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La semaine de Jean-François Prevéraud

Dassault Systèmes : du PLM à la 3D LifeLike Experience

Dassault Systèmes : du PLM à la 3D LifeLike Experience

L'ECF 2010 a été l'occasion d'annoncer la sortie de la V6R2011x.

© DR

J’ai participé la semaine dernière à l’European Customer Forum (ECF) de Dassault Systèmes. Plus de 1 500 clients avaient fait le déplacement vers Disneyland pour entendre la bonne parole de leur fournisseur de PLM préféré. Ce fut l’occasion de parler de la stratégie de l’entreprise, de découvrir les nouveautés de l’offre et d’écouter des retours d’expérience de la part de grands clients … avec quelques surprises en plus.

Comme à son habitude Dassault Systèmes nous a gratifiés d’un show à l’américaine pour cette mouture 2010 de son rendez-vous clients européen, mettant en avant l’ensemble de ses marques, SolidWorks compris.

En introduction Sylvain Laurent, vice-président EMEA PLM Enterprise, a insisté sur le rôle de Dassault Systèmes en temps que fournisseur d’outils permettant aux entreprises d’innover à la fois dans leurs produits, mais aussi dans leurs méthodes de développement. « Pour rester compétitifs, il faut que les industriels mettent en place de nouveaux business models, de nouveaux modes de coopération, de pensée, de nouvelles méthodologies de travail. Nos outils sont là pour les y aider ».

C’est un peu ce que Jean Botti, Chief Technical Officer d’EADS est ensuite venu présenter. « L’innovation est effectivement cruciale pour EADS. Nous devons en permanence augmenter la valeur apportée par nos produits à nos clients, afin de maintenir et développer leur intérêt. Cela passe entre autre par le maintien de notre leadership technologique. Nous voyons arriver sur le marché aérospatial de nouveaux acteurs, la Chine, l’Inde, ou revenir d’autre tel la Russie, et nos concurrents actuels ne s’endorment pas. Nous devons donc sans cesse innover et trouver chaque année les deux ou trois produits qui feront la différence sur nos différents marchés. C’est par exemple l’utilisation des biocarburants en aviation, le développement d’un hélicoptère hybride, la mise au point de systèmes d’inspection des bagages capables de détecter à la volée explosifs ou drogue ».

Mais l’innovation passe aussi par le développement de nouveaux outils tel le logiciel Macros, développé par EADS en collaboration avec l’Académie des Sciences de Russie pour l’optimisation. Un logiciel qui devrait être disponible à terme au sein de l’offre Simulia de Dassault Systèmes. Une annonce qui a permis à Jean Botti de faire le lien avec l’approche PLM du groupe EADS définie dans le cadre du programme Phenix.

Le PLM chez EADS

« Le PLM est l’une des pierres angulaires de notre développement. Notre ancienne approche hétérogène nous a value de sérieux déboires lors du développement de l’A380. Les problèmes de qualité et le retard induit nous on coûté plus de 9 milliards d’euros sur ce programme. Aussi avons-nous décidé en 2007 au plus haut niveau de l’entreprise de mener une réflexion sur le PLM, afin de mettre en place une approche standard commune à l’ensemble des divisions du groupe. C’est ce qui arrive maintenant après 3 années d’efforts. Cette approche méthodologique avec le jeu d’outils associé est maintenant en cours de déploiement dans l’ensemble de nos divisions. Ce n’est pas encore parfait, mais nous poursuivons nos efforts dans cette voie. Nous devrions avoir atteint notre objectif en 2014 ou 2015. Cela peut sembler long, mais nous travaillons sur des programmes très longs et très complexes ».

Mais un tel déploiement ne trouvera sa réelle efficacité que si la chaîne des partenaires intervenant dans les programmes industriels du groupe EADS est au diapason. « C’est pourquoi nous soutenons fortement l’initiative européenne Boost AeroSpace, qui vise à définir des standards commun aux 5 grands OEM français (EADS, Airbus, Thales, Dassault Aviation, Safran), afin d’adresser de manière similaire l’ensemble des fournisseurs de la filière ». Une initiative qui tient compte aussi de tous les problèmes de sécurité liés au travail collaboratif et aux échanges d’informations entre les multiples partenaires.

Et de promettre qu’au prochain Salon de l’aéronautique et de l’espace qui se tiendra en juin prochain au Bourget, une innovation importante en matière de PLM sera présentée conjointement sur les stands d’EADS et de Dassault Systèmes. « Bien que je ne puisse en dire plus aujourd’hui, elle illustrera la forte collaboration entre nos deux entreprises dans le domaine du PLM ».

Trouver rapidement la bonne information

L’un des défis du PLM est aussi de faciliter l’accès à l’information souhaitée par l’utilisateur. En effet, les outils auteurs (CAO, FAO, calcul-simulation, visualisation, documentation…) créent des monceaux d’informations dans lesquels les utilisateurs ont bien souvent du mal à se retrouver, malgré toute l’efficacité des outils de GDT. En effet, ces derniers n’ont pas la même logique que la pensée humaine lorsqu’elle recherche une information.

Une difficulté que Dassault Système entend contourner avec l’acquisition en juin dernier de l’éditeur français Exalead, spécialisé dans les logiciels de recherche et d'accès à l'information en entreprise et sur le Web (voir notre article). Une offre que Morgan Zimmermann, vice-president WorldWide Sales de la filiale, est venu présenter dans le contexte du PLM. « Nous travaillons dans trois grands domaines : la recherche d’informations en entreprise ; la recherche d’informations On-Line ; la création d’applications métiers redéfinie autour de l’interaction homme-machine, les Search-Based Application (SBA) ».

Il s’agit dans ce dernier cas, à travers un unique point d’accès, de formuler des requêtes qui vont aller chercher de manière sémantique et agréger de manière cohérente des informations hétérogènes disséminées dans les multiples bases de données applicatives de l’entreprise (ERP ; PLM ; CRM ;e-mail ; internet…). « Il devient alors très facile et très rapide de mener à bien des analyses qui jusque là n’étaient même pas envisageables, afin d’étayer des décisions sur de bonnes bases ». Une telle démarche a permis par exemple de créer un système de gestion de programmes chez Faurecia ou un système de traçabilité chez le transporteur Gefco.

De Faurecia à Carrefour, l’expérience des clients

Un certain nombre d’autres clients sont ensuite venu présenter leur approche PLM autour de l’offre de Dassault Systèmes :


• Bertrand Eteneau, responsable informatique de l’équipementier Faurecia ;
• Steef Klein, responsable informatique du constructeur de machines pour l’agroalimentaire Meyn Food Processing Technology ;
• Hans-Peter Hiemer, managing director product operations & global sourcing de la firme d’habillement S. Oliver ;
• L’équipe du fabricant français de scanners Noomeo.


Parmi les surprises de cette matinée nous avons pu assister à la présentation faite par le géant de la distribution Carrefour en la personne d’Ignacio Gonzales Hernandez, son responsable commercial. « Nous aussi nous devons nous montrer innovants dans nos méthodes de travail pour séduire nos clients et si possible accroitre notre chalandise. C’est pourquoi nous travaillons depuis à peu près un an avec Dassault Systèmes. Notamment pour faciliter l’acte d’achat de nos clients. Et son approche LifeLike Experience nous intéresse beaucoup ».

A cet instant l’écran géant du fond de la scène, plusieurs dizaines de mètres de long, s’est transformé en une vue 3D hyperréaliste à l’échelle Un d’un rayon d’hypermarché consacré aux bagages.

« Nous devons créer un rayon qui réponde aux attentes de nos clients. Pour cela nous devons créer l’assortiment des produits qui sera présenté. Un assortiment qui tient compte à la fois de l’espace disponible et des contraintes liées au marché local où se trouve notre surface de vente ».

Ainsi chez Carrefour, plus de 250 bagages sont référencés dans Enovia avec pour chacun une représentation 3D associée, qui est créée automatiquement à partir des vues 2D fournies par leurs fabricants. Carrefour dispose aussi d’un ‘‘arbre de décision d’achat’’ représentant la démarche des clients.

Carrefour utilise ces outils pour définir l’implantation optimale de ses rayons de manière à satisfaire ses objectifs commerciaux. « Il y a un grand nombre de contraintes, commerciales par exemple, chiffre d’affaires, marge, nombre de références… mais aussi spatiales car la place est chère dans un magasin, ou encore liées aux clients locaux ». Tout cela fonctionne avec un vérificateur de règles qui, en fonction de l’implantation physique d’un produit dans le rayon, valide une vingtaine de règles propres à Carrefour. « L’agrégation de ces outils permet de faire un placement automatique optimal de l’assortiment à présenter dans le rayon et de rendre nos chefs de rayon plus disponibles vis-à-vis de nos clients ». 

La vision du futur 

Enfin, dernier moment fort de cette matinée la présentation de Bernard Charlès, President & CEO de Dassault Systèmes. « Ce que les industriels qui utilisent nos outils ont présenté ce matin, est le reflet de la réalité dans de multiples domaines, c’est la voix de leurs clients. C’est ce que nous essayons de rendre au mieux avec notre approche 3D LifeLike Experience. Leur permettre dès les phases amont d’un projet de savoir comment leur produit sera perçu, utilisé, acheté… afin de l’optimiser au mieux en fonction de leurs objectifs d’entreprise ».

« Dans les décennies à venir notre modèle de société va fondamentalement changer avec la globalisation du monde, la montée en puissance des pays émergeants, le déplacement des populations vers les grands centres urbains, etc. Dans tous les domaines nous allons devoir trouver de nouvelles solutions : alimentation ; santé ; éducation ; énergie ; urbanisme ; environnement ; mobilité…Et toutes les entreprises cherchent de nouveaux business modèles et de nouveaux produits pour s’adapter à ces évolutions. C’est pourquoi, il nous faut nous aussi développer une plate-forme d’innovation avant-gardiste, afin de les aider au mieux dans leur démarche pour imaginer le futur ».

Et cela ne se limite par pour Dassault Systèmes aux produits manufacturés. L’éditeur a ainsi de grands programmes de développement dans le domaine des sciences du vivant. Il veut être capable d’engranger et de partager des connaissances, afin de les utiliser pour faire des simulations. « Cela me rappelle le secteur de l’aéronautique il y a 30 ans, où à partir des simulations aérodynamiques on nous disait qu’il serait toujours impossible de savoir si l’avion réel décollerait. C’est maintenant possible et on va bien plus loin que cela en conception aéronautique. Je pense que vu les montants investis dans la R&D par les entreprises travaillant dans le secteur des sciences du vivant, nous feront des développements encore plus importants et beaucoup plus rapidement ».

Tester le futur dès aujourd’hui

Tous les produits aujourd’hui deviennent ‘‘Smart’’ embarquant de plus en plus d’informations et d’intelligence, bien souvent à travers de l’électronique et du logiciel. Ce qui complique fortement leur développement. « Nous avons investit plus de 2 milliards d’euros dans le développement de la V6, afin qu’elle puisse simuler le comportement complexe de produits hybrides ‘‘mécatroniques’’. Nous sommes ainsi capables de piloter des modèles virtuels avec le logiciel qui sera embarqué sur le produit réel. De même, nous pouvons inclure des sous-ensembles électroniques réels dans la boucle de développement virtuel de la partie mécanique des produits ».

Mais pour Dassault Systèmes, il faut aller bien au-delà en distribuant la puissance des outils auteurs auprès du plus grand nombre, en les rendant plus simples à utiliser, afin de créer des ambiances, des situations d’utilisation recréant la vraie vie pour développer les produits dans leur contexte réel d’utilisation. A partir de là, un autre élément important du développement de l’approche 3D LifeLike Experience sera la prise en compte des réseaux sociaux.

Prendre en compte les réseaux sociaux

« Nous proposons des outils auteurs haut de gamme pour les professionnels entrainés, mais nous proposons aussi des outils en ligne qui permettent à tout un chacun d’exprimer et de partager leurs idées ». C’est par exemple 3DVia Shape, un logiciel en ligne gratuit qui permet de créer des projets complexes, de les partager sur l’Internet et de les visualiser sur des postes nomades tels l’iPhone ou l’iPad. C’est encore 3DSwym qui permet de faire la même chose dans le domaine du design, ou DraftSight pour les fanas de DWG. « Ces outils sont destinés à travailler en communautés via le Web. Ils permettent aux industriels de créer autour d’eux des réseaux sociaux avec lesquels ils peuvent partager et échanger des informations, tester et valider des concepts et bien d’autres choses encore, de manière sécurisée ».

L’ensemble de ces outils, disponibles en ligne, permet de créer autour des projets de nouveaux produits, les ambiances nécessaires à leur validation fonctionnelle, le 3D LifeLike Experience, par le plus large public possible, en incluant même le grand public dans le cas de bien de consommation. « Ils permettent d’utiliser le futur dès aujourd’hui et de l’optimiser. C’est tout l’intérêt du On-Line. Cela va à l’encontre des approches actuelles qui, à cause d’un flot croissant d’échange d’informations, empêchent la bonne compréhension entre tous les acteurs d’un projet ».

Protéger sa propriété intellectuelle

Et ce qui devient crucial aujourd’hui pour les entreprises, plus que la partie physique de la conception, c’est la propriété intellectuelle qui est derrière. C’est elle qui fait la valeur des entreprises. C’est elle que les entreprises doivent protéger. « Si vous partagez des données, avec des fournisseurs par exemple, vous pouvez considérer que vous les avez perdues. Vous ne pourrez jamais garantir leur traçabilité. Par contre, si ces données sont disponibles On-Line avec des outils garantissant la sécurité de leur accès, vous pouvez protéger tout ou partie de votre propriété intellectuelle, tout en partageant vos idées. Il y a donc une réelle interpénétration entre collaboration, sécurité et On-Line. Le choix du On-Line, ce n’est donc pas simplement une question de protection de la propriété intellectuelle, c’est surtout une question de management et de choix de business model ». Et de marteler : « le On-Line est beaucoup plus sécurisé que l’envoi incessant de données entre donneurs d’ordres et fournisseurs ».

On l’aura compris Dassault Systèmes va très vite. Par delà l’approche PLM, qui peine pourtant à se déployer dans l’industrie, il entame déjà l’étape suivante, le 3D LifeLike Experience. La vision est intéressante, mais le tempo est peut-être un peu trop rapide pour une industrie occidentale vieillissante, quoique poussée par celle des pays émergeants elle n’a plus trop d’autre choix que d’aller de l’avant.

Bref, une grand-messe très réussie. Ah, si seulement Daimler n’avait pas annoncé qu’il basculait dans le camp de Siemens

A la semaine prochaine,

Pour en savoir plus : http://www.3ds.com  

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l’Usine Nouvelle, suit depuis plus de 29 ans l’informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM…). Il a été à l’origine de la lettre bimensuelle Systèmes d’Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef. 
 

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