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Dassault Systèmes en ordre de bataille pour le PLM 2.0

Industrie et  Technologies
J'ai participé hier à la traditionnelle conférence de presse d'annonce des résultats de Dassault Systèmes qui se déroulait sur fond d'arrivée de la V6. Des résultats corrects et une vision novatrice du PLM.


Avec une croissance du chiffre d'affaires annuel de 8 % (14 % à taux de change constant), force est de reconnaître que Dassault Systèmes résiste plutôt bien face à ses concurrents américains dans un marché que les analystes spécialisés, tel CIMdata, estiment en progression de seulement 10 % pour 2007.

Même si la force de l'Euro face au Dollar et au Yen pénalise l'éditeur français, et même si les analystes font la fine bouche en estimant que la marge opérationnelle pourrait être meilleure (26,2 % au lieu des 27 % attendus, excusez du peu), bien des éditeurs du secteur voudraient avoir des résultats similaires.

En effet le chiffre d'affaires total a atteint 1 275,9 M€ (+8 %). Les ventes de logiciels, 1080,4 M€, sont en croissance de 9,9 %, alors que celles des services, 195,5 M€, marquent le pas en croissance de seulement 0,4 %. « Cette faiblesse est due à un manque à gagner de 4 M€ dans notre activité d'agent IBM en France, qui a été arrêtée en cours d'année », s'excuse presque Thibault de Tersant, directeur général adjoint en charge des affaires financières du groupe. « Par contre, il est plus intéressant de noter que la part de revenus récurrent dans nos ventes de logiciel est passée de 54 à 60 %, ce qui nous donne une très bonne visibilité sur l'année 2008 ». Les bénéfices sont quant à eux passés de 217,5 M€ à 237,2 M€ en croissance de 9,1 %.

Si l'on regarde la croissance par région, elle est de 24 % en Asie (hors évolution des taux de change), de 19 % en Amérique et de seulement 7 % en Europe. En parts de marché, l'Europe passe de 47 à 46 % au profit de l'Asie qui atteint 23 %, alors que les Amériques restent stables à 31 %.

Si l'on regarde la décomposition du chiffre d'affaires par type de produits, on voit que Catia représente 38 %, Enovia 14 % et les autres logiciels entant dans la catégorie PLM (Delmia, Simulia, Icem...) 13 %. De leur côté, les produits de SolidWorks représentent 20 % du chiffre d'affaires et les services 15 %. Si l'on s'intéresse au nombre de licences vendues, Catia ne connaît pas de croissance à 35 202, alors que SolidWorks est à + 13 % avec 48 899 licences. « Nous expliquons ce que certains verront comme un tassement des ventes de licences de Catia, par le fait que nous avons remporté en 2006 un certain nombre de grands contrats tel celui d'Airbus. Malgré l'absence de contrats de ce type en 2007, nous avons quand même réussi à maintenir le nombre de licences vendues, ce qui est déjà un bel exploit en soi. Il est aussi intéressant de noter la forte dynamique de nos activités autour de la gamme Enovia, notamment MatrixOne et dans une moindre mesure VPM », constate, de son côté, Bernard Charlès, directeur général de Dassault Systèmes. Notons enfin que Dassault Systèmes dispose d'un "trésor de guerre" de 626 M€, en croissance de 36 %, alors que ses dettes sont stables à 203 M€.

Un réseau commercial à 4 niveaux

« Ces chiffres montrent que nous avons de bons fondamentaux bien que nous ayons mis 2007 à profit pour investir, à la fois dans le développement de nouveaux produits autour de l'architecture V6 et dans la transformation de notre réseau commercial », affirme Bernard Charlès. Depuis trois ans Dassault Systèmes ré-architecture en effet son réseau, ce qui devrait être terminé cette année. Celui-ci va se composer de quatre niveaux. Tout d'abord un canal de vente directe où le partenariat entre la force commerciale d'IBM et la force commerciale directe de Dassault Systèmes restera en vigueur dans les grands comptes. Il est intéressant de noter que les deux forces commerciales sont maintenant de tailles similaires. « Ce canal a représenté environ 55 % de nos revenus en 2007 et il a connu une croissance à deux digits. Nous allons d'ailleurs continuer à faire croître ses capacités pour encore augmenter notre présence dans les grands comptes ».

Le deuxième canal est celui de la force de vente indirecte à destination des entreprises de taille moyennes et petites. « Dassault Systèmes a maintenant la responsabilité de 25 territoires. Nous y ajouterons au premier trimestre 2008 l'Allemagne, la Suisse, le Japon, l'Inde... puis au troisième trimestre la Grèce, Israël et la Turquie. Ce canal représente environ 25 % de nos revenus et connaît une croissance supérieure à 15 %. Nous avons su insuffler une forte dynamique à nos partenaires qui ont fait croître leurs forces de vente dédiées à nos produits d'environ 20 %. Il est vrai qu'ayant supprimé un intermédiaire, ils peuvent être mieux rémunérés ».

Le troisième canal correspond au réseau de revendeurs des produits de SolidWorks. « Nous l'avons fait croître d'environ 20 % en mettant l'emphase sur les pays émergents. Il comporte maintenant environ 350 revendeurs. Ce réseau va se voir confier en 2008, outre la commercialisation de SolidWorks et de CosmosWorks, celle de 3DVia Composer (ex Seemage) pour la création de documentations dynamiques réutilisant les données CAO ».

Enfin, Dassault Systèmes devrait dévoiler dans le courant de l'année un canal de commercialisation de produits et de services en ligne via l'Internet. « Notre offre PLM 2.0 va dans ce sens. Il est même probable que nous serons capables d'offrir d'ici trois ans un Catia ou un Delmia complet en ligne ».

V6 disponible mi-2008

Cette conférence a aussi été l'occasion d'évoquer l'annonce récente de la plate-forme V6. « Nous avons présenté en 2007 un certain nombre de technologies nouvelles permettant d'utiliser le 3D comme moyen d'expérimentation réaliste de futurs produits et nous avons même créé autour de cela une nouvelle marque 3DVia. Nous avons aussi commencé à livrer des applications en ligne comme Virtual Earth pour Microsoft. Enfin, nous venons d'annoncer la plate-forme V6 qui va être au centre du PLM 2.0 où le client final sera au cœur du cycle de vie des produits ». Dans cette démarche le client final peut exprimer ses idées en amont du cycle et tester des prototypes virtuels en cours et fin du cycle de développement.

« Mais le PLM 2.0 veut aussi être un outil global et collaboratif d'aide à l'innovation au sein même de l'entreprise, qui doit permettre de faire de la création et de la collaboration en ligne, tout en offrant de l'expérimentation réaliste. Cela passe aussi par la mise en place de méthodologies de travail novatrices basées sur le concept RFLP (from Requirement to Functional, Logical and Physical view). Cela marque notamment le début du déplacement du barycentre du développement des nouveaux produits du bureau d'études vers le marketing. On ne va plus gérer des tableurs Excel, mais de l'expérience réaliste 3D en ligne entre le créateur, le collaborateur et le client. Afin de faciliter le déploiement de cette approche, nous proposerons des applications sectorielles prêtes à l'emploi, ce qui diminuera les coûts de déploiement pour les industriels ».

Plus généralement, une large part du portefeuille produit de Dassault Systèmes devrait être disponible en version V6 dès le milieu de l'année. « Ils offriront une intégration facile avec les autres outils de PLM existants, ainsi que les autres outils d'entreprise (CRM, ERP...) déjà en place. De plus, ils permettront une réduction significative des coûts d'implémentation et de maintenance grâce à leur distribution depuis un unique serveur dans l'entreprise, même pour les partenaires tiers. Ils permettront aussi de mieux contrôler l'accès aux données stratégiques de l'entreprise, que l'on aura plus à déplacer et ainsi de mieux protéger sa propriété intellectuelle », promet Bernard Charlès. Notons aussi que certaines technologies V6 novatrices pourraient se retrouver rapidement dans SolidWorks.  

Tout cela rend Dassault Systèmes confiant pour 2008. « Nous devrions enregistrer une croissance de nos ventes de logiciels de l'ordre de 12 % cette année, à taux de change constant. Ce qui pour l'année conduirait à un chiffre d'affaires global qui devait se situer dans la fourchette 1 365 - 1 380 M€. A plus long terme, nous devrions doubler notre chiffre d'affaires entre 2005 et 2010, c'est à dire atteindre 1 900 M€ », conclut Bernard Charlès.

A la semaine prochaine.

Pour en savoir plus : http://www.3ds.com/fr/

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle, suit depuis plus de 26 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM...). Il a été à l'origine de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.

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