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Dassault Systèmes tenté par l'ERP et le matériel

Industrie et  Technologies
La conférence des développeurs tiers autour de la plate-forme technologique de Dassault Systèmes a été marquée par le lancement officiel de la V6. L'éditeur y a aussi évoqué une probable intrusion dans le monde de l'ERP en incluant des outils de contrôle


« Le PLM 2.0 n'est pas la continuité du PLM que nous avons connu jusqu'à maintenant. C'est un outil beaucoup plus puissant dont il va falloir apprendre à se servir », a prévenu Dominique Florak, Directeur Général Adjoint en charge de la R&D Produits de Dassault Systèmes, lors de l'ouverture de Devcon 2008, la conférence des développeurs de l'écosystème Dassault Systèmes qui se tenait mardi à Paris.

Et de fait la matinée a été consacrée à des présentations pour le moins inhabituelles, qui ont mis fortement l'accent sur 3DVia, laissant les produits plus traditionnels (Catia, Simulia, Enovia, Delmia) dans l'ombre des ateliers de l'après-midi. Même l'acquisition annoncée le matin même d'Engineous Software, qui apporte à Dassault Systèmes des outils de gestion du cycle de vie de la simulation (Simulation Lifecycle Management - SLM), n'a fait l'objet que d'une mention.

Il faut dire que le message que Dassault Systèmes entendait faire passer tient en deux mots : Lifelike Experience. L'éditeur de Suresnes se veut en effet très au fait des tendances d'évolution sociétales, notamment dans l'usage des nouvelles technologies et il souhaite proposer aux industriels des outils leur permettant de concevoir plus vite des produits innovants répondant à ces nouvelles attentes.

Afin d'illustrer ces tendances, Stefan Lechère, responsable du développement de Netvibes, est venu nous présenter la vision de cet éditeur proposant des Widget (page d'accueil Internet dynamiques et personnalisables par l'utilisateur). « Le Graal de l'Internet, c'est de pouvoir comprendre et satisfaire les intentions des utilisateurs dès leur émission, afin de faire gagner du temps à leur communauté », affirme-t-il.

Créer des écosystèmes d'intelligence collective

Cette mise en condition faite, Bernard Charlès, directeur général de Dassault Systèmes est venu présenter la vision de Dassault Systèmes face à ces évolutions et positionner la V6 dans ce contexte. « Les industriels qui veulent développer leurs activités dans un monde qui va devenir de plus en plus concurrentiel, doivent tenir compte de quatre points clés. Tout comme la banque, l'industrie doit "virtualiser" ses processus en utilisant une chaîne numérique lui permettant de faire dialoguer facilement tous les acteurs du développement de produits, jusqu'à l'utilisateur final. Il faut pour cela utiliser massivement le 3D, qui est facilement compréhensible par tout à chacun, et s'en servir pour faire tester les produits par leurs futurs utilisateurs en mélangeant réel et virtuel. Il n'est de voir comment la console Wii a changé les manières de jouer et attiré de nouveaux utilisateurs jusque là réfractaires aux consoles de jeu, pour imaginer l'apport de tels périphériques dans le test virtuel de futurs produits par des consommateurs ».

Un deuxième point clé sera la capacité à créer des communautés, véritables écosystèmes d'intelligence collective, facilitant réellement la collaboration et la circulation des informations. « Cela va fondamentalement changer les méthodologies de développement. Mais force est de constater que l'offre actuelle revient à avoir les deux pieds coulés dans le béton, ce qui est préjudiciable à la nécessaire agilité dont les entreprises doivent faire preuve. Nos outils permettent d'aller plus loin ».

Un autre point important mis en avant par Bernard Charlès a été le Global Sourcing et le IP Trading. « Si l'on veut réduire les délais de développement de nouveaux produits, il va falloir réutiliser intelligemment des bouts de projet, qu'ils aient été développés en interne ou par des sociétés tierces. Bien évidemment, il ne s'agit pas de copier, mais de protéger et d'acquérir des composants de propriété intellectuelle et d'en faciliter la réutilisation. D'un point de vue économique, cela veut aussi dire que les actuels systèmes d'ERP qui sont justes capables de comptabiliser des dépenses vont disparaître ».

Une ouverture vers le design

Enfin, le dernier point évoqué par Bernard Charlès a été la facilité d'approche des produits et le respect de l'environnement : « Les produits qui rencontrent le succès sont ceux qui sont les plus simples et les plus intuitifs à utiliser. C'est pourquoi nous accordons une place grandissante au design dans notre offre, non seulement pour créer des surfaces de styles, mais aussi pour définir des scénarios d'usage et donner aux futurs utilisateurs la possibilité de les utiliser virtuellement bien avant que les produits soient complètement définis à travers des outils comme Virtools. Il faut que les concepteurs soient persuadés que les consommateurs n'ont plus envie de lire un mode d'emploi avant d'utiliser un produit aussi complexe soit-il, mais de "jouer" avec et d'apprendre en l'utilisant. Bien évidemment, la dimension environnementale et développement durable doit aussi être largement pris en compte dés les phases amont de la conception ».

Côté produit, c'est bien évidemment l'architecture V6 qui a été mise en avant. Annoncée en début d'année, elle est maintenant disponible. C'est l'aboutissement d'un processus commencé il y a deux ans avec l'annonce de l'architecture SOA (Services Oriented Architecture), qui s'est poursuivi, il y a un an avec l'annonce du 3D comme nouveau Web média (accord avec Publicis autour de 3D SWYM pour See What You Mean), ainsi que celle des outils 3DVia pour l'expérimentation virtuelle. « Mais le mouvement vers le Web est aussi une évolution qui suit celle des médias informatiques. Catia V3 était sur mainframe, V4 sous Unix, V5 sous Windows. Il est logique que V6 arrive sur le Web », constate Bernard Charlès. De fait, Catia et l'ensemble des autres produits de la gamme de Dassault Systèmes seront bientôt tous disponibles (156 modules pour le moment) sous forme de services sur le Web, soit sur l'intranet des entreprises soit sous forme de services via l'internet. On envisage même chez Dassault Systèmes de proposer d'héberger les données des clients.

Côté fonctionnalités la V6 permettra de marier les différents points de vue sur un produit, notamment en superposant la simulation ou l'architecture système sur la maquette numérique. « Pour cela, Enovia MatrixOne ne sera plus un outil de GDT associé à la CAO ou la simulation. Ce sera le véritable cÅ“ur du système V6 qui permettra de synchroniser les différents points de vue sur un projet, de partager les savoirs et les savoir-faire du passé pour créer des produits du futur qui soient bon du premier coup. Le temps où les outils de GDT servaient à gérer et échanger des fichiers est révolu. Ces nouveaux outils doivent servir à développer et agréger une véritable intelligence collective ». Dassault Système entend d'ailleurs proposer des offres spécifiques par grands types d'industries, ainsi que par tailles d'entreprises.

La V6 aux 4 coins du monde

Une démonstration des capacités de V6 a ensuite été faite en direct sur le Web, avec des utilisateurs répartis entre la France, la Suède, les USA et le Brésil. On a ainsi vu comment ils pouvaient extraire à la volée des données d'une base de données centralisée sans qu'il soit besoin de la répliquer sur chacun des sites. « Cela fonctionne par indexation des objets et des relations les liant. D'ici la fin de l'année nous pourrons aussi indexer des pièces similaires et ainsi éviter aux industriels de réinventer la roue », confie Dominique Florak. Une sorte de Technologie de groupe assistée par ordinateur (TGAO) revue à l'aune du Web.

Une autre démonstration orchestrée par Florence Hu-Aubigny, responsable de la R&D autour de 3DVia, a mis en valeur les capacités de ce logiciel. « Avec ces outils on peut se mettre dans la peau d'un consommateur afin de tester et éventuellement de détruire très rapidement des prototypes virtuels. L'objectif est d'en tirer de manière économique des enseignements pour améliorer les produits en cours de développement. Le cycle d'itération est très rapide, ce qui permet de raccourcir les délais de développement. Il est clair que les développeurs de produits vont passer de plus en plus de temps dans le monde virtuel pour gagner du temps dans le monde réel ».

Bref des annonces et des démonstrations qui concrétisent la stratégie évoquée lors du précédent Devcon, il y a un an. Mais peu d'idées nouvelles. Comme si Dassault Systèmes voulait marquer une étape et laisser au marché le temps d'accepter et de digérer l'arrivée du PLM 2.0. Une technologie d'ailleurs suffisamment déstabilisante, car elle bouleverse complètement les habitudes de développement des industriels, ainsi que les méthodologies et les outils qu'ils ont déjà pu mettre en place.

L'éclairage de Bernard Charlès

J'ai pu ensuite m'entretenir avec Bernard Charlès et justement essayer d'élargir la vision. « Sais-tu que la V6 fonctionne en 6D ? Les 3D de la géométrie, le temps, l'interactivité avec l'utilisateur et l'émotion que nous pouvons provoquer en faisant tester un produit virtuel à un futur acheteur ! Et crois moi nous sommes très sérieux à propos de ce qui peut sembler ludique dans nos produits », plaisante d'entrée de jeu le directeur général de Dassault Systèmes. « Nous ne sommes pas dans Second Life où tout est virtuel. Nous sommes dans First Life, la vraie vie, et nous offrons à nos clients la possibilité d'utiliser pleinement toutes les ressources du virtuel pour améliorer le plus rapidement possible leurs produits réels ».

La réponse de Bernard Charlès à ma question sur sa perception de la Synchronous Technology annoncée récemment par Siemens PLM Software a été très lapidaire : « c'est le dernier avatar de l'ancienne génération d'outils de modélisation ». Reste que lorsqu'il parle des capacités de modéliser dans Catia  des "Smart Objects" ayant un comportement intelligent, je retrouve "l'intelligence de la matière" que j'avais perçue dans la Synchronous Technology.

J'ai aussi tenu à lui faire préciser son discours sur la mort annoncée des ERP. « Il va falloir intégrer la dimension économique dans la conception, non plus en comptabilisant les dépenses après coup, mais en fixant des objectifs dès le départ du projet et en intégrant dans les outils de conception les moyens de vérifier que l'on reste dans l'épure initiale. Ce que les ERP ne peuvent faire. C'est pourquoi nous aurons bientôt une offre allant dans ce sens autour d'Enovia. Il faut que les dirigeants d'entreprises puissent prendre leurs décisions autrement que devant des présentations Powerpoint ou des tableurs Excel. Le 3D nous semble être le média le plus approprié si on peut lui ajouter une composante économique ». Il semble en réalité que Dassault Systèmes ait dans l'idée de doter ses outils de moyens de contrôle économiques qui soient capables de dialoguer avec les outils de gestion intégrée au niveau entreprise. Il y a donc peu de chance de voir Dassault Systèmes prendre la place de SAP, mais plutôt de voir les passerelles entre les deux systèmes se développer.

Concernant la possibilité de proposer une offre de services allant jusqu'à l'hébergement des données des clients et à son positionnement vis-à-vis du partenaire IBM, Bernard Charlès est clair : « nous aurons prochainement ce genre d'offre à notre catalogue et il s'agira d'une offre propre à Dassault Systèmes ».

Les démonstrations ont mis l'accent sur les périphériques permettant d'assurer l'interactivité avec les mondes virtuels, tel le boîtier de commande de la Wii. Dassault Systèmes développe-t-il ce genre d'outils ? : « Nous avons effectivement des développements en cours sur des périphériques intuitifs d'interaction avec le 3D, qui devraient être à la fois utilisables dans le domaine professionnel et dans le grand public, mais il est encore un peu tôt pour t'en dire plus », conclu Bernard Charlès.

A la semaine prochaine

Pour en savoir plus : http://www.3ds.com/fr

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle, suit depuis plus de 26 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM...). Il a été à l'origine de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.

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