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Dassault Systèmes s'oriente vers les services en ligne

Industrie et  Technologies
Je suis juste de retour de l'ECF, grand messe des utilisateurs européens des logiciels de Dassault Systèmes. Cela ma permis de faire le point sur l'offre actuelle, les relations entre Dassault Systèmes et IBM, ainsi que d'entrevoir le futur de Catia. Un f


C'est devenu une tradition dans le petit Landerneau du PLM, Dassault Systèmes et IBM organisent toujours début novembre à Disneyland Paris leur ECF, European Catia Forum, maintenant élargi à l'ensemble des produits du portfolio de l'éditeur de Suresnes. D'abord destiné aux utilisateurs de ces outils, l'ECF leur permet de faire le point sur l'ensemble de l'offre et de son évolution à moyen terme, de rencontrer les responsables des deux entreprises en charge des différents produits et d'assister à des présentations d'applications exemplaires faites par d'autres clients. C'est aussi une aubaine pour les journalistes et analystes du secteur.

C'est donc à un ECF marqué par les anniversaires auquel j'ai eu le plaisir d'assister. Tout d'abord les 25 ans de Dassault Systèmes. Que de chemin parcouru depuis la conférence de presse annonçant la création de la société en 1981 à laquelle, jeune journaliste, j'ai participé. De quelques dizaines de personnes venues essentiellement du département CAO de Dassault Aviation pour commercialiser un modeleur 3D, la société regroupe maintenant 6 800 personnes et est devenue l'un des piliers du PLM avec un chiffre d'affaires de 944 M€ en 2005, plus de 90 000 clients et un million d'utilisateurs. Mais ce 10e ECF, un anniversaire en soi, marquait aussi les 10 ans de l'introduction en bourse qui a donné une réelle visibilité à la société.

« 25 ans, c'est un long mariage et il est vrai que nous avons eu souvent des explications "franches" », a tenu à rappeler Hervé Rolland, vice-président d'IBM en charge des ventes PLM, en ouverture de la séance plénière. « Mais contrairement aux rumeurs propagées depuis longtemps par les Cassandres, notre relation dure toujours et continuera à durer, car elle nous permet d'offrir à nos clients les meilleurs outils pour accroître leur valeur ajoutée dans le cycle de développement de leurs produits ». Ce thème des relations entre les deux sociétés reviendra d'ailleurs souvent dans les nombreuses discussions que j'ai pu avoir avec les responsables des deux sociétés. Bref tout va bien comme dans tous les vieux couples, même si parfois...

L'innovation collaborative

Le maître-mot de cette séance plénière a été l'innovation collaborative. « Dans un monde hyper-concurrentiel, les entreprises industrielles doivent proposer des produits innovants se démarquant de la concurrence. Il leur faut pour cela mettre en place des structures, des méthodologies de travail et des outils leur permettant de développer plus rapidement ces produits différentiateurs. Le déploiement d'une approche PLM et d'une chaîne d'information numérique complète intégralement 3D sont les vecteurs clés de cette démarche », estime quant à lui Philippe Forrestier, directeur général adjoint en charge du marketing de Dassault Systèmes. Des propos illustrés par Jean-Pierre Serey, vice-président en charge de l'ingénierie, de la recherche et de la technologie chez le fabricant de trains d'atterrissage Messier Dowty, ainsi que par Markus Merila, responsable de conception mécanique chez Nokia.

Mais tous deux ont surtout mis en avant le rôle prépondérant des équipes mettant en place et utilisant les outils PLM. « Quelle que soit la performances des outils que vous allez mettre en place, il faut que les personnels qui vont les utiliser aient envie de travailler ensemble et sur les mêmes bases. Dans un groupe international, il faut donc porter une attention toute particulière aux cultures de chacun. Comprendre par exemple que lorsqu'un anglo-saxon vous répond "Yes, but", cela veut en réalité dire non, et qu'un "interesting", signifie que l'on peut oublier l'idée. Autant d'éléments culturels qui, s'ils ne sont pas pris en compte, ne vous permettront pas de tirer pleinement parti de votre démarche PLM », prévient ainsi Jean-Pierre Serey.

« La mise en place d'une approche PLM doit se faire dans le cadre de l'entreprise étendue », estime quant à lui Markus Merila. « Et il ne faut pas limiter cette vision aux seuls sous-traitants. Nous essayons ainsi d'intégrer dans nos cycles de développement des universitaires, des clients, des inventeurs, des start-up et de travailler en véritable co-opération avec eux autour de futurs produits ».

Enfin, les deux utilisateurs ont plaidé pour une plus grande qualité et stabilité des applications informatiques. « Il y a 30 000 atterrissages d'avions chaque jour dans le monde et le taux d'accident est inférieur à 1 pour 1 milliard d'atterrissage. Que dire d'applications qui "plantent" au moins une fois par jour ? », a conclu Jean-Pierre Serey.

Retour sur le futur

Morceau de bravoure de cette matinée, l'intervention de Bernard Charlès, directeur général de Dassault Systèmes, qui lève toujours un coin du voile sur le futur proche de l'entreprise. « Il ne faut plus voir le 3D comme un moyen commode et universel de visualisation, mais comme un média à part entière permettant d'imaginer, de créer, d'utiliser et de valider des produits qui n'existent pas encore. Le tout avec une interface unifiée intuitive qui réponde aussi bien aux besoins du spécialiste que de l'utilisateur final du produit ». Bernard Charlès nous a ainsi fait une démonstration de création en quelques clics d'un appareil photo numérique où l'on implante des boutons pour déclencher la prise de vue, régler le zoom ou piloter les menus, qui sont dotés d'un comportement réel permettant d'interagir en temps réel sur le boîtier. On peut ainsi déplacer cet appareil photo virtuel dans une scène et prendre des photos. Il est alors possible de faire évaluer la facilité d'utilisation du futur produit par un panel de consommateurs.

Autre démonstration, dans le domaine du logiciel embarqué cette fois. Suite à l'acquisition de l'entreprise suédoise Dynasim en juin dernier et de sa technologie Modelica, il devient possible de générer automatiquement le logiciel embarqué devant piloter un produit en imposant au modèle 3D le comportement que l'on souhaite. On peut ainsi envisager de confier à un commandant de bord les manettes d'un avion virtuel, afin "d'apprendre" au logiciel les bonnes procédures. On peut ainsi envisager une création automatique du logiciel embarqué.

Mais il prédit aussi que le média 3D fera une entrée fracassante dans notre vie quotidienne. « Nous avons développé pour Boeing à l'aide de nos outils Virtools connectés à leurs bases de données Catia, un outil de configuration en ligne des zones passagers de leurs avions. Suivant le nombre, le type et la disposition des sièges souhaités, tout l'habitacle se reconfigure automatiquement et il est possible de se déplacer en temps réel dans une maquette numérique réaliste. Mais cette idée initiale en a entraîné d'autres. Boeing estime ainsi qu'il sera possible à moyen terme de montrer au futur passager son siège et la "vue" qu'il aura depuis celui-ci lorsqu'il fera la réservation de son billet en ligne ». Bernard Charlès n'hésite pas ainsi à lancer un nouveau paradigme "3D for 3C", à savoir creation - collaboration - customer experience.

Une orientation vers les services en ligne

Autre cheval de bataille de Bernard Charlès, V5 SOA. En effet, le futur de Catia et de tous les produits basés sur l'architecture V5 se déclinera autour d'une Service Oriented Architecture. L'annonce en avait été faite en juin dernier et j'ai commencé à en voir les effets lors de cette présentation. « Dès maintenant nous commençons à introduire cette notion dans nos produits, la présentation d'Enovia 3D Live en est l'illustration, et cela ira en se renforçant. D'ici la fin de la décennie nous en serons même à V5 SOA SaaS, (Software as a Service). C'est à dire que l'utilisateur pourra par exemple se servir d'un Catia intuitif en ligne grâce à un client léger, de l'ordre de 30 Mo, téléchargeable en moins de 30 secondes ».

Et de fait la démonstration en direct d'Enovia 3D Live est impressionnante. Imaginez une vue de la maquette numérique complète en 3D d'un jet d'affaire Falcon 7X posée sur une table tournante, vous cliquez dessus et vous arrivez sur une vue rapprochée de la zone pointée, elle aussi sur une table tournante. Vous cliquez encore, vous arrivez sur le sous-ensemble désigné, vous cliquez encore, vous êtes au niveau composant, encore un clic et vous êtes au niveau de la pièce unitaire. Et dans chacune des vues la couleur des éléments vous informe sur leur statut (valide, en cours de modification, ayant été modifié récemment). Des info-bulles vous donnent les caractéristiques des éléments, leurs références ou fournisseurs, le créateur de la pièce, l'utilisateur actuel...

Bref vous avez, de manière très visuelle et ludique, accès à toutes les informations que pourrait vous donner un outil de GDT, mais sans être obligé de naviguer dans une kyrielle de menus complexes et d'arborescences 2D toutes plus rébarbatives les unes que les autres. Un outil qui devrait faire un tabac du bureau d'études aux services de maintenance, voire jusqu'aux utilisateurs finaux. « Et nous livrerons bientôt des plugs-in, afin de fonctionner avec les principaux outils de PLM du commerce », affirme Bernard Charlès.

Ce qui est certain c'est qu'à l'instar de ce qui c'est passé dans le domaine des périphériques graphiques matériels, où ce ne sont plus les applications de simulation militaires ou scientifiques, mais les jeux vidéo qui tirent vers le haut les performances, ce sont aussi les interfaces utilisateurs très conviviales et intuitives de ces jeux qui influencent fortement celles des logiciels professionnels. 

Dassault Systèmes bientôt présent dans le bâtiment ?  

Après cette séance magistrale, j'ai pu avoir des entretiens avec les principaux responsables de Dassault Systèmes. « Nous continuons à investir fortement pour développer nos outils actuels de PLM, mais dans le même temps nous essayons d'imaginer comment des professionnels et des utilisateurs pourraient tirer parti du 3D en temps que nouveau média interactif », m'a ainsi expliqué Bernard Charlès. « Dans un terme beaucoup plus proche que tu ne le pense, nous allons proposer un certain nombre d'applications en ligne, peut-être même hors de notre périmètre de travail actuel. Notre métier va alors changer et ce sera une évolution majeure dans l'histoire de Dassault Systèmes, car nous ne vendrons plus du logiciel, mais du service en ligne et seront garants de la mise à jour des données de nos clients. Nous y sommes prêts. Notre business model actuel, où nous reconnaissons financièrement les contrats sur plusieurs années, nous facilitera d'ailleurs la transition. Reste maintenant à trouver les bons partenaires pour héberger ces applications en ligne ou les mettre en place dans les grands comptes. A terme, il sera aussi courant et facile de partager des modèles 3D complexes en ligne que de mettre actuellement des photos en ligne à disposition de ses amis ».

Reste que les outils de CAO ne sont pas des jeux vidéo et que la formation est importante, quid alors de l'utilisation en ligne ? « C'est vrai et c'est faux. Les interfaces utilisateurs vont réellement devenir intuitives, même pour des applications à fort contenu technique. La présentation d'Enovia 3D Live où je n'ai fait appel à aucun menu en est l'exemple. Par contre, cette intuitivité ne remplacera effectivement pas le savoir-faire de l'ingénieur. Un traitement de texte aussi performant soit-il ne fait pas l'écrivain. Et il est aussi faux de dire que les adolescents ne se forment pas aux jeux vidéo, il suffit pour s'en persuader d'aller faire un tour sur les forum de discussion qu'ils génèrent ».

Afin d'aller un peu plus loin dans la technique, j'ai eu le plaisir de rencontrer Dominique Florack et Pascal Daloz, tous deux vice-présidents en charge de la R&D. « Nous avons beaucoup regardé ce que font des sociétés comme Citrix ou Google sur le web, afin de mettre en place une architecture SOA, qui nous permet de donner beaucoup d'interactivité tout en limitant les échanges via le web, afin de réduire les temps de réponse », confie Pascal Daloz. « Le niveau de performance actuel nous permettrait par exemple d'envisager de mettre en ligne rapidement une application d'ingénierie dans le domaine du bâtiment. Nous pourrions ainsi palier notre absence de réseau commercial dans ce secteur et y concurrencer un leader bien implanté de longue date ». Une sorte de Revit killler en somme.

Et les choses vont très vite en R&D. « Nous avons déjà par exemple remplacé dans Catia le gestionnaire de contraintes issu de D-Cube par un logiciel maison, CDS, utilisant les derniers développements mathématiques disponibles. Les premiers essais montrent que nous sommes 10 fois plus rapide », explique Dominique Florack. « Il est en effet paradoxal que la plupart des éditeurs utilisent des algorithmes mathématiques au mieux nés au début du 20e siècle pour créer les logiciels du 21e siècle. C'est pourquoi nous avons des équipes de mathématiciens faisant de la pure R&D mathématique, qui travaillent en amont de nos équipes de développement d'algorithmes de création de géométrie ou d'outils de simulation. Cela va par exemple nous permettre de présenter dans le courant de 2007 un outil d'esquisse 3D innovant ».

Concernant l'impact de l'arrivée de l'architecture SOA dans la gamme V5, Dominique Florack est catégorique : « le gap de performances entre V5 et V5 SOA sera beaucoup plus important que celui existant entre V4 et V5 ». Espérons simplement pour les utilisateurs que la transition soit plus rapide.

A la semaine prochaine.

Pour en savoir plus : http://www.3ds.com/fr

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle, suit depuis plus de 25 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM...). Il a été à l'origine de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.

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