bernard Charlès a expliqué que les deux partenaires allaient continuer à travailler ensemble sur la mise en place des outils PLM dans les grands comptes, soit 50 % du marché. Parallèlement, Dassault Systèmes va prendre progressivement d'ici fin 2008 le contrôle de l'ensemble des revendeurs jusque là sous la houlette d'IBM, soit 35 % du marché. La situation quant à elle vis-à-vis de SolidWorks ne change pas. « Nous allons faire avec le réseau de distribution PLM, ce que nous avons réussi à faire avec celui de SolidWorks. En supprimant un niveau, nous allons à la fois pouvoir augmenter nos marges et celles de nos partenaires. Ce dernier point est fondamental, car il faut que les distributeurs aient les moyens de réellement investir autour du PLM, afin de mieux répondre aux attentes de leurs clients. Ne comptez donc pas sur nous pour nous lancer dans une guerre des prix que nous jugeons suicidaire ».

Enfin, on ne pouvait éviter de parler de l'acquisition d'UGS par Siemens. « Elle nous réjouit. UGS étant dans les mains de financiers, sa revente était donc prévisible depuis longtemps, restait à savoir qui serait l'acquéreur. Le fait que ce soit Siemens crédibilise la vision de l'usine numérique et il est bon que nous ayons un concurrent dans ce domaine pour nous aiguillonner. Par contre, je ne sais pas si Siemens sera le mieux placé pour offrir du PLM à de nouveaux marchés tels que ceux de l'habillement ? De même, Siemens a-t-il un réel intérêt à poursuivre les développements autour des outils CAO d'UGS ? Enfin, l'histoire montre que bien peu d'éditeurs de logiciels ont réussi dans un conglomérat industriel ! ».

Bref, un Dassault Système toujours égal à lui-même, qui a globalement de bons résultats et qui montre la voie sur un segment de marché où il est leader, faisant fi des menus problèmes du quotidien. Reste que des sujets cruciaux pour les industriels comme l'hétérogénéité des outils et des formats de CAO, sont discrètement évacués en mettant en avant l'intérêt qu'il y aurait pour eux à adopter l'écosystème de l'éditeur de Suresnes. Une réponse à la Microsoft. Mais cela n'a pas trop mal réussi jusqu'à maintenant au géant de Seattle. Alors...

A la semaine prochaine.

Pour en savoir plus : http://www.3ds.com/fr

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle, suit depuis plus de 25 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM...). Il a été à l'origine de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.

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